Dimanche 16 septembre 2018 vers 19 heures, lors d'une balade à Paris, j'ai eu la chance de rencontrer la nouvelle figure de la résistance palestinienne mademoiselle

Ahed Tamimi et Gamal Abina

Ahed Tamimi.

 

Elle était en famille en balade, incognito au cœur de la capitale et le hasard a voulu que nous trouvions côte à côte à attendre le passage au rouge du feu de circulation qui nous avait stoppé.

 

Pour une fois ce n'était pas un checkpoint qui l'empêchait d'avancer mais la réglementation routière pour sa sécurité et la mienne.

 

Cette jeune femme dynamique au regard pétillant, aux yeux bleus et dont la chevelure blonde ne trahit pas son origine, est devenue la nouvelle figure de la résistance palestinienne face à l'occupant israélien.

 

À la suite de sa libération intervenue le 29 juillet 2018, elle a décidé de venir en France à participer à la "Fête de l'Humanité" afin de témoigner de ce qu'elle a vécu dans les geôles israéliennes et des violences quotidiennes que les Palestiniens lambda peuvent subir.

 

Bien évidemment, en tant que descendants d'Algériens, ayant connu la colonisation et toutes les dérives qui vont avec, je pouvais aisément comprendre les violences que les Palestiniens subissent aujourd'hui dans une situation coloniale.

 

Personne ne viendra me dire que la colonisation est en mesure de générer le moindre bienfait.

 

En revanche en discutant un peu avec elle, dans la langue internationale « English » et en la regardant droit dans les yeux, j'ai compris la raison pour laquelle il existe un tel mouvement international de sympathie pour elle. Et plus particulièrement du côté des occidentaux.

 

Simplement parce que l'identification à cette jeune fille, qui aurait pu être anglaise, hollandaise ou française était possible du fait de son physique. Son visage ne répondait pas au morphotype arabo-musulman que l'on a l'habitude de voir dans les médias.

 

Tout comme le jeune Aylan qui avait été retrouvé mort en 2015, pour lequel le monde entier s'était ému parce qu'il caractérisait l'image d'un enfant victime de la guerre, cherchant à la fuit comme refugier, jusqu'à et cette fin tragique sur une plage de Bodrum en Turquie.

 

Là encore l'identification était possible, non pas parce que ce petit était blond aux yeux bleus mais précisément, parce que son visage n'était pas visible. Un corps sans visage habillé comme n'importe quel petit garçon occidental. Petit short bleu, t-shirt rouge et visage tourné vers le sol.

 

Le phénomène d'identification fonctionne à partir du moment où la personne ne ressemble pas un arabe un Africain ou un asiatique, mais à un occidental.

 

C'est bien triste, malheureusement c'est la triste réalité ! Pour une société et un monde dominé par le modèle occidental.

 

En revanche, ce que je trouve très intéressant dans la personne de  Ahed Tamimi, c'est qu'elle ne représente pas du tout le cliché type que l'on a des Arabes et qu'elle démontre qu'il n'y a pas de "race arabe" mais des peuples partageant la même culture, la même langue et parfois la même religion.

 

Arabes, chrétiens juifs ou musulmans ceux-là restent des arabes, de la peau claire à la peau sombre, la civilisation arabo-musulmane intègre plus de peuples dans la paix que ne l'aurait jamais fait Alexandre le Grand dans son empire conquis par la guerre.

 

Et c'est là que cela devient intéressant de se rendre compte qu'une arabe blonde aux yeux bleus, ayant tellement attiré la sympathie de la presse mondiale, ne peut pas se réclamer de la réalité ou des termes racistes que l'extrême droite utilise à longueur de journée.

 

Une aryenne en Palestine en somme, c’est cocasse !

 

La question palestinienne est une chose trop sérieuse pour la laisser à l'extrême droite.

 

 

En paraphrasant Henry Kissinger, dans sa célèbre phrase raciste : "Le pétrole est une chose trop sérieuse pour la laisser aux Arabes", je vais expliquer qu'on ne peut pas accepter au motif qu'il y a une injustice en Palestine, que certains idéologues d'extrême droite instrumentaliser population arabo-musulmane d'Europe, dans le seul but de satisfaire leur haine du Juif. Sans doute ces « racialistes », tentent de créer une armée virtuelle de goumiers, destinés à devenir les ennemis, ou pire les assassins de Juifs européens. 

 

Arabes, Antisémites ou Antisionistes ?

 

J'ai entendu le dernière sortie de Hakim El Karoui qui, lors d'une interview accordé à un autre personnage tout aussi douteux Farid Abdelkrim, concernant le soi-disant antisémitisme musulman. Le tout dans la foulé de son rapport sur l’islamisme, rédigé pour l’institut Montaigne. 

 

Non seulement il est inacceptable d'entendre, qu'un homme d'origine tunisienne, vienne nous expliquer, après les avoir pondu un rapport parfaitement inutile sur la lutte contre le radicalisme, que des musulmans seraient sans doute culturellement antisémites par nature.

 

Pire encore, il a pris le soin d'ajouter que la question palestinienne n'avait rien à voir avec « ce nouvel antisémitisme ».  Bien sur la colère légitime que pourrait avoir les populations arabo-musulmanes vis-à-vis de certaines populations se réclamant de la judéité liée à la question palestinienne, passe en second plan et n’a rien à voir. Ce cher Monsieur a osé dire, sans honte et en toute ignorance qu'il y aurait comme il y a eu chez les chrétiens un antisémitisme dont les motivations évidemment ne sont pas révélées.

 

Je félicite ce faiseur de paix, qui est en charge de dé-radicaliser la population musulmane, en lui jetant à la figure qu'elle serait en plus antisémite sans raison.

 

Faut-il expliquer à Monsieur Hakim El Karoui, que l'antisémitisme, tel qu'il a toujours existé en Occident est le fruit de la culture » de l’idée d’un  "peuple déicide" véhiculée par les catholiques, considérant que Judas ayant vendu Jésus, toute sa descendance était comptable des crimes d'un seul homme. Et quel crime ! Puisqu’ils ont tué le fils de Dieu selon le rite catholique.

 

On connaît la conséquence de cette culture. Commencé en Andalousie, avec Isabelle la Catholique lorsqu'elle  chassa les juifs d'Espagne, à la suite de Reconquista puis par la suite, de la multiplication des pogroms dans différents territoires européens, qui ont conduit à leur apogée absolue, avec la consécration des lois de Nuremberg et du génocide juif de la Seconde Guerre mondiale.

 

Est-ce qu'il est seulement venu une seconde à l'esprit de ce monsieur El Karoui qu'il n'y a jamais eu dans le monde musulman un seul endroit où a été pratiqué l'exclusion et le génocide de la population juive ?

 

Est-ce qu'il lui  est seulement venu à l'esprit, à ce cher « Intellectuel », que trois ans avant la création de l'État d'Israël, sur la terre de Palestine, le monde musulman a refusé de collaborer avec l'État nazi, et de livrer ses populations juives, ce que la France, évidemment sous Vichy, ne s'est pas interdite de faire.

 

Pire encore, puisqu'il est d'origine tunisienne, a-t ‘il oublié que la population juive, qui vit à Tunis dans son pays d'origine, ne connait aucune difficulté avec les populations musulmanes largement majoritaires.

 

Doit-on lui rappeler les propos du dernier califat du monde musulman, qui considérait qu'il était de son devoir de protéger les Juifs parce qu'étant « les gens du Livre », une constante de le monde musulman.

 

Non, il a préféré nous pondre un discours, créé de toute pièce par l'extrême droite, repris à l'envie par Bernard-Henri Lévy dont on connaît la nostalgie malsaine, pour l'Algérie coloniale. Il a finalement recyclé une idéologie que Monsieur Manuel Valls a consacrée en 2014 en faisant interdire des manifestations pro-palestiniennes, parce qu'il y aurait eu des propos antisémites tenus lors de ces rassemblements.

 

Bien évidemment ce glissement sémantique est destiné à faire interdire définitivement le soutien d'une cause juste en le mélangeant avec le discours haineux de l'extrême droite qui est une cause injuste.

 

Je connaissais le concept de "Juif honteux" je ne connaissais pas le concept "d'arabe honteux".

 

On connait ce que l’on appelle les arabes de service, destiné à utiliser un discours qui flatte les oreilles de leurs auditoires, mais malheureusement concoure à aggraver le radicalisme que ce monsieur prétend combattre.

 

C'est la raison pour laquelle je dis, après la rencontre que j'ai eu la chance de faire avec Ahed Tamimi, militante pour la liberté de son peuple, que la cause palestinienne est une chose trop sérieuse pour la laisser à l'extrême droite.

 

Mais surtout que si j'avais été adulte dans les années 30, et  arabo-musulman, je me serais ranger du côté de la population juive, qui subissait une injustice sans nom en Occident, tout comme aujourd'hui je me range du côté de la population palestinienne qui subit le même type d'injustice en Orient.

 

La cause palestinienne doit rester une cause pour la justice et ne peut pas se mêler avec l’injustice, que l'extrême droite occidentale a fait subir au peuple juif ashkénaze.

 

Les lois de Nuremberg tout comme "La pureté de sang ou Limpieza de sangre" en Espagne, sont des concepts racistes rédigés comme textes de lois, ayant pris naissance en Occident uniquement. Jamais ce type d’abomination n’a vu le jour dans les pays musulmans et ne verra, je l'espère, jamais son existence apparaitre.

 

Le principe de justice, d'équité et de lutte contre le racisme et le radicalisme ne peut pas se mélanger avec la propagande distillée à longueur de journée par certains idéologues de « gauche » de droite ou d'extrême-droite.

 

Cette rencontre avec Ahed Tamimi, dont le visage continue à rayonner d'un sourire inattendu n'a rien de commun avec le discours anxiogène délirant et confus d'un monsieur Karoui, Dieu merci, il reste encore des gens équilibrés en ce bas monde.

Surtout après qu’elle m’ait expliqué quel traitement cette femme courageuse à subit en prison.

 

Pour finir je dirai que chaque peuple a son histoire et que les poubelles de l'Histoire occidentale n'ont pas besoin d'être porté par les peuples du sud. 

 

À chacun son passé. 

 

Gamal Abina