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gamal abina

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28 décembre 2023

Diffamation publique !

Diffamation publique !
Je viens d'apprendre, par le plus grand des hasards, le 21 décembre 2023, qu'une organisation dont je ne sais rien, « l'Observatoire juif de France », avait communiqué sur son site son intention de porter plainte contre ma personne. En effet, c'est un...
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10 octobre 2020

Qui est Salim Laïbi ?

Qui est Salim Laïbi ?
Qui est Salim Laïbi ? Salim Laïbi ou l'art et la manière de valider l'islamo-fascisme et “l'islamo-nazisme". Dans son ouvrage "Ils aiment l'Islam", Monsieur Salim Laïbi, fait une citation d'Adolf Hitler et d'autres extrémistes de sinistre mémoire... Salim...
25 septembre 2026

Travail de femme, travail d'esclave.

Travail de femme, travail d'esclave.

Je devais trouver un titre choquant. Un titre qui oblige à s'arrêter. Je ne pouvais pas rêver plus pertinent. Travail de femme, travail d'esclave. À l'évidence, certains virilistes se réjouiraient que cette formule exprime réellement ma pensée. Ils applaudiraient sans doute cette brutalité, satisfaits de voir leurs fantasmes de domination ainsi résumés en quelques mots. Mais justement... ils se tromperaient complètement.

Car cette phrase n'a qu'un seul objectif : dénoncer une réalité que notre société refuse obstinément de regarder en face. Le travail accompli chaque jour par des millions de femmes au sein de leur foyer possède bien des caractéristiques d'un travail imposé, permanent, indispensable... et pourtant non rémunéré.

Pourquoi employer une formule aussi radicale ? Parce que dans le calcul du produit intérieur brut d'un pays, l'un des rares travaux indispensables à la société qui n'est pratiquement jamais comptabilisé comme une création directe de richesse est le travail domestique effectué gratuitement au sein des familles.

On continue d'ailleurs à parler de « femme au foyer », comme si cette expression désignait une personne inactive. Inactive ? Voilà une curieuse définition de quelqu'un qui se lève souvent avant tout le monde, prépare les repas, entretient le logement, lave, repasse, nettoie, fait les courses, gère les enfants, organise les rendez-vous, soigne les petits comme les grands, règle les imprévus et termine sa journée bien après les autres. Si cela s'appelle l'inactivité, il faudrait rapidement revoir la définition du mot travail.

Car enfin, qu'est-ce que l'esclavage sinon un travail dont on ne perçoit jamais directement le fruit ? Certes, la comparaison est volontairement provocatrice et ne prétend pas assimiler toutes les situations historiques d'esclavage. Mais elle interroge une évidence : pourquoi une activité aussi indispensable à la société demeure-t-elle presque entièrement gratuite lorsqu'elle est accomplie dans le cadre familial ?

Pourquoi les femmes seraient-elles naturellement destinées à récurer les casseroles, lancer les machines à laver, préparer les repas quotidiens, nettoyer les sols, organiser toute la logistique familiale... comme si leur patrimoine génétique contenait un mystérieux « gène du ménage » ? La question mérite d'être posée.

Pendant des siècles, le patriarcat a établi une frontière étonnante. Le travail effectué à l'extérieur du domicile serait noble, courageux, productif... donc rémunéré. Le même travail réalisé entre quatre murs deviendrait soudain naturel, presque invisible... donc gratuit. Quelle étrange magie.

Lorsque quelqu'un prépare votre repas dans un restaurant, il est payé. Lorsque quelqu'un lave votre linge dans un pressing, il est payé. Lorsque quelqu'un nettoie des bureaux après 18 heures avec exactement les mêmes produits qu'à la maison, il est payé. Mais lorsque toutes ces tâches sont réalisées quotidiennement au domicile familial, elles deviennent soudain une simple preuve d'amour. Ou, plus exactement, une obligation silencieuse. Quel étrange raisonnement économique.

Combien d'entre nous prennent réellement le temps de remercier leur mère pour les milliers de repas qu'elle a préparés au cours d'une vie ? Qui mesure le coût réel de ces repas si toute la famille devait déjeuner et dîner chaque jour au restaurant ? Qui pense au temps passé à trier le linge, lancer les machines, étendre, plier, repasser, ranger ? Lorsque ces mêmes prestations sont réalisées par un professionnel, elles figurent sur une facture. À la maison, elles disparaissent mystérieusement dans la catégorie des choses normales. Comme si elles se faisaient toutes seules.

Pourtant, plusieurs économistes travaillent depuis longtemps sur cette question. Dès les années 1970, des chercheuses comme Marilyn Waring ont montré que les indicateurs économiques sous-estiment fortement la contribution du travail domestique non rémunéré. Aujourd'hui encore, les enquêtes de l'OCDE ou d'Eurostat montrent que les femmes consacrent en moyenne beaucoup plus d'heures que les hommes aux tâches domestiques et familiales, même lorsque les deux travaillent à temps plein.

Autrement dit, cette question n'a rien d'anecdotique. Elle touche directement à notre manière de mesurer la richesse. Car une femme qui permet à son conjoint d'exercer son métier, qui élève les futurs travailleurs, qui entretient le logement, qui nourrit sa famille et assure la stabilité quotidienne participe elle aussi à la création de valeur. Simplement, cette valeur n'apparaît presque jamais dans les statistiques économiques. Voilà le véritable paradoxe.

On remercie parfois. Rarement. On considère souvent que c'est normal. Toujours. Et parfois, pire encore, on regarde ce travail avec une forme de mépris, comme s'il s'agissait d'une activité sans qualification, sans mérite et sans utilité. Alors qu'il constitue probablement l'un des fondements invisibles de notre civilisation.

La question d'un véritable statut des personnes consacrant leur temps au travail domestique mérite donc d'être posée. Plusieurs pays européens ont déjà développé des dispositifs de reconnaissance indirecte, notamment à travers des droits à la retraite, des allocations ou des mécanismes de protection sociale, même si le débat sur une véritable rémunération du travail domestique reste ouvert.

Une chose demeure certaine. Être femme au foyer ne signifie pas être inactive. Cela signifie souvent travailler sept jours sur sept, parfois dix heures par jour, sans congés payés, sans fiche de paie, sans prime, sans évolution de carrière et avec, pour seule récompense, un merci que l'on oublie trop souvent de prononcer.

Comme je le disais au début, c'est un véritable travail de Sisyphe. Un travail qui laissera rarement son nom dans les livres d'histoire. Mais sans lequel, il faut bien le reconnaître, notre histoire n'aurait probablement jamais existé.

Gamal Abina.

24 septembre 2026

La défaite américaine.

La défaite américaine.

Depuis le 28 février 2026, avec l'agression des États-Unis et de l'État sioniste contre l'Iran, rien ne va plus du côté de Donald Trump.

L'objectif fantaisiste d'une guerre de quatre jours, qu'il espérait contre la République islamique, est un échec largement consommé. Tout le monde se rendait bien compte du caractère illusoire de cette incantation à la Trump. En revanche, les quatre semaines qui ont suivi n'ont non seulement pas donné les résultats escomptés par l'administration américaine, à savoir l'effondrement de l'armée iranienne après l'assassinat de ses principaux dirigeants, l'effondrement des systèmes de défense qui devaient être totalement mis hors d'état de nuire à la suite de bombardements massifs, mais surtout l'effondrement de la République islamique, à la faveur d'une révolte que les autorités américaines croyaient possible à la suite des événements de la fin de l'année 2025.

On constate que cette succession d'incantations, de méconnaissances du territoire et de la mentalité perse a conduit, selon moi, au désastre militaire des États-Unis d'aujourd'hui.

Les menaces d'envoi massif de porte-avions dans la région, les menaces de bombardements tout aussi massifs de l'État sioniste et des États-Unis, dans l'objectif aujourd'hui ridicule de créer la peur parmi ce peuple de 91 millions d'habitants, mais surtout les menaces de destruction totale des infrastructures énergétiques, n'ont absolument pas produit les effets escomptés.

L'armée iranienne, après l'assassinat de ses cadres, a parfaitement su nommer à la tête de ses institutions d'autres responsables tout aussi bien formés. Elle a, selon moi, parfaitement anticipé l'agression illégale au regard du droit international conduite par Israël et les États-Unis, mais surtout parfaitement compris les enjeux vitaux qui conduiraient cette République à ne jamais se désarmer, comme l'avait fait en son temps l'Irak.

Le principe du talion s'est appliqué avec célérité : pour chaque coup reçu, un coup rendu.

Ce que les États-Unis n'avaient pas escompté, c'était que les Iraniens soient aussi solides sur leurs bases. Ils n'avaient pas non plus anticipé le fait que les missiles produiraient autant de dégâts que des bombardements aériens. Mais surtout, ils n'avaient pas pris en considération la qualité du renseignement iranien, qui disposerait, selon mon analyse, de moyens tout aussi performants en matière de reconnaissance satellitaire, de renseignement sur le terrain, ainsi que d'une parfaite connaissance de son propre territoire, acquise depuis plus de trente-cinq ans.

Les États-Unis espéraient un effet de sidération à la suite de leur attaque massive et un effondrement généralisé de l'appareil industriel et militaire iranien. Ils auraient obtenu, selon moi, le résultat inverse.

Non seulement l'Iran ne se serait pas effondré, mais il aurait, avec une stratégie nouvelle, celle du commandement en mosaïque, frappé tout aussi efficacement que les États-Unis, avec un ciblage d'une précision de métronome.

L'autre aspect que l'on doit relever dans cette guerre est que, selon mon analyse, la machine de guerre américaine, portée essentiellement par ses porte-avions et son appareil aérien décollant des bases de la région, n'aurait plus le même intérêt stratégique. J'estime que ces bases seraient devenues des cibles prioritaires, que les radars d'interception et les systèmes Patriot auraient été lourdement endommagés et que la vulnérabilité des porte-avions face aux missiles hypersoniques modifierait profondément les équilibres militaires.

La stratégie de protection de navires aussi lourds par une myriade de petits bâtiments ne fonctionnerait absolument pas, selon moi, face à des missiles hypersoniques.

À mes yeux, il n'existe aujourd'hui aucune contre-mesure pleinement efficace face aux missiles Khorramshahr lorsqu'ils sont employés par un État déterminé à ne reculer devant rien pour se défendre ou se venger.

On constate donc, selon mon analyse, une impasse dans cette guerre, qui coûte extrêmement cher aux États-Unis et beaucoup moins cher à l'Iran. Cette situation aurait fait voler en éclats la stratégie des porte-avions et des bases militaires avancées, devenus des cibles prioritaires extrêmement fragiles face à la détermination d'un adversaire équipé de missiles hypersoniques. Elle aurait également brisé, selon moi, le rêve de la puissance maritime qui dominait le monde depuis quatre siècles.

Aujourd'hui, à mes yeux, la seule puissance qui domine le monde est celle des missiles hypersoniques de longue portée.

Les porte-avions sont devenus des cibles faciles. Le coût de leur destruction éventuelle serait exorbitant, tant pour le bâtiment lui-même que pour son groupe aérien embarqué. Les stratégies militaires du XXᵉ siècle n'auraient désormais plus la même importance dans le monde des missiles d'aujourd'hui.

Donald Trump voit ses réserves de missiles fondre comme neige au soleil. Il constate son incapacité à pouvoir déployer une armada maritime ou aéronavale face à des missiles hypersoniques et mesure surtout que le pari d'une guerre rapide contre un Iran qu'il croyait affaibli est un échec total.

Pour s'en rendre compte, il suffit, selon moi, de constater que les dernières demandes de cessez-le-feu émanent toujours des États-Unis. Ils connaîtraient leur situation de fragilité et le commandement militaire américain aurait tiré la sonnette d'alarme.

L'Iran, dans une position de confort évidente selon mon analyse, continue de menacer de frappes de plus en plus violentes contre des sites stratégiques si les États-Unis n'acceptent pas le plan de paix qu'il propose.

On peut largement considérer que l'échec des États-Unis est un échec personnel pour Donald Trump, qui a commis deux fautes : la première, ne pas avoir respecté sa parole de ne jamais mener de guerre coûteuse et inutile ; la seconde, avoir sous-estimé son adversaire, qui jouait à domicile et disposait, selon moi, de moyens largement sous-estimés par Washington.

Et le troisième larron dans tout cela ? L'entité sioniste dirigée par l'extrême droite israélienne de Benyamin Netanyahou ?

Le doute commence, selon moi, à la ronger, car elle se rend compte qu'elle ne pourra jamais en finir avec la République islamique. Son incapacité à venir à bout des seuls Palestiniens en près de trois ans démontrerait la fragilité d'une armée dont on vantait pourtant l'invincibilité. Surtout, l'axe de la résistance, loin d'être fragilisé, sortirait renforcé de cet échec combiné des États-Unis et de l'État sioniste.

C'est dans un rapport de force équilibré que l'on peut espérer, enfin, une paix durable pour le peuple palestinien.

Et c'est, selon moi, l'Iran qui a obtenu cet exploit.

Gamal Abina.

23 septembre 2026

L'algérophobie : nommer un phénomène pour mieux le combattre.

L'algérophobie : nommer un phénomène pour mieux le combattre.

À ma connaissance, la première fois que le mot « algérophobie » fut utilisé dans un média algérien, c'était par moi. À l'occasion d'une émission de télévision destinée au grand public, j'expliquais qu'il existait, selon moi, une montée en puissance d'une haine spécifique dirigée contre les Algériens en France. J'ai alors choisi de qualifier ce phénomène d'algérophobie.

J'ai participé à tellement d'émissions qu'il me serait aujourd'hui difficile de dire laquelle exactement. Une chose est en revanche certaine : cette réflexion m'habitait déjà depuis de nombreuses années. Je l'avais élaborée bien avant, à l'époque où je militais contre l'islamophobie en France.

À cette époque, j'avais le sentiment que certaines organisations de lutte contre l'islamophobie commettaient une erreur stratégique. Elles concentraient principalement leur action sur la défense d'une religion alors que la véritable cible des discours de haine était avant tout une population, les Maghrébins en général et les Algériens en particulier.

Il faut rappeler le contexte. Après les attentats du 11 septembre 2001, l'islam politique est devenu un sujet central dans le débat international. Les attentats revendiqués par des organisations se réclamant de cette idéologie ont profondément marqué les opinions publiques. Les amalgames se sont multipliés. Pour beaucoup, les distinctions entre Arabes, musulmans, Iraniens, Afghans ou Pakistanais disparaissaient au profit d'une vision uniforme.

Cette situation a offert un terrain favorable aux véritables racistes. Il leur devenait possible de présenter leur hostilité envers certaines populations comme une simple critique de l'islam. Combien de fois avons-nous entendu : « Je ne suis pas raciste, je critique seulement une religion. Une religion n'est pas une race. » L'argument pouvait sembler habile sur le plan juridique, mais il permettait aussi, selon moi, de masquer des motivations profondément racistes.

En France, chacun est libre de critiquer une religion. Il n'existe pas de délit général de blasphème applicable sur l'ensemble du territoire. Cette réalité juridique a parfois rendu plus difficile la distinction entre la critique d'une croyance et les discours alimentant la haine envers les personnes. C'est précisément pour cette raison que j'ai toujours pensé que le combat devait d'abord être celui de la lutte contre le racisme.

Pendant plusieurs années, le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) a occupé une place importante dans ce débat. Après son annonce de dissolution en 2020, le collectif s'est transformé à l'étranger sous une autre forme, tandis que d'autres associations ont également été dissoutes par le ministère de l'Intérieur dans un contexte de lutte contre le séparatisme. Ces décisions ont été contestées par leurs responsables. Quoi qu'il en soit, leur disparition a profondément modifié le paysage militant.

Une fois ces organisations disparues, la question de l'islamophobie s'est progressivement effacée du débat public. Nous sommes revenus à une forme beaucoup plus classique de racisme visant directement les personnes, et plus particulièrement les populations d'origine maghrébine.

Cette hostilité n'a malheureusement rien de nouveau.

Les années 1970 furent marquées par une série de crimes racistes visant principalement des immigrés maghrébins. La vague de violences de 1973, notamment à Marseille et dans d'autres villes françaises, demeure l'un des épisodes les plus sombres de cette période. Plusieurs Algériens furent assassinés parce qu'ils étaient Algériens. Les agressions de groupes d'extrême droite, les ratonnades, les violences commises par des skinheads ou par des nostalgiques de l'Algérie française ont durablement marqué les mémoires.

À cette époque, les rôles étaient clairement identifiés. Une partie de l'extrême droite faisait de l'immigration, et particulièrement de l'immigration algérienne, sa cible privilégiée. Les Algériens représentaient la première communauté immigrée en France et concentraient une part importante des discours de haine.

C'est précisément cette mémoire historique qui a nourri ma réflexion. J'ai toujours pensé que les organisations antiracistes auraient gagné à concentrer davantage leurs efforts sur la défense des personnes victimes de discriminations en raison de leur origine plutôt que sur la seule défense d'une religion. Selon moi, c'était là que se situait le véritable enjeu politique, juridique et sociologique.

Vingt ans plus tard, j'ai le sentiment que l'actualité me donne en partie raison. Une hostilité particulière envers l'Algérie et les Algériens semble s'exprimer de manière plus décomplexée dans une partie du débat public.

Les tensions diplomatiques entre Paris et Alger, les polémiques récurrentes autour des OQTF, la médiatisation de certains faits divers lorsqu'ils concernent des ressortissants algériens et certains discours politiques particulièrement offensifs contribuent à installer un climat de suspicion généralisée.

Lorsque le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau évoque des « ripostes graduées » à l'égard de l'Algérie, beaucoup y voient un simple vocabulaire diplomatique. Pour ma part, j'y vois aussi un climat politique qui participe à banaliser une hostilité envers tout ce qui est algérien.

C'est ce phénomène que je continue de qualifier d'algérophobie.

Je suis convaincu que la lutte contre l'algérophobie doit être menée sur plusieurs fronts : politique, juridique, intellectuel et associatif. Elle doit rester fidèle aux principes universels de la lutte contre le racisme, sans distinction d'origine, de religion ou de nationalité.

On ne combat pas une discrimination en en ignorant une autre. On ne défend pas l'égalité en hiérarchisant les victimes. Et l'on ne préservera jamais la cohésion nationale si certaines formes de racisme deviennent tolérées parce qu'elles visent une population jugée moins légitime que les autres.

Nommer un phénomène n'est jamais anodin. C'est souvent le premier pas pour le reconnaître, le comprendre et, enfin, le combattre.

Gamal Abina.

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22 septembre 2026

Majid Touhami, architecte de solidarité.

Majid Touhami, architecte de solidarité pour l’Algérie.

Quand Jijel brûlait, un ami de longue date, Majid Touhami, a choisi d’agir. Architecte de profession, militant associatif depuis des années, il a mobilisé ses compétences, son réseau et son énergie pour participer à l’effort de solidarité en faveur des populations frappées par les incendies. Son action me touche d’autant plus profondément qu’elle concerne une région qui est la mienne, Jijel, et qu’elle rappelle une vérité essentielle : les militants sincères n’attendent pas qu’on les appelle pour servir leur pays.

Il y a des événements que l’on regarde à distance et d’autres que l’on ressent presque physiquement. Lorsque les images des incendies de Jijel ont commencé à circuler, je ne pouvais évidemment pas les regarder comme celles d’une catastrophe parmi d’autres. Jijel, c’est une partie de moi. C’est ma région, celle de ma famille, de mes racines, de mes souvenirs. J’ose le dire avec toute la subjectivité de celui qui aime une terre : c’est l’une des plus belles régions d’Algérie.

Voir ses montagnes brûler, ses forêts disparaître sous les flammes, ses villages menacés, ses terres agricoles atteintes et des familles contraintes de vivre dans l’angoisse a été pour moi une épreuve profondément personnelle. J’ai ressenti cette détresse pour ma famille présente dans la région, mais également pour toutes ces familles jijéliennes confrontées à la même peur.

Et puis il y a cette autre douleur, plus silencieuse, dont on parle parfois moins. Celle de voir disparaître en quelques heures ce que la nature a mis des décennies à construire. Une forêt n’est pas seulement une succession d’arbres. C’est un écosystème. Ce sont des oiseaux, des mammifères, des insectes, des plantes, des terres agricoles, des sources, des sols et tout un équilibre naturel qui peut être bouleversé. Derrière les images spectaculaires des flammes se joue aussi une catastrophe écologique dont les conséquences se mesureront sur plusieurs années.

Entre le 26 et le 30 août 2026, plusieurs wilayas algériennes ont été confrontées à d’importants feux de forêt, avec une situation particulièrement difficile à Jijel. Des renforts supplémentaires de la Protection civile ont notamment été envoyés dans la wilaya avant que l’ensemble des foyers concernés ne soit annoncé comme maîtrisé le 30 août. Les autorités ont ensuite engagé l’évaluation des dégâts, la réparation des infrastructures et la prise en charge des populations touchées.

C’est dans ce contexte que l’action de mon ami Majid Touhami mérite, à mes yeux, d’être racontée.

Je connais Majid depuis près de quinze ans. Je ne le découvre donc pas à travers ces incendies. Je le connais comme militant associatif, comme homme engagé dans les combats liés à la mémoire algérienne, comme quelqu’un qui a toujours répondu présent lorsqu’il était question de défendre, d’aider ou de servir l’Algérie.

Majid est architecte, urbaniste et designer de formation. Mais les événements de Jijel ont montré que l’architecture ne consiste pas seulement à dessiner des bâtiments. Elle peut aussi consister à organiser les forces, à créer des passerelles entre des personnes qui ne se connaissent pas, à structurer l’urgence, à penser les flux, les besoins et la logistique.

Majid Touhami est architecte de métier, mais dans ces heures difficiles, il a surtout été un architecte de solidarité pour notre pays.

Cette formule me semble résumer parfaitement ce que j’ai vu dans son engagement.

Alors même qu’il est originaire de la région d’Oran, il s’est mobilisé sans compter pour Jijel. C’est aussi cela, l’Algérie. Lorsque Jijel souffre, Oran doit pouvoir se sentir concernée. Lorsque la Kabylie brûle, Alger, Constantine, Tlemcen ou Annaba doivent se sentir concernées. Et lorsque l’Algérie traverse une épreuve, sa diaspora doit elle aussi se sentir concernée.

Selon les éléments communiqués autour de son initiative, Majid a contribué à mettre en place en un temps extrêmement court une organisation destinée à relier les différents besoins du terrain, professionnels de santé, intervenants, habitants, bénévoles et logisticiens. Une mobilisation s’est parallèlement développée en France autour de la collecte de matériel médical, de médicaments, d’équipements, du conditionnement et de l’acheminement de l’aide vers les zones touchées.

Ce qui m’intéresse pourtant le plus n’est pas de transformer cette action en compétition entre citoyens et institutions. Ce serait manquer le sens même de ce qui s’est produit.

L’État, la Protection civile, les collectivités locales, les services de sécurité, les forestiers, les personnels de santé, les associations, les bénévoles et les citoyens ont tous un rôle à jouer. Le ministère de l’Intérieur a d’ailleurs lui même salué la mobilisation conjointe des services publics, des associations, des bénévoles et des citoyens lors des incendies.

L’action citoyenne prend toute sa force lorsqu’elle vient compléter, renforcer et parfois accélérer l’action publique.

C’est exactement ainsi que je regarde l’engagement de Majid.

Les militants authentiques n’ont pas besoin de recevoir un ordre pour agir. Ils n’attendent pas qu’un ministère leur téléphone. Ils n’attendent pas une caméra, une cérémonie ou une reconnaissance officielle. Lorsque quelque chose touche profondément leur pays, ils se demandent simplement : que puis je faire ?

C’est cette disposition d’esprit que je veux saluer.

Dans une diaspora algérienne que l’on caricature parfois à travers ses divisions, ses polémiques ou ses querelles, il existe des milliers de femmes et d’hommes qui entretiennent un rapport concret avec leur pays. Ils y investissent, y travaillent, soutiennent leurs familles, développent des projets, transmettent la mémoire et, lorsque survient une catastrophe, cherchent immédiatement comment être utiles.

Majid fait partie de ces Franco Algériens pour lesquels le lien avec l’Algérie n’est pas une déclaration abstraite.

Il est une action.

Concernant l’origine des incendies, je crois précisément que l’émotion ne doit jamais nous dispenser de la rigueur. Les autorités algériennes ont annoncé l’ouverture d’enquêtes approfondies afin de déterminer les causes des différents départs de feu. La possibilité d’actes criminels a été publiquement évoquée. Mais il appartient désormais aux enquêtes d’établir les faits et les responsabilités.

Nous savons également que le changement climatique, les épisodes de chaleur extrême, la sécheresse et la vulnérabilité croissante des massifs forestiers augmentent considérablement les risques et peuvent transformer un départ de feu en catastrophe majeure.

Il faut donc combattre simultanément tous les risques : l’imprudence humaine, les éventuels actes criminels, le manque d’entretien de certaines zones, mais également les conséquences grandissantes du dérèglement climatique.

Et c’est peut être là que doit commencer la prochaine bataille.

Il ne suffit plus d’éteindre les incendies. Il faut essayer de les empêcher.

La prévention doit devenir une priorité nationale permanente. Surveillance renforcée des massifs, débroussaillement, accès rapides pour les secours, réserves d’eau, cartographie des zones à risque, moyens aériens disponibles, systèmes d’alerte, information des populations, exercices réguliers dans les communes exposées, coordination entre services publics et associations, mobilisation des technologies satellitaires et des drones : chaque minute gagnée au début d’un incendie peut éviter des heures de lutte et des années de reconstruction.

Le ministère de l’Intérieur a lui même indiqué, après les incendies de l’été 2026, la nécessité de tirer les enseignements de ces crises, de renforcer la prévention, l’anticipation, la coordination et les capacités d’intervention face aux risques aggravés par les changements climatiques et la hausse des températures.

Il faut aller encore plus loin.

Nous devons penser une véritable culture nationale de la prévention. L’État ne peut pas être partout à chaque seconde, mais un pays organisé peut disposer partout d’yeux, d’informations et de relais capables de transmettre immédiatement une alerte.

L’expérience de Majid Touhami peut justement nous enseigner quelque chose. Dans une crise, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut de l’organisation, de la circulation de l’information, de la coordination, de la logistique et une capacité à transformer rapidement la solidarité en action concrète.

C’est peut être cela que l’architecte a apporté.

Lorsque je pense aujourd’hui à Jijel, je pense à ses montagnes, à ses forêts, à cette extraordinaire rencontre entre la Méditerranée et les reliefs qui fait la beauté de cette région. Je pense aux terres brûlées qui devront renaître. Je pense aux animaux qui n’ont pas pu fuir les flammes. Je pense aux agriculteurs, aux habitants des villages, aux familles qui regarderont pendant longtemps un paysage qui n’est plus tout à fait celui qu’elles connaissaient.

Mais je pense également à cette formidable chaîne humaine qui s’est constituée.

Dans les moments de catastrophe, un pays se révèle aussi par sa capacité à faire corps.

Et lorsque je vois un ami que je connais depuis quinze ans, originaire d’Oran, se mobiliser spontanément pour ma région de Jijel, organiser, coordonner, chercher des solutions et mettre son métier et son expérience au service des autres, je ressens évidemment une émotion particulière.

Son geste me va droit au cœur.

Parce qu’il me rappelle une conviction profonde : aimer l’Algérie ne consiste pas seulement à le dire. Aimer l’Algérie, c’est être présent lorsqu’elle a besoin de nous.

Majid Touhami n’a pas attendu qu’on l’appelle.

Il a agi.

Et c’est p

eut être cela, au fond, la plus belle définition du militantisme.

Gamal Abina

 

 

 

21 septembre 2026

Le prétendu « racisme anti-Blanc ».

Le prétendu « racisme anti-Blanc ».

Encore un mythe récent, selon moi, que je vais battre en brèche très rapidement. Depuis plusieurs années, les médias du groupe Vincent Bolloré tentent de nous vendre un concept que je considère comme profondément contestable : celui du prétendu « racisme anti-Blanc ».

J'en ai moi-même fait l'expérience lorsque j'intervenais sur CNews, dans l'émission Morandini Live. Chaque matin, je me retrouvais face à quatre contradicteurs, animateur compris, qui cherchaient à me convaincre, coûte que coûte, qu'il existerait un racisme anti-Blanc. J'avais beau rappeler que le mot « racisme » possède une histoire, une construction intellectuelle et des définitions précises, telles qu'on les retrouve dans de nombreux ouvrages, dictionnaires et travaux universitaires, rien n'y faisait. Les échanges devenaient rapidement passionnés. Mes contradicteurs, souvent agacés par ma position, tentaient de me convaincre en s'appuyant notamment sur l'affaire de Crépol, affirmant que les jeunes mis en cause auraient agi dans une démarche de racisme dirigée contre des Européens.

À mes yeux, cette démonstration ne tenait pas. D'abord parce que ces jeunes étaient simplement sortis de leur quartier pour participer à une soirée. Ensuite parce que les premiers éléments de l'affaire faisaient état, semble-t-il, de propos d'exclusion liés à leur origine, notamment autour de la présence de jeunes femmes qu'ils n'auraient pas dû approcher. Enfin parce que, selon moi, une partie de l'écosystème médiatique de CNews s'est empressée de donner une portée idéologique à ce drame afin de conforter un concept qu'elle défend depuis plusieurs années. Dans cette démarche que je considère comme profondément malsaine, on cherche, selon moi, à introduire une lecture ethnoraciale de cette tragédie, en présentant les jeunes venus de banlieue comme les représentants d'un prétendu racisme dirigé contre les Blancs.

Évidemment, lorsqu'un drame aussi terrible survient, l'émotion est immense. Et l'émotion constitue souvent un terrain favorable pour faire accepter des concepts qui, en temps normal, seraient davantage discutés. Il me paraît néanmoins utile de rappeler que les premiers éléments de l'enquête faisaient apparaître des témoignages divergents concernant d'éventuelles insultes à caractère raciste. C'est précisément parce que les faits sont complexes que je préfère distinguer ce qui relève des faits judiciaires de ce qui relève de leur interprétation politique.

Selon moi, il est essentiel de rappeler pourquoi je conteste l'idée même de « racisme anti-Blanc ». Je peux parfaitement parler de haine, de violence, de jalousie, de rivalités territoriales ou communautaires. Mais je ne considère pas que ces violences relèvent nécessairement du concept historique de racisme. À mes yeux, rien ne permet d'affirmer qu'un jeune d'origine africaine ou maghrébine qui s'en prend à un Européen agit parce qu'il se penserait appartenir à une prétendue race supérieure.

Selon mon analyse, le racisme moderne s'est construit historiquement autour de théories de hiérarchisation des êtres humains développées progressivement à partir de l'époque moderne puis consolidées au XIXᵉ siècle, dans un contexte marqué par l'esclavage, la colonisation et les théories pseudo-scientifiques des races. À cette époque, les puissances occidentales dominaient largement le reste du monde sur les plans militaire, économique et technologique. Elles ont élaboré des doctrines destinées à justifier cette domination. Les peuples colonisés, qu'ils soient africains, arabes, asiatiques ou sud-américains, étaient précisément ceux qui subissaient cette hiérarchisation.

C'est pourquoi j'ai personnellement beaucoup de mal à considérer qu'un jeune de banlieue, souvent issu d'un milieu populaire, parfois confronté à des discriminations, puisse entretenir un rapport de domination comparable à celui qui a historiquement fondé les théories raciales. À mes yeux, ce rapport de domination n'existe pas.

Bien au contraire, il arrive encore aujourd'hui que certaines personnes estiment devoir modifier leur prénom ou leur nom afin de réduire les discriminations qu'elles pensent subir dans leur parcours professionnel ou social. Ceux qui disposent d'un physique leur permettant de passer plus facilement inaperçus peuvent parfois avoir recours à cette stratégie. Les autres, en revanche, ne disposent pas de cette possibilité.

Je m'interroge alors. A-t-on déjà vu un Européen faire l'objet de contrôles policiers répétés en raison de sa couleur de peau ? A-t-on déjà vu un Européen se voir refuser un logement à cause de son nom ou de son prénom ? A-t-on déjà vu un Européen rencontrer systématiquement des difficultés administratives parce que son origine serait perçue comme étrangère ? A-t-on déjà vu un Européen confronté aux contrôles au faciès en raison de son apparence ?

Je pourrais également évoquer, selon moi, les difficultés d'accès au crédit bancaire, à certains emplois ou à certains logements pour des personnes issues de familles étrangères appartenant aux catégories sociales les plus modestes. A-t-on déjà vu un Européen se voir refuser l'entrée d'une boîte de nuit pour un motif dissimulé derrière des prétextes aussi absurdes que la couleur de ses chaussures ? Là encore, selon moi, la réponse est non.

Ce qui me préoccupe davantage aujourd'hui, c'est l'évolution du débat public.

Gamal Abina.

20 septembre 2026

Stalingrad (Enemy at the Gates) : quand Jean-Jacques Annaud nous plonge dans l'enfer de la bataille décisive.

Stalingrad (Enemy at the Gates) : quand Jean-Jacques Annaud nous plonge dans l'enfer de la bataille décisive.

Il y a des films que l'on attend avec impatience. Et puis il y a ceux que l'on sait, avant même de les voir, qu'ils nous marqueront durablement. Stalingrad (Enemy at the Gates), sorti en 2001 et réalisé par Jean-Jacques Annaud, faisait incontestablement partie de cette seconde catégorie.

Pourquoi étais-je certain de ne pas pouvoir passer à côté de ce film ? D'abord parce qu'il était signé Jean-Jacques Annaud. Depuis La Guerre du feu, Le Nom de la Rose, L'Ours ou encore Sept ans au Tibet, ce réalisateur français s'est imposé comme l'un des plus grands metteurs en scène de sa génération. Son cinéma possède une signature immédiatement reconnaissable : un sens du spectacle exceptionnel, une recherche constante de réalisme et une capacité rare à immerger le spectateur dans des univers extrêmes.

Mais il y avait également le sujet. La simple bande-annonce m'avait convaincu. Pour quiconque s'intéresse à l'Histoire de la Seconde Guerre mondiale, impossible de rester indifférent devant la bataille de Stalingrad.

Cette bataille constitue sans doute le tournant majeur du conflit. Après des mois de combats d'une violence inimaginable, l'armée allemande connaît, en février 1943, sa première grande défaite terrestre face à une Armée rouge reconstituée et déterminée à défendre son territoire jusqu'au dernier homme. Quelques jours après le dixième anniversaire de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, le mythe de l'invincibilité allemande vole définitivement en éclats.

Jean-Jacques Annaud choisit pourtant un angle original. Plutôt que de raconter l'ensemble de la bataille, il s'intéresse à une histoire profondément humaine : celle du tireur d'élite soviétique Vassili Zaïtsev, devenu un symbole de la résistance soviétique.

Pour donner vie à cette histoire, Annaud réunit un casting particulièrement impressionnant.

Jude Law incarne Vassili avec beaucoup de sobriété. Son personnage n'est pas un héros classique ; c'est un simple soldat propulsé malgré lui au rang d'icône nationale. Jude Law lui apporte une humanité remarquable qui rend son ascension crédible.

Face à lui, Ed Harris interprète le major König, un sniper allemand envoyé spécialement pour éliminer son adversaire soviétique. Harris compose un personnage froid, méthodique, presque inhumain. Le duel psychologique entre les deux hommes constitue le cœur du film et rappelle les grands westerns où deux tireurs s'observent pendant des jours avant l'affrontement final.

À leurs côtés, Rachel Weisz apporte une véritable sensibilité dans le rôle de Tania. Son personnage évite au film de devenir uniquement une succession de scènes de guerre. La romance qui se développe au milieu des ruines de Stalingrad rappelle que même dans l'horreur absolue, des hommes et des femmes continuent à aimer.

Enfin, Joseph Fiennes est remarquable dans le rôle du commissaire politique Danilov. C'est lui qui comprend toute la portée symbolique que peut représenter Vassili. Il transforme ce simple soldat en héros national grâce à la propagande soviétique. Son personnage est sans doute le plus complexe du film : intellectuel brillant, manipulateur, patriote sincère mais aussi homme rongé par la jalousie, il offre une profondeur psychologique particulièrement intéressante.

Le film montre parfaitement comment une guerre se gagne aussi dans les esprits. Les journaux soviétiques fabriquent une légende autour du jeune sniper afin de redonner espoir à une population écrasée par les bombardements.

L'ouverture du film demeure l'une des scènes les plus marquantes. Les recrues soviétiques traversent la Volga sous le feu allemand avant d'être envoyées presque sans armes à l'assaut des positions ennemies. Les commissaires politiques exécutent immédiatement ceux qui tentent de battre en retraite. Cette séquence, d'une violence extrême, installe immédiatement l'ambiance : ici, la guerre est un enfer.

Tout au long du récit, Annaud filme une ville devenue un immense champ de ruines. Les caves remplacent les maisons, les gravats deviennent des forteresses improvisées et la célèbre fontaine représentant des enfants dansant autour d'un crocodile, réduite en miettes, devient le symbole de la destruction totale de Stalingrad.

Le réalisateur retrouve ici ce qui fait la force de son cinéma. Depuis La Guerre du feu, il aime montrer des hommes confrontés à des environnements hostiles où seule compte la survie. Qu'il filme des hommes préhistoriques, des moines médiévaux ou des soldats soviétiques, il retrouve toujours cette même dimension presque primitive des rapports humains.

Bien entendu, le film prend plusieurs libertés avec la réalité historique. Le célèbre duel entre Vassili Zaïtsev et le major König demeure d'ailleurs discuté par les historiens. Mais ce choix relève davantage du récit romanesque que du documentaire historique, et il fonctionne parfaitement au cinéma.

À sa sortie en 2001, Stalingrad reçoit un accueil partagé de la critique. Certains reprochent au film de privilégier le spectacle et la romance au détriment de la rigueur historique. D'autres, au contraire, saluent son ambition, sa mise en scène spectaculaire et la qualité de son interprétation.

Le public, lui, répond largement présent. Produit avec un budget d'environ 68 millions de dollars, le film rapporte près de 97 millions de dollars dans le monde. Sans devenir un immense blockbuster, il connaît un succès honorable et s'impose rapidement comme l'une des œuvres de guerre les plus populaires du début des années 2000. Avec le temps, il est devenu un véritable film culte pour de nombreux amateurs de cinéma historique.

Pour ma part, je continue de le considérer comme l'un des meilleurs films de Jean-Jacques Annaud. Parce qu'il réussit à mêler la grande Histoire aux destins individuels. Parce qu'il montre la guerre sans chercher à la glorifier. Et surtout parce qu'il rappelle que derrière chaque bataille, derrière chaque victoire ou chaque défaite, il y a avant tout des hommes.

Stalingrad est un film que je revois toujours avec le même plaisir. Plus de vingt ans après sa sortie, il n'a rien perdu de sa puissance visuelle ni de sa force émotionnelle. Une œuvre que je recommande sans la moindre hésitation.

Gamal Abina.

19 septembre 2026

Saddam Hussein, le destin tragique d'un dirigeant qui a conduit son pays de la puissance à la catastrophe.

Saddam Hussein, le destin tragique d'un dirigeant qui a conduit son pays de la puissance à la catastrophe.

S'il est un personnage du Moyen-Orient dont le destin dramatique a profondément marqué l'histoire de son pays, c'est bien Saddam Hussein.

J'ai eu l'occasion de lire une biographie qui lui est consacrée, Saddam Hussein, un gaullisme arabe, de Charles Saint-Prot, publiée en 1987 aux éditions Albin Michel. Charles Saint-Prot est un juriste, politologue et spécialiste reconnu du monde arabe. À l'époque de la publication de son ouvrage, l'Irak est engagé dans une guerre meurtrière contre l'Iran, et l'auteur porte un regard souvent favorable sur l'action politique de Saddam Hussein, qu'il présente comme un dirigeant modernisateur et nationaliste arabe. La couverture du livre le représente d'ailleurs en uniforme militaire, le regard tourné vers l'horizon, dans une posture évoquant celle d'un guide de la nation.

Ce qui m'a le plus marqué dès les premières pages, c'est le parcours de son enfance. Saddam Hussein ne savait ni lire ni écrire à l'âge de douze ans. Sous l'influence de son oncle Khairallah Talfah, fervent partisan du panarabisme, il entreprend de rattraper son retard scolaire et tente de combler ses lacunes intellectuelles. Cette volonté de progression explique en partie son ascension politique, même si celle-ci empruntera rapidement les chemins de la violence.

Très jeune, considéré comme un voyou par certains de ses contemporains, il rejoint le parti Baas irakien. Après plusieurs tentatives de coups de force contre le pouvoir, il est arrêté, emprisonné puis parvient à s'enfuir avant de trouver refuge en Syrie. Rien ne semblait alors prédestiner ce jeune homme issu d'un milieu modeste à devenir un jour le maître absolu de l'Irak.

Ce qui rend son parcours si singulier, c'est qu'il sera à la fois l'artisan de la formidable modernisation de son pays durant les années 1970 et celui de son effondrement progressif à partir des années 1980.

Si Charles Saint-Prot parle de « gaullisme arabe », c'est parce qu'il voit dans Saddam Hussein un dirigeant profondément attaché à l'indépendance nationale, à la souveraineté de l'État et à la modernisation économique. Après l'arrivée du parti Baas au pouvoir en 1968, dont Saddam devient rapidement l'un des principaux dirigeants avant d'accéder officiellement à la présidence en 1979, de vastes réformes sont engagées : développement industriel, nationalisation du pétrole, infrastructures, santé publique, alphabétisation et retour d'une partie de la diaspora afin de participer à la construction du pays.

Il faut rappeler que l'Irak connaissait déjà une histoire politique particulièrement agitée depuis le renversement de la monarchie par le général Abdel Karim Kassem en 1958. Le coup d'État baasiste de 1968 s'inscrit dans cette période où le panarabisme, inspiré notamment par Gamal Abdel Nasser, exerce une influence considérable sur une partie du monde arabe.

L'autre élément qui rapproche, selon l'auteur, Saddam Hussein d'une certaine vision gaullienne est son attachement à un État fort, centralisé et souverain. Bien avant d'être officiellement président en 1979, il exerce déjà une influence déterminante sur les affaires du pays en tant que numéro deux du régime.

Son parcours apparaît finalement comme celui d'un homme aux deux visages : d'un côté un dirigeant qui modernise profondément l'Irak, généralise l'accès à l'éducation, développe l'économie et ambitionne de faire de son pays l'une des principales puissances du Moyen-Orient ; de l'autre un dictateur impitoyable, responsable d'une répression féroce contre ses opposants, de l'emploi d'armes chimiques contre des populations civiles, notamment à Halabja, et d'un système politique fondé sur la peur.

La première grande faute stratégique intervient lorsqu'il attaque l'Iran en 1980. Cette guerre de huit années, particulièrement meurtrière, fera selon les estimations entre un et deux millions de victimes. Les combats rappellent parfois ceux de la Première Guerre mondiale par leur violence et leurs interminables tranchées.

À peine cette guerre terminée, Saddam Hussein commet une nouvelle erreur majeure en envahissant le Koweït en 1990. La réaction internationale est immédiate. Une coalition de trente-sept États intervient militairement lors de la guerre du Golfe de 1991. Les infrastructures irakiennes sont lourdement détruites et le pays entre dans une longue période d'embargo et de sanctions internationales. Ces sanctions auront des conséquences humanitaires considérables, touchant durement la population civile, notamment les enfants, même si leur bilan exact reste débattu.

L'Irak, qui apparaissait auparavant comme l'un des pays les plus développés du monde arabe sur les plans économique, industriel, scientifique et éducatif, entre alors dans une spirale de déclin dont il ne se relèvera jamais véritablement. En 2003, l'intervention américaine menée par George W. Bush aboutit à la chute du régime. Saddam Hussein est capturé, jugé puis exécuté en 2006.

Le livre rappelle également les liens particulièrement étroits qui existaient dans les années 1970 entre la France et l'Irak. Au point que la révolution irakienne était célébrée le 14 juillet, symbole de l'admiration qu'une partie des dirigeants irakiens portaient alors à la tradition républicaine française.

Cette coopération se traduit notamment par le projet de réacteur nucléaire Osirak, construit avec l'aide de la France sous les présidences de Valéry Giscard d'Estaing et avec l'implication de Jacques Chirac. Israël détruit cette installation lors du bombardement de 1981, estimant qu'elle pouvait contribuer à un futur programme militaire. Après l'arrivée de François Mitterrand, cette coopération nucléaire est définitivement abandonnée.

La modernisation de l'Irak s'accompagne également d'un immense effort militaire. Des sommes considérables sont investies afin de bâtir l'une des armées les plus puissantes de la région. La guerre contre l'Iran entraîne cependant un endettement colossal.

Le contre-choc pétrolier de 1986, aggravé par les désaccords entre l'Irak et le Koweït sur les niveaux de production, détériore encore davantage les finances irakiennes. Saddam Hussein reproche alors au Koweït de faire chuter les prix du pétrole alors qu'il estime avoir défendu, au prix du sang, les monarchies arabes face à l'Iran révolutionnaire. Ce ressentiment jouera un rôle important dans la décision d'envahir le Koweït quelques années plus tard.

Le parcours de Saddam Hussein est finalement celui d'un dirigeant qui, selon moi, s'est laissé emporter par une vision stratégique devenue irréaliste. Convaincu d'incarner le défenseur du monde arabe face à l'Iran, il s'engage dans une succession de conflits qui finiront par conduire son pays au désastre. Son exécution en 2006, alors qu'il récite l'attestation de foi musulmane, met un terme à l'un des règnes les plus controversés de l'histoire contemporaine du Moyen-Orient.

Près de vingt ans après sa disparition, l'Irak demeure profondément marqué par ces décennies de guerres. Les divisions entre régions kurdes, sunnites et chiites restent importantes, tandis que l'influence de l'Iran sur la vie politique irakienne est aujourd'hui devenue considérable.

Le Golfe, quant à lui, continue de vivre au rythme des crises successives. La guerre Iran-Irak, la guerre du Golfe de 1991, l'invasion américaine de 2003 puis les confrontations plus récentes entre Israël, les États-Unis et l'Iran témoignent d'une région qui demeure l'une des plus instables du monde.

Selon moi, l'histoire retiendra surtout ce paradoxe : Saddam Hussein fut capable, durant les années 1970, de transformer profondément son pays avant de précipiter lui-même sa chute par une succession de choix stratégiques désastreux. Un dirigeant qui fut, à mes yeux, à la fois un modernisateur ambitieux et un dictateur dont les décisions ont plongé l'Irak dans une tragédie dont il peine encore aujourd'hui à se relever.

Gamal Abina.

18 septembre 2026

Mouammar Kadhafi, le révolutionnaire aux rêves immenses.

Mouammar Kadhafi, le révolutionnaire aux rêves immenses.

Il y a des personnages historiques qui nous accompagnent depuis l'enfance. Non pas parce que nous les avons connus, mais parce qu'ils ont nourri notre imaginaire politique et notre réflexion sur le monde. Pour moi, Mouammar Kadhafi fait incontestablement partie de ceux-là.

La première fois que j'ai véritablement pris conscience de son existence, c'était en 1980. J'avais tout juste douze ans. Mon père en parlait parfois, mais c'est surtout un documentaire qui lui était consacré qui avait attiré mon attention. Déjà, le portrait qui en était dressé était presque exclusivement à charge. Je n'en savais pourtant pas grand-chose. Je découvrais simplement un homme de trente-huit ans, jeune, charismatique, haut en couleur, animé d'une ambition peu commune pour son pays. Ce qui me frappait également, c'était la détestation absolue que lui vouait alors l'ensemble des capitales occidentales. Cette hostilité permanente éveilla très tôt ma curiosité.

À cette époque, je ne connaissais de lui que son titre de Guide de la Révolution libyenne depuis le 1er septembre 1969. Tout un programme. Mais, instinctivement, je sentais que derrière la caricature médiatique se cachait un personnage infiniment plus complexe.

Je me souviens encore d'un article qui m'avait profondément marqué. La couverture d'un magazine titrait avec ironie : « Kadhafi prend ses déserts pour des réalités. » Ce jeu de mots visait à ridiculiser son immense projet de reverdir le désert libyen grâce à un système d'irrigation alimenté par les gigantesques nappes d'eau fossile du Sahara. Ce chantier, qui deviendra le Grand Fleuve Artificiel, consistait à acheminer cette eau du sud vers les régions côtières afin de développer l'agriculture et d'assurer l'autonomie hydraulique du pays.

Aujourd'hui encore, je considère que cette réalisation demeure l'une des plus impressionnantes jamais entreprises sur le continent africain. Pour un homme issu d'une famille bédouine, l'eau représentait la vie elle-même. Ce projet résumait parfaitement sa personnalité : voir grand, parfois démesurément, mais toujours avec l'idée de transformer durablement son pays.

Au fil des années, je me suis intéressé de plus en plus à ce personnage. Mon père, qui voyait bien la fascination qu'il exerçait sur moi, s'en amusait beaucoup. Régulièrement, il arrivait avec un journal ou un magazine à la main, un sourire malicieux au coin des lèvres, en me lançant : « Tiens… des nouvelles de ton ami ! » Évidemment, « mon ami », c'était Mouammar Kadhafi. Il savait que je dévorais tout ce qui concernait le dirigeant libyen. Je crois même qu'il était heureux de voir que nous partagions la même admiration pour Gamal Abdel Nasser. Très vite, je me suis forgé cette conviction personnelle : à mes yeux, Kadhafi était le fils spirituel de Nasser. Il poursuivait le même rêve de souveraineté, de justice sociale, d'indépendance nationale et surtout d'unité du monde arabe.

En découvrant davantage son parcours, je compris qu'il avait renversé le roi Idris Ier en s'inspirant directement des Officiers libres de Nasser et de Mohamed Naguib. Son ambition dépassait largement les frontières de la Libye. Il rêvait d'une grande nation arabe capable de retrouver sa dignité, son indépendance et son unité. Il tenta des rapprochements avec l'Égypte, la Syrie, la Tunisie, puis le Maroc. Tous échouèrent. Nasser lui-même lui expliquera que le monde arabe n'était sans doute pas encore prêt à une telle union, tant les monarchies et les intérêts nationaux rendaient ce projet presque impossible.

Progressivement, je découvrais aussi une autre facette du personnage. À mes yeux, Kadhafi était paradoxalement l'un des dirigeants les plus progressistes du monde arabe sur la question de la condition féminine. Les femmes accédèrent à l'université, aux professions libérales, à l'armée, à l'aviation civile. Les premières femmes pilotes de ligne apparurent en Libye. Quant à sa célèbre garde rapprochée féminine, que ses adversaires surnommaient les « Amazones », je l'ai toujours interprétée comme un symbole politique : celui de démontrer qu'une femme pouvait assurer la protection d'un chef d'État avec la même efficacité qu'un homme et qu'elle devait être capable d'assurer elle-même sa propre défense.

Les résultats économiques de la Libye impressionnaient également. Grâce à une gestion rigoureuse des revenus pétroliers, la Libye affichait l'un des indices de développement humain les plus élevés d'Afrique. L'enseignement et les soins étaient largement accessibles, le niveau de vie figurait parmi les plus élevés du continent et plus d'un million de travailleurs africains étaient venus chercher en Libye des perspectives qu'ils ne trouvaient pas dans leur propre pays. À mes yeux, ces réussites sont trop rarement rappelées lorsque l'on évoque le bilan du régime.

L'année 1986 marqua un tournant. Les bombardements américains contre Tripoli et Benghazi, décidés par Ronald Reagan, firent plusieurs dizaines de victimes. La disparition de sa fille adoptive Hanna bouleversa profondément Kadhafi. J'ai toujours eu le sentiment que cet épisode modifia durablement sa vision du monde et renforça sa conviction que la Libye devait demeurer indépendante face aux grandes puissances.

Les années 1990 furent celles de l'isolement. Les attentats contre le vol Pan Am 103 de Lockerbie et contre le vol UTA 772 conduisirent à de lourdes sanctions internationales contre la Libye. Le pays finit par remettre des suspects à la justice internationale et par indemniser les familles des victimes afin de sortir de son isolement diplomatique. Au début des années 2000, après avoir renoncé à ses programmes d'armes de destruction massive, Kadhafi revint progressivement sur la scène internationale. Les dirigeants occidentaux se succédèrent sous sa célèbre tente à Tripoli, tandis que lui-même était reçu avec les honneurs dans plusieurs capitales européennes, notamment à Paris.

C'est pourtant à cette période que, selon moi, ses ambitions devinrent les plus dérangeantes. Son rêve panarabe s'était progressivement transformé en un vaste projet panafricain. Il plaidait pour une banque centrale africaine, un fonds monétaire africain, une monnaie commune et une plus grande autonomie économique du continent. Je demeure convaincu que ces projets inquiétaient plusieurs puissances attachées à préserver leur influence en Afrique. C'est mon analyse, que je défends depuis longtemps.

Les relations entre Kadhafi et la France auront toujours été complexes. Tantôt partenaire, notamment à l'époque de Georges Pompidou, tantôt adversaire lors du conflit tchadien sous François Mitterrand, puis de nouveau interlocuteur privilégié au début des années 2000, avant une rupture spectaculaire avec Nicolas Sarkozy. À mes yeux, les procédures judiciaires ouvertes depuis autour des soupçons de financement de la campagne présidentielle de 2007 constituent un élément qui mérite d'être pris en compte lorsqu'on analyse cette période, même si elles ne permettent pas, à elles seules, d'expliquer les événements de 2011.

Puis vint la guerre.

L'intervention menée en 2011 a très rapidement dépassé le mandat de protection des populations civiles adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies. Je considère qu'elle s'est transformée en une opération de changement de régime. Je défends depuis toujours l'idée qu'il s'agit d'une intervention de nature néocoloniale. Cette analyse est la mienne et je l'assume pleinement.

Je constate également que les soulèvements de 2011 ont principalement emporté des régimes républicains tandis que les monarchies de la région furent largement épargnées. Là encore, c'est une réflexion personnelle qui nourrit depuis longtemps ma lecture des événements.

Il est impossible d'analyser la guerre libyenne sans évoquer les immenses réserves de pétrole et de gaz du pays. Elles constituent un enjeu stratégique majeur et expliquent aussi l'implication durable de nombreuses puissances régionales et internationales. Égypte, Turquie, Émirats arabes unis, Russie, États-Unis, Italie, France ou Royaume-Uni ont tous défendu, à des degrés divers, leurs intérêts dans ce conflit devenu une véritable guerre par procuration.

Quinze ans après le début de cette guerre civile, la Libye demeure profondément divisée. Deux pouvoirs rivaux continuent de se disputer la légitimité, tandis que la stabilité tant espérée tarde toujours à revenir. Lorsque je regarde la Libye d'aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de penser au Liban, qui connut lui aussi quinze années de guerre civile. À mes yeux, la promesse d'une intervention humanitaire est bien loin du résultat obtenu.

Avec le recul, mon regard est naturellement plus nuancé que celui du jeune garçon de douze ans que j'étais. Les dernières années du pouvoir de Mouammar Kadhafi furent incontestablement marquées par l'usure. Comme beaucoup de dirigeants restés trop longtemps au pouvoir, il s'est parfois enfermé dans des postures de plus en plus fantasques qui ont brouillé son message et affaibli son image. Je ne l'ignore pas.

Mais je refuse que cette fin de parcours efface quarante-deux années d'une histoire infiniment plus riche. Je continue de penser que Mouammar Kadhafi fut un grand personnage politique du monde arabe et de l'Afrique contemporaine. Son soutien constant à la cause palestinienne, son combat anticolonial, sa volonté d'utiliser les richesses de la Libye pour le développement de son peuple, son rêve d'unité arabe puis africaine et sa conviction que le continent devait reprendre en main son destin économique demeurent, à mes yeux, des idées qui méritent d'être étudiées avec davantage de sérénité.

Je sais que beaucoup ne partageront pas cette lecture. C'est leur droit. La mienne est différente, et je l'assume.

Finalement, c'est peut-être cela que je retiens le plus. Les grands hommes ne sont pas ceux qui ne commettent jamais d'erreurs. Ce sont ceux qui osent rêver plus grand que leur époque. Malgré ses fautes, malgré ses excès et malgré une fin tragique, Mouammar Kadhafi restera, l'un des grands hommes d'État du monde arabe et de l'Afrique.

Gamal Abina.

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