Diffamation publique !
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Il y a un peu plus d’un an maintenant, j’ai été la cible d’une campagne de diffamation publique, d’injures et de manipulations, dont l’objectif était manifestement de porter atteinte à mon honneur et à ma réputation.
Deux personnes étaient à la manœuvre, Malik Ayad, alias « Artisan Malik », aidé d’une femme qui se présente comme experte en sécurité et en géopolitique, Linda Larbaoui.
Ces deux personnes auraient ainsi conjugué leurs efforts pour tenter de salir mon image, pour des raisons qui, selon moi, relèvent à la fois de conflits d’ego, de rivalités personnelles et de préjugés racistes anti-arabes.
Linda Larbaoui, ancienne tenancière de bar, a multiplié à mon encontre, pendant plus d’un an, des propos que je considère comme injurieux et diffamatoires. J'estime que son comportement traduit une hostilité obsessionnelle et une volonté persistante de me nuire.
La combinaison de ces deux individus, poursuivant pourtant des objectifs différents, n’a eu qu’un impact très relatif sur ma réputation. Elle a néanmoins suffi à renforcer ma colère et, surtout, ma détermination à démasquer les manœuvres grossières ourdies contre ma personne.
Malik Ayad, alias « Artisan Malik », dont je reviendrai sur le parcours et les antécédents, avait, selon moi, un agenda bien différent. Je le soupçonne d’avoir agi sous influence, dans le but de porter atteinte à ma réputation. Il s’est ainsi autorisé, pendant plus de quinze jours, à multiplier les attaques personnelles et les accusations à mon encontre, avant, selon les éléments que je présenterai, de contribuer à mobiliser un groupe de personnes dans une campagne de harcèlement numérique.
Mardi 27 octobre, sur TikTok, je présenterai des clarifications, des documents et des révélations concernant les agissements de ces deux personnes, à l’encontre desquelles j’ai engagé des démarches judiciaires.
Il va de soi que je communiquerai publiquement les décisions de justice lorsqu’elles seront rendues. J’attends également des excuses publiques de la part de ceux qui ont participé à cette entreprise de dénigrement.
La question algérienne est une chose beaucoup trop sérieuse pour être abandonnée à des personnalités dévorées, selon moi, par un ego surdimensionné, incapables d’accepter la notoriété et la reconnaissance que j’ai acquises au fil des années, à travers mes engagements et mes nombreuses interventions médiatiques.
Mon seul intérêt personnel, s’il faut véritablement en trouver un, est de valoriser l’Algérie, d’encourager nos compatriotes à y investir, de défendre son image et de contribuer à son rayonnement, quel que soit le terrain sur lequel je m’exprime.
Rendez-vous donc demain soir, mardi 27 octobre, sur TikTok, pour un live de révélations documentées et argumentées, sur mon profil « Gamal Abina Officiel ».
Ce sera pour moi l’occasion de répondre, de manière ferme, méthodique et définitive, aux tentatives malveillantes de porter atteinte à ma réputation, ainsi qu’aux nombreuses insultes dont j’affirme avoir été victime.
Je ne laisserai rien passer et je ne m’arrêterai qu’une fois que j’aurai obtenu pleinement satisfaction dans mes démarches, notamment sur le terrain judiciaire.
Je ne pardonnerai rien et je ne renoncerai pas à faire valoir mes droits.
La délinquance numérique reste de la délinquance. Les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit, et la liberté d’expression ne saurait servir de prétexte à la diffamation, à l’injure ou au harcèlement.
À bon entendeur.
Gamal Abina
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Violence d'extrême droite. : quand la banalisation de la haine conduit au passage à l'acte.
Le sujet qui m'intéresse aujourd'hui pour mon éditorial, c'est celui du meurtre perpétré vendredi dernier par un activiste présumé d'extrême droite. Cet individu aurait ouvert le feu sur cinq personnes. L'une d'entre elles aurait immédiatement trouvé la mort, tandis qu'une petite fille de 12 ans se trouverait entre la vie et la mort. Trois autres personnes auraient été grièvement blessées.
Ce drame traduit, en réalité, un problème beaucoup plus profond au sein de notre société. D'abord, celui de la montée de l'extrême droite. Avec sa progression et son influence grandissante, l'extrême droite trouve un terrain favorable à la diffusion de ses idées les plus rances, les plus radicales et les plus violentes. Ces idées peuvent progressivement s'installer dans l'esprit de certains extrémistes qui, à force de radicalisation, n'hésitent plus à passer à l'acte.
Ensuite, et surtout, parce que nous nous rendons bien compte qu'avec la dégradation de la situation économique, les tensions sociales, l'avènement des réseaux sociaux, mais également la parole accordée de manière continue à certains représentants politiques de l'extrême droite dans les médias, nous assistons à une détérioration du climat politique et, plus encore, des relations entre les citoyens.
Les citoyens perçus comme étrangers, ceux qui possèdent des origines étrangères ou ceux qui sont tout simplement étrangers deviennent immédiatement des cibles, comme s'ils constituaient une sorte de cinquième colonne au service d'États étrangers qui chercheraient à déstabiliser la France. Ces citoyens sont attaqués, agressés et peuvent même être assassinés. Nous l'avons malheureusement constaté à de nombreuses reprises.
Les assassinats commis par des individus issus de l'extrême droite sont nombreux. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les violences racistes et politiques ont provoqué la mort de nombreuses personnes en France. Pourtant, pendant longtemps, certains ont voulu nous faire croire que la violence dans la rue et la violence politique étaient avant tout des caractéristiques de l'extrême gauche.
Cette présentation des choses a contribué à masquer une réalité autrement plus préoccupante. Certes, les violences d'extrême gauche existent et il serait absurde de les nier. Mais les violences d'extrême droite présentent une dimension supplémentaire particulièrement inquiétante. Elles ne sont pas seulement politiques, elles peuvent également être ethniques, raciales et religieuses.
Dans certaines de leurs expressions les plus radicales, ces violences poursuivent un objectif idéologique précis, celui de débarrasser le territoire national de populations considérées comme des corps étrangers, supposément incompatibles avec l'identité nationale. Une logique d'exclusion qui vise aujourd'hui particulièrement les musulmans et les personnes perçues comme telles.
Hier, cette même mécanique de stigmatisation visait notamment les Juifs, présentés par l'idéologie antisémite comme un corps étranger à la nation, incapable de se fondre dans la société et de trouver sa place au sein de la communauté nationale.
C'est cette conception profondément discriminatoire de la société qui doit nous interpeller. Car lorsqu'une idéologie désigne continuellement certaines populations comme une menace, lorsqu'elle les présente comme des ennemis de l'intérieur, elle contribue à installer un climat dans lequel certains individus peuvent finir par considérer la violence comme une réponse légitime.
Et c'est précisément cette mécanique qui mérite d'être interrogée à la lumière du drame survenu ce week-end. Un acte d'une extrême violence, dont les motivations racistes présumées devront être établies par l'enquête, a provoqué la mort d'une personne et plongé plusieurs familles dans la douleur et l'angoisse.
Des familles sont endeuillées, d'autres vivent dans l'incertitude, et le traumatisme est désormais présent dans toute une communauté. Le maire de la ville s'est exprimé, mais manifestement, ces événements ne semblent toujours pas provoquer la prise de conscience politique que leur gravité devrait susciter.
Car il faudrait enfin tirer les conclusions de cette succession de violences. Des conclusions qui conduiraient à s'interroger sérieusement sur la banalisation des discours d'extrême droite, sur leur diffusion permanente dans certains médias et sur la responsabilité de ceux qui participent à leur normalisation.
La question d'un véritable cordon sanitaire autour des discours racistes et des appels à la haine mérite d'être posée. Il ne s'agit pas de remettre en cause la liberté d'expression ou le pluralisme politique, mais de rappeler que cette liberté s'exerce dans un cadre légal et qu'elle ne saurait justifier la discrimination, l'incitation à la haine ou la violence.
À cet égard, les prises de parole de personnalités politiques comme Éric Zemmour, Marine Le Pen ou Sarah Knafo doivent pouvoir être examinées et critiquées, notamment lorsqu'elles participent aux débats sur l'immigration, l'identité nationale ou l'islam.
Car, au fond, la question est simple : combien de drames faudra-t-il encore pour que notre société prenne pleinement conscience des dangers que représentent la haine raciale, la déshumanisation et la banalisation des discours d'exclusion ?
Une démocratie ne se mesure pas seulement à sa capacité à garantir la liberté d'expression. Elle se mesure également à sa capacité à protéger tous ses citoyens, quelles que soient leurs origines, leur religion ou leur appartenance réelle ou supposée à une communauté.
Et c'est précisément cette exigence fondamentale qui devrait aujourd'hui guider notre réflexion collective.
Gamal Abina.
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Du socialisme républicain à la souveraineté économique, le parcours d'un homme de gauche qui défend la réindustrialisation, les services publics et une autre conception de l'Europe.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Nous poursuivons notre série avec Emmanuel Maurel, né en 1973, ancien député européen et député du Val-d'Oise depuis 2024. Ancien responsable de l'aile gauche du Parti socialiste, il a quitté cette formation en 2018 pour participer à la fondation de la Gauche républicaine et socialiste. Son parcours est particulièrement intéressant pour comprendre les divergences entre socialisme républicain, social-démocratie européenne et souverainisme de gauche.
De l'aile gauche du Parti socialiste à la Gauche républicaine et socialiste, le parcours d'un responsable politique attaché à la souveraineté nationale, à la réindustrialisation et à la défense du modèle social français.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Emmanuel Maurel est né le 10 mai 1973 à Épinay-sur-Seine, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Âgé de 53 ans en octobre 2026, il est de nationalité française. Enseignant, ancien collaborateur parlementaire, essayiste et responsable politique, il est député de la troisième circonscription du Val-d'Oise depuis juillet 2024, après avoir exercé pendant dix années un mandat de député au Parlement européen. Il appartient à une génération de responsables politiques français dont l'engagement s'est construit au cours des années 1990, dans un contexte marqué par la fin de la guerre froide, les débats sur la construction européenne, la mondialisation économique et les transformations idéologiques de la gauche française.
Emmanuel Maurel grandit dans le Val-d'Oise, département dans lequel il développera ensuite l'essentiel de son implantation politique. Après ses études secondaires, il entreprend un cursus universitaire consacré aux lettres modernes et à l'histoire à l'université Paris-Sorbonne. Il poursuit sa formation à l'Institut d'études politiques de Paris, Sciences Po, dont il sort diplômé en 1996, dans la section Service public. Cette formation lui permet d'acquérir une connaissance des institutions françaises, du fonctionnement de l'administration, de l'histoire politique et des grandes questions économiques et sociales. Son intérêt pour la littérature, l'histoire et la philosophie politique occupe une place importante dans son parcours intellectuel.
Il exerce ensuite des fonctions d'assistant parlementaire auprès de responsables socialistes, avant de se consacrer également à l'enseignement supérieur. Il enseigne notamment le droit constitutionnel à Sciences Po. Cette activité lui permet de travailler sur le fonctionnement des institutions, les principes de la République et l'organisation des pouvoirs publics. Parallèlement, Emmanuel Maurel développe une activité d'auteur et de chroniqueur. Il publie une biographie consacrée à Jean Poperen, ancien dirigeant socialiste, figure du courant républicain et socialiste attaché à la défense des salariés et à la transformation sociale. Ce choix éditorial n'est pas anodin. Jean Poperen représentait une tradition politique située à la gauche du Parti socialiste, marquée par l'héritage du mouvement ouvrier, la référence à la République sociale et la volonté de préserver l'autonomie politique du socialisme.
Emmanuel Maurel participe également à la rédaction d'un manuel de droit constitutionnel et d'institutions politiques. Il collabore à plusieurs publications politiques et culturelles, notamment La Corrèze républicaine et socialiste, dont il est éditorialiste, ainsi qu'au mensuel Parti pris, dont il assure la direction de publication. Il intervient également comme chroniqueur dans le quotidien L'Opinion. Ces différentes activités témoignent d'un parcours qui ne se limite pas à l'exercice de responsabilités électives. Emmanuel Maurel développe une réflexion politique nourrie par l'histoire du socialisme français, les débats institutionnels et les transformations économiques européennes.
Son engagement militant commence au Parti socialiste, dont il devient progressivement l'un des responsables de l'aile gauche. Il participe aux débats internes concernant la politique économique, la construction européenne, les services publics et les relations entre le socialisme français et le libéralisme économique. Il se rapproche notamment des sensibilités représentées par Jean Poperen, Henri Emmanuelli et Benoît Hamon. Son parcours électoral commence à l'échelon local. Il devient conseiller municipal de Persan, dans le Val-d'Oise, et participe aux travaux de l'intercommunalité du Haut Val-d'Oise. En 2004, il est élu conseiller régional d'Île-de-France. Il accède ensuite à la vice-présidence du conseil régional, où il exerce des responsabilités concernant les affaires européennes, la formation professionnelle, l'apprentissage et l'emploi.
En 2014, Emmanuel Maurel est élu député européen. Il est réélu en 2019 et siège au Parlement européen jusqu'en 2024. Pendant cette décennie, il se spécialise notamment dans les questions de commerce international, de fiscalité, de concurrence économique, de souveraineté industrielle et de protection des travailleurs. Il participe également aux travaux européens concernant les droits d'auteur, les industries culturelles et l'encadrement des grandes entreprises du numérique.
En octobre 2018, il quitte le Parti socialiste après plusieurs décennies de militantisme. Avec Marie-Noëlle Lienemann et d'autres responsables issus de la gauche socialiste, il participe à la création d'une nouvelle formation qui prendra le nom de Gauche républicaine et socialiste, la GRS. Ce départ constitue une rupture importante avec son organisation politique d'origine. Il traduit son désaccord avec l'évolution idéologique du Parti socialiste et sa volonté de défendre une orientation plus favorable à la souveraineté économique, à la protection des services publics et à la réindustrialisation.
En juillet 2024, il est élu député de la troisième circonscription du Val-d'Oise sous la bannière du Nouveau Front populaire. Il rejoint à l'Assemblée nationale le groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Son parcours réunit ainsi plusieurs expériences : l'enseignement supérieur, l'écriture politique, les responsabilités locales, la gestion régionale, le Parlement européen et l'Assemblée nationale.
Emmanuel Maurel appartient à une tradition politique que l'on peut qualifier de socialisme républicain, attachée à la souveraineté populaire, à la protection des salariés et à l'intervention de l'État dans l'économie. Son positionnement se distingue de celui d'une partie de la social-démocratie européenne par une critique plus affirmée du libre-échange et des orientations économiques de l'Union européenne. Il considère que la mondialisation économique, lorsqu'elle repose principalement sur la concurrence entre territoires et sur la recherche du coût de production le plus faible, peut favoriser les délocalisations industrielles, fragiliser les salariés et accroître les inégalités sociales.
Cette analyse le conduit à défendre une politique économique fondée sur la réindustrialisation, la relocalisation des productions stratégiques et la protection des capacités productives nationales. Pour Emmanuel Maurel, la souveraineté économique constitue une condition importante de la souveraineté politique. Un pays qui dépend entièrement de fournisseurs étrangers pour ses productions essentielles se trouve, selon cette conception, dans une situation de vulnérabilité. Cette dépendance peut concerner l'industrie, l'énergie, l'agriculture, les technologies numériques ou certains équipements indispensables au fonctionnement des services publics. Emmanuel Maurel défend donc une politique industrielle active, dans laquelle l'État doit jouer un rôle de planification, d'investissement et de protection des secteurs stratégiques.
Cette orientation le conduit à critiquer plusieurs accords internationaux de libre-échange. Au Parlement européen, il s'oppose notamment au TAFTA, au CETA, au JEFTA et à l'accord commercial avec le Mercosur, en invoquant leurs conséquences possibles sur les travailleurs, les producteurs agricoles, les normes sociales et l'environnement. Il défend une conception du commerce international dans laquelle les échanges doivent être soumis à des exigences sociales, environnementales et démocratiques. Il utilise notamment la notion de protectionnisme solidaire. Cette expression vise à distinguer une politique de protection économique fondée sur les droits sociaux d'un protectionnisme nationaliste reposant sur le rejet des populations étrangères. Dans cette perspective, la protection des activités industrielles doit permettre de préserver l'emploi, les savoir-faire et les capacités de production. Elle doit également s'accompagner de mécanismes de coopération internationale.
Sur le plan européen, Emmanuel Maurel ne défend pas nécessairement une sortie de l'Union européenne. Il considère toutefois que son fonctionnement économique et institutionnel doit être profondément transformé. Il critique notamment la place accordée à la concurrence, les contraintes budgétaires et les règles susceptibles de limiter l'intervention économique des États. Il souhaite une Europe capable de protéger ses industries, de défendre ses salariés et de préserver ses services publics. Cette orientation le rapproche des courants de gauche favorables à une transformation importante de la construction européenne. Elle le distingue des responsables sociaux-démocrates qui privilégient une adaptation progressive aux règles économiques existantes.
Sur le plan social, Emmanuel Maurel défend le financement collectif des mécanismes de solidarité. Il accorde une importance particulière à la Sécurité sociale, aux retraites, à l'assurance maladie, à l'éducation nationale et aux services publics. Il considère que ces institutions constituent des instruments essentiels de réduction des inégalités. Il défend également une fiscalité plus progressive et une lutte renforcée contre l'évasion fiscale. Au Parlement européen, il participe aux travaux consacrés aux pratiques d'optimisation et de fraude fiscales révélées notamment par les Panama Papers. Il s'intéresse aux mécanismes permettant aux grandes entreprises multinationales de réduire leur contribution fiscale dans les pays où elles réalisent leurs activités. Cette réflexion s'inscrit dans une conception redistributive de la politique économique.
Sur les questions institutionnelles, Emmanuel Maurel revendique son attachement à la République, à la laïcité et à la souveraineté populaire. Il considère que la démocratie doit permettre aux citoyens de conserver un contrôle effectif sur les grandes orientations économiques et politiques. Cette conception l'amène à défendre une revalorisation du débat démocratique et une participation accrue des salariés aux décisions concernant les entreprises. Il souhaite également renforcer le rôle du Parlement.
Son engagement dans les questions culturelles constitue une autre caractéristique importante de son identité politique. Il défend l'exception culturelle française, les droits des auteurs et les mécanismes de financement de la création artistique. Au Parlement européen, il participe aux discussions sur les droits d'auteur et les responsabilités des grandes plateformes numériques. Il considère que les entreprises technologiques ne doivent pas pouvoir exploiter les œuvres et les productions culturelles sans respecter les droits de leurs créateurs. Cette orientation prend une importance nouvelle avec le développement de l'intelligence artificielle générative. Emmanuel Maurel défend un encadrement de l'utilisation des œuvres protégées et une meilleure protection des professionnels de la création.
Sur le plan international, il accorde une importance particulière aux relations entre la France, l'Europe et les pays du Maghreb. Au Parlement européen, il exerce les fonctions de premier vice-président de la délégation chargée des relations avec les pays du Maghreb et l'Union du Maghreb arabe. Il participe également aux travaux de l'Assemblée parlementaire de l'Union pour la Méditerranée. Cette expérience lui permet de développer une connaissance des enjeux diplomatiques, économiques et commerciaux entre les deux rives de la Méditerranée.
Son positionnement politique peut finalement être résumé autour de trois orientations majeures, qu'il met en avant dans le cadre de sa démarche présidentielle de 2027 : démondialiser, démarchandiser et démocratiser. La première consiste à réduire les dépendances économiques, à réindustrialiser et à retrouver des capacités de décision nationales. La deuxième vise à limiter l'emprise des mécanismes marchands sur des domaines considérés comme essentiels à la vie collective. La troisième cherche à renforcer la participation des citoyens et des salariés aux décisions politiques et économiques. Ces propositions s'inscrivent dans une tradition socialiste républicaine qui cherche à concilier souveraineté nationale, justice sociale et transformation économique.
L'engagement politique d'Emmanuel Maurel commence au sein du Parti socialiste, dans une période marquée par les débats sur l'avenir du socialisme français après la présidence de François Mitterrand. Au cours des années 1990, il participe aux activités militantes de cette formation et se rapproche progressivement de son aile gauche. Il défend une conception du socialisme attachée à la protection des salariés, aux services publics et à l'intervention de l'État. Cette orientation le conduit à participer aux débats internes concernant la construction européenne et les transformations économiques. Il exerce parallèlement des fonctions d'assistant parlementaire et développe une activité d'enseignant.
Au début des années 2000, il s'engage dans la vie politique locale du Val-d'Oise. En 2001, il devient conseiller municipal de Persan. Il participe également aux travaux de la communauté de communes du Haut Val-d'Oise. Cette première expérience élective lui permet de découvrir le fonctionnement des collectivités territoriales et les politiques publiques de proximité. En 2004, il est élu conseiller régional d'Île-de-France sur une liste de rassemblement de la gauche. Il participe alors aux travaux de la majorité régionale dirigée par Jean-Paul Huchon.
En 2008, lors du congrès du Parti socialiste à Reims, il soutient la motion présentée par Benoît Hamon, intitulée Un monde d'avance, reconstruire l'espoir à gauche. Cette motion défend une orientation plus nettement ancrée à gauche que celle des courants sociaux-démocrates majoritaires. Emmanuel Maurel participe ainsi aux débats concernant l'avenir idéologique du Parti socialiste. Il devient secrétaire national du parti, notamment chargé de la formation des militants et de l'organisation des universités d'été.
En 2009, il accède à la vice-présidence du conseil régional d'Île-de-France, avec des responsabilités concernant les affaires européennes et internationales. Réélu conseiller régional en 2010, il se voit confier les politiques de formation professionnelle, d'apprentissage et d'alternance. Ses responsabilités sont ensuite élargies aux questions d'emploi. Il exerce ces fonctions jusqu'en 2014.
En 2012, il participe au congrès du Parti socialiste à Toulouse et anime, avec d'autres responsables, le courant Maintenant la gauche. Cette sensibilité défend une politique économique plus interventionniste et critique certaines orientations du gouvernement socialiste. Emmanuel Maurel exprime notamment des réserves sur les politiques de compétitivité et sur la place accordée aux entreprises dans les dispositifs de soutien économique.
En mai 2014, il est élu député européen. Il rejoint le Parlement européen dans une période marquée par les conséquences de la crise financière, les politiques d'austérité et les négociations commerciales internationales. Il participe aux travaux de la commission du commerce international et de la commission des affaires économiques. Il s'oppose à plusieurs accords commerciaux internationaux, estimant que leurs dispositions risquent d'affaiblir les protections sociales, les normes environnementales et les capacités industrielles européennes. Il intervient également dans les débats concernant l'évasion fiscale. À la suite des révélations des Panama Papers, il participe aux travaux parlementaires consacrés aux pratiques fiscales internationales.
En 2017, le Parti socialiste subit une défaite historique à l'élection présidentielle. Benoît Hamon, candidat du parti, obtient 6,36 % des suffrages exprimés au premier tour. Cette défaite accélère les débats concernant l'identité politique du socialisme français.
En octobre 2018, Emmanuel Maurel quitte le Parti socialiste. Il considère que l'évolution du parti ne permet plus de défendre efficacement les orientations économiques et sociales auxquelles il demeure attaché. Avec Marie-Noëlle Lienemann, il participe à la constitution d'un nouveau mouvement politique. Cette initiative débouche sur la création de la Gauche républicaine et socialiste. La nouvelle formation souhaite rassembler des militants attachés au socialisme, à la République, à la souveraineté populaire et à une critique du libéralisme économique.
En 2019, Emmanuel Maurel se présente aux élections européennes sur la liste conduite par Ian Brossat et soutenue notamment par le Parti communiste français. Il est réélu député européen. Il siège désormais au sein du groupe de La Gauche au Parlement européen. Pendant ce second mandat, il poursuit son engagement contre les accords commerciaux qu'il considère comme défavorables aux travailleurs et aux producteurs européens. Il participe aux commissions du commerce international, des affaires étrangères et des affaires juridiques. Il s'intéresse également aux conséquences économiques et juridiques de l'intelligence artificielle. Son activité parlementaire concerne notamment la protection des auteurs, la régulation des plateformes numériques et les droits des professionnels de la culture.
Il exerce également des responsabilités dans les relations parlementaires entre l'Union européenne et les pays du Maghreb. Il devient premier vice-président de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb et l'Union du Maghreb arabe. Cette fonction lui permet de participer aux échanges concernant les relations entre l'Europe et l'Afrique du Nord.
En 2022, les formations de gauche concluent un accord électoral dans le cadre de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, la NUPES. La Gauche républicaine et socialiste participe aux discussions concernant le rassemblement des différentes sensibilités de gauche. Emmanuel Maurel demeure cependant député européen et poursuit son mandat jusqu'en 2024.
En juin 2024, le président Emmanuel Macron annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. Les formations de gauche négocient la constitution du Nouveau Front populaire. Emmanuel Maurel se présente alors aux élections législatives dans la troisième circonscription du Val-d'Oise. Il bénéficie de l'investiture du Nouveau Front populaire. Au premier tour, le 30 juin 2024, il obtient 35,6 % des suffrages exprimés. Au second tour, le 7 juillet, il remporte l'élection avec 62,54 % des suffrages. Cette victoire marque son retour dans la vie parlementaire nationale après dix années passées au Parlement européen.
Il rejoint le groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée nationale. Il siège à la commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire. Il participe également aux travaux de la commission des affaires européennes. Son activité parlementaire porte notamment sur le budget de l'État, les politiques de l'emploi, les accords commerciaux et la souveraineté économique. Il intervient également sur les questions concernant les industries culturelles et les conséquences de l'intelligence artificielle sur les droits d'auteur.
Au cours de l'année 2026, la perspective de l'élection présidentielle de 2027 provoque une multiplication des candidatures et des initiatives au sein de la gauche française. Emmanuel Maurel décide de participer à la primaire de la gauche socialiste et démocratique. Le 4 septembre 2026, il annonce publiquement sa candidature à cette consultation. Il se présente au nom de la Gauche républicaine et socialiste. Sa démarche repose sur une orientation qu'il résume par une formule : « Passionnément républicain, résolument socialiste ». Il souhaite défendre une politique économique plus protectrice, une transformation des institutions et un renforcement de la souveraineté populaire.
Sa candidature s'inscrit dans une compétition réunissant cinq personnalités. Raphaël Glucksmann représente Place publique, Olivier Faure et Jérôme Guedj sont issus du Parti socialiste, Ségolène Royal défend également sa candidature, tandis qu'Emmanuel Maurel représente la Gauche républicaine et socialiste. Le scrutin se déroule les 9 et 10 octobre 2026. Le 11 octobre 2026, les résultats annoncés donnent la victoire à Raphaël Glucksmann, avec 66,13 % des suffrages. Olivier Faure obtient 14,48 %, Ségolène Royal 7,62 %, Emmanuel Maurel 5,92 % et Jérôme Guedj 5,83 %.
Emmanuel Maurel ne remporte donc pas cette primaire et n'obtient pas l'investiture commune pour l'élection présidentielle de 2027. Sa participation demeure néanmoins importante pour comprendre les différentes orientations qui traversent la gauche française. Contrairement aux candidats davantage identifiés à la social-démocratie européenne, Emmanuel Maurel défend une conception du socialisme accordant une place centrale à la souveraineté économique, à la protection des activités industrielles et à la transformation des règles du commerce international.
Son parcours témoigne également de la persistance d'une tradition républicaine et sociale issue de l'histoire du mouvement ouvrier français. Ancien militant socialiste, responsable régional, député européen puis député national, Emmanuel Maurel a progressivement construit une identité politique distincte de celle du Parti socialiste contemporain. Son départ de cette formation en 2018 constitue une étape majeure de cette évolution. Il traduit son refus de renoncer à une conception du socialisme fondée sur la souveraineté populaire, l'intervention économique de l'État et la protection des travailleurs.
Sa candidature à la primaire de 2026 a permis de confronter cette orientation aux propositions d'autres responsables de gauche. Elle pose plusieurs questions importantes concernant l'avenir du socialisme français. La gauche peut-elle reconstruire une politique industrielle sans remettre en question certaines règles du commerce international ? Peut-elle défendre la souveraineté nationale tout en participant à la construction européenne ? Comment concilier les exigences de la transition écologique avec la préservation des activités industrielles et des emplois ? Et quelle place peut encore occuper le socialisme républicain dans une gauche divisée entre social-démocratie, écologie politique et gauche radicale ? Ces interrogations constituent les principaux enjeux politiques soulevés par le parcours d'Emmanuel Maurel à l'approche de l'élection présidentielle française de 2027.
Il existe encore, dans le paysage politique français, des femmes et des hommes qui croient profondément à l'idée de justice sociale, à la protection des salariés, à une répartition plus équitable des richesses, à la nécessité de limiter les excès de l'ultralibéralisme et, tout simplement, à une certaine conception de l'humanisme. Des responsables politiques qui considèrent que l'économie doit être au service de l'être humain et non l'inverse, que la richesse produite par une nation doit bénéficier à l'ensemble de sa population et que l'État ne peut se contenter d'être le spectateur impuissant des mécanismes du marché. Emmanuel Maurel fait partie de cette tradition politique.
Son engagement, son parcours et surtout sa rupture avec le Parti socialiste en 2018 témoignent de son attachement à une certaine idée du socialisme, celle qui refuse de considérer que les exigences de rentabilité économique doivent systématiquement l'emporter sur les impératifs de solidarité et de justice sociale.
Il faut dire que le Parti socialiste français a connu, au cours des dernières décennies, une évolution idéologique particulièrement significative. Cette formation, qui prétendait autrefois transformer les rapports économiques et défendre les intérêts du monde du travail, a progressivement accepté une partie considérable des principes du libéralisme économique, au point de rendre parfois difficile la distinction entre certaines politiques conduites par la gauche gouvernementale et celles défendues par la droite. Le tournant de la rigueur de 1983, les privatisations, l'acceptation progressive des règles économiques européennes et les politiques conduites sous différents gouvernements socialistes ont contribué à cette transformation.
À force de vouloir démontrer qu'elle était capable de gérer le capitalisme aussi efficacement que ses adversaires, une partie de la gauche française a fini par abandonner ce qui constituait précisément sa raison d'être : la volonté de transformer les rapports sociaux au bénéfice des catégories populaires. Cette évolution ne s'est évidemment pas produite sans résistances. Des responsables politiques ont continué à défendre une conception plus exigeante du socialisme, fondée sur l'intervention de l'État, la défense des services publics, la protection des travailleurs et la redistribution des richesses.
Emmanuel Maurel appartient à cette famille politique. Il représente cette aile gauche du socialisme français qui a longtemps tenté de maintenir une cohérence idéologique à l'intérieur d'un Parti socialiste dont les orientations économiques s'éloignaient progressivement de ses engagements historiques. Mais il est arrivé un moment où cette contradiction est devenue difficilement supportable.
En quittant le Parti socialiste en 2018 pour participer à la création de la Gauche républicaine et socialiste, Emmanuel Maurel a fait un choix politique qui mérite d'être souligné. Il aurait parfaitement pu rester dans l'appareil, accepter les compromis successifs, conserver une place dans les structures partisanes et poursuivre sa carrière sans remettre fondamentalement en question les orientations de son organisation. Il a préféré rompre. Cette décision ne suffit évidemment pas à garantir la justesse de toutes ses positions, mais elle témoigne d'une volonté de préserver une identité politique distincte de celle d'une social-démocratie progressivement convertie aux contraintes du libéralisme économique.
Car il faut bien comprendre ce qui se joue derrière ces divergences. Le socialisme n'est pas simplement une manière plus douce d'administrer le capitalisme. Il porte historiquement une ambition de transformation sociale, de réduction des inégalités et de limitation du pouvoir économique exercé par les détenteurs du capital. Il repose sur l'idée que les richesses produites collectivement doivent permettre d'améliorer les conditions de vie de l'ensemble de la population. Il considère que les services publics, la Sécurité sociale, les retraites, l'éducation et la santé ne doivent pas être abandonnés aux seules logiques marchandes.
Emmanuel Maurel semble avoir conservé cet héritage. Sa défense de la réindustrialisation, de la souveraineté économique, des services publics et d'une autre politique commerciale européenne s'inscrit dans cette conception. Il considère qu'un pays ne peut prétendre défendre durablement son modèle social s'il accepte de perdre progressivement ses capacités de production et de dépendre entièrement de marchés internationaux sur lesquels les exigences sociales et environnementales sont profondément inégales.
Cette réflexion me paraît particulièrement importante. Car la mondialisation économique a trop souvent été présentée comme une évolution naturelle, inévitable, presque indépendante des décisions politiques. On nous a expliqué pendant des décennies que les délocalisations étaient nécessaires, que la concurrence internationale devait conduire les entreprises à rechercher les coûts de production les plus faibles et que les États devaient s'adapter aux exigences des marchés. Mais cette adaptation a eu des conséquences considérables sur certains territoires industriels, sur les conditions de travail et sur le sentiment d'abandon éprouvé par une partie des catégories populaires.
La question de la souveraineté économique n'est donc pas nécessairement une revendication nationaliste. Elle peut également constituer une exigence sociale. Un pays qui ne maîtrise plus ses productions essentielles se prive d'une partie des moyens nécessaires pour conduire une politique économique indépendante. Sur ce point, Emmanuel Maurel défend une orientation qui mérite d'être examinée avec sérieux. Il ne s'agit pas simplement de dénoncer la mondialisation, mais de réfléchir aux instruments permettant de préserver les emplois, les savoir-faire industriels et les capacités d'intervention publique.
Pour autant, Emmanuel Maurel demeure, à mes yeux, l'un des parents pauvres de la vie politique française. Il est relativement peu connu du grand public, dispose d'une visibilité médiatique limitée et ne bénéficie pas de la puissance de communication dont disposent certaines personnalités issues des grandes formations politiques. Son parcours est pourtant loin d'être insignifiant. Conseiller régional, vice-président de la région Île-de-France, député européen pendant dix ans, puis député du Val-d'Oise, il possède une expérience politique et institutionnelle importante.
Mais cette expérience ne suffit pas nécessairement à exister dans une société où la politique est devenue, pour une large part, un spectacle médiatique. Le charisme, les petites phrases, les affrontements télévisés et la capacité à provoquer des polémiques semblent parfois peser davantage que la cohérence d'un programme économique ou la connaissance des dossiers. Emmanuel Maurel ne possède manifestement pas la même exposition médiatique que les grandes figures du Parti socialiste. Et je doute qu'il ait véritablement inquiété ceux que l'on appelle traditionnellement les éléphants du parti.
Cette expression me rappelle d'ailleurs une chanson des années 1980, Le Cimetière des éléphants, interprétée par Eddy Mitchell. Mais, manifestement, les éléphants de la politique française n'ont aucune intention de rejoindre leur cimetière. Ils continuent d'occuper l'espace médiatique, de se disputer les investitures, de négocier les alliances et de défendre leur place dans un paysage politique qu'ils prétendent régulièrement vouloir renouveler.
La politique française présente d'ailleurs cette particularité assez remarquable : ceux qui parlent le plus volontiers de renouvellement sont parfois ceux qui occupent depuis le plus longtemps les responsabilités. Les générations passent, les discours changent, les alliances se font et se défont, mais les mêmes mécanismes de pouvoir semblent se reproduire indéfiniment.
Dans ce contexte, les responsables politiques qui défendent des orientations économiques exigeantes, sans disposer d'une importante machine médiatique, rencontrent des difficultés particulières pour faire entendre leurs propositions. Emmanuel Maurel en constitue une illustration. Il possède une expérience européenne, une connaissance des politiques commerciales et une réflexion sur les conséquences de la mondialisation, mais ces sujets trouvent difficilement leur place dans un débat public dominé par les affrontements de personnalités.
Et pourtant, ce sont précisément ces questions qui devraient occuper une place centrale dans la préparation de l'élection présidentielle. Quelle politique industrielle voulons-nous pour la France ? Comment préserver notre système de protection sociale ? Comment financer durablement les services publics ? Comment empêcher que la concurrence internationale ne conduise à une dégradation permanente des droits des salariés ? Comment réconcilier la transition écologique avec la nécessité de produire et de maintenir des emplois industriels ? Voilà des questions autrement plus importantes que les querelles d'appareil qui agitent régulièrement le Parti socialiste et ses satellites.
Mais Emmanuel Maurel doit également affronter une difficulté idéologique plus profonde. Il appartient à une tradition politique qui a progressivement perdu sa place au sein de la gauche gouvernementale. Depuis plusieurs décennies, les responsables les plus attachés à une transformation économique et sociale ont été conduits, les uns après les autres, à quitter le Parti socialiste ou à s'en éloigner. Jean-Luc Mélenchon en 2008, Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann en 2018, et d'autres encore, ont incarné à des degrés divers cette rupture avec une formation dont ils considéraient qu'elle avait abandonné une partie de ses engagements historiques.
Cette évolution soulève une question fondamentale. À force de voir partir ses membres les plus à gauche, que reste-t-il exactement du socialisme au sein du Parti socialiste ? Une tradition historique ? Un nom ? Un appareil électoral ? Une référence à François Mitterrand ? Ou véritablement un projet de transformation économique et sociale ?
Je pose la question parce que le vocabulaire politique a lui-même connu une évolution particulièrement révélatrice. On parle aujourd'hui de gauche radicale pour désigner des formations qui défendent la redistribution des richesses, le renforcement des services publics, la protection des salariés ou une intervention plus importante de l'État dans l'économie. Mais ces revendications appartiennent historiquement au patrimoine de la gauche. Elles ne constituent pas nécessairement une rupture révolutionnaire avec l'ensemble des institutions économiques et politiques. Elles prolongent, dans bien des cas, des combats qui ont accompagné la construction du mouvement ouvrier, du socialisme et des grandes conquêtes sociales du XXe siècle.
Alors pourquoi les qualifier systématiquement de radicales ? Est-ce parce que ces revendications seraient devenues excessives ? Ou parce que la gauche gouvernementale s'est tellement déplacée vers le centre que ses propres principes historiques lui apparaissent désormais comme des positions extrêmes ? La question mérite d'être posée.
Car à force de déplacer les repères idéologiques, on finit par présenter comme radical ce qui relevait autrefois du programme ordinaire d'une gauche attachée à la justice sociale. Défendre la Sécurité sociale, refuser la marchandisation généralisée des services publics, vouloir limiter les inégalités de richesse et protéger les travailleurs ne devrait pas constituer une position marginale dans une formation qui se réclame du socialisme. Cela devrait en être le fondement.
Emmanuel Maurel, avec ses limites, son manque relatif de notoriété et une capacité de mobilisation électorale qui demeure à démontrer au niveau national, représente cette continuité historique. Il appartient à une famille politique qui considère encore que le socialisme doit avoir un contenu économique et social identifiable. On peut discuter ses propositions, contester certaines de ses analyses sur l'Europe ou considérer que son approche de la souveraineté économique ne répond pas à l'ensemble des défis contemporains. Mais il faut au moins reconnaître la cohérence de son engagement.
Il ne semble pas avoir abandonné ses convictions pour rejoindre les orientations dominantes du moment. Et dans une vie politique où les changements de discours accompagnent parfois les perspectives de carrière, cette fidélité mérite d'être relevée.
Je ne prétends pas qu'Emmanuel Maurel soit le seul dépositaire de l'héritage socialiste, ni qu'il représente à lui seul la véritable gauche. Le socialisme français a toujours été traversé par des courants différents, des réformistes aux révolutionnaires, des partisans de la planification aux défenseurs d'une économie mixte. Mais cette diversité ne doit pas faire oublier ce qui constitue son socle historique : la volonté de réduire les inégalités et de subordonner les mécanismes économiques aux besoins de la société.
C'est précisément ce qui me semble avoir été progressivement affaibli dans une partie de la gauche institutionnelle. En définitive, Emmanuel Maurel représente peut-être davantage une fidélité idéologique qu'une ambition présidentielle capable de mobiliser immédiatement un large électorat. Sa participation à la primaire sociale-démocrate de 2026 aura au moins permis de rappeler qu'il existe encore, dans le paysage politique français, des responsables qui refusent de considérer le libéralisme économique comme un horizon indépassable. Mais elle révèle également la difficulté de faire entendre une conception exigeante du socialisme dans une compétition dominée par des personnalités beaucoup plus médiatisées.
Emmanuel Maurel a peut-être le socialisme dans la peau. Mais le Parti socialiste, lui, semble avoir passé plusieurs décennies à vouloir s'en débarrasser.
Et c'est finalement cette contradiction qui me paraît la plus révélatrice de l'évolution de la gauche française. On nous parle aujourd'hui de gauche radicale, de gauche réformiste, de gauche républicaine, de gauche sociale-démocrate, de gauche écologiste et de gauche de gouvernement. Mais derrière cette multiplication des appellations, une interrogation demeure.
Et si ce que l'on appelle aujourd'hui la gauche radicale n'était, finalement, que la gauche tout simplement ?
Gamal Abina
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PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027PORTRAIT POLITIQUE N° 10 : JÉRÔME GUEDJ
De la Gauche socialiste aux divisions de la gauche contemporaine, le parcours d'un ancien proche de Jean-Luc Mélenchon devenu l'un de ses contradicteurs les plus affirmés.
Nous poursuivons notre série avec Jérôme Guedj, député socialiste de l'Essonne, ancien président du conseil général et candidat à la primaire sociale-démocrate organisée pour préparer l'élection présidentielle de 2027.
Son parcours présente plusieurs particularités : son engagement précoce contre le racisme, ses origines familiales algériennes, sa formation à Sciences Po et à l'ENA, son expérience auprès de Jean-Luc Mélenchon, son travail sur les questions sociales et son opposition actuelle à une nouvelle alliance avec La France insoumise.
PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027PORTRAIT POLITIQUE N° 10 : JÉRÔME GUEDJ
De la Gauche socialiste à la rupture avec Jean-Luc Mélenchon, le parcours d'un haut fonctionnaire devenu l'une des figures du socialisme républicain français.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Jérôme Guedj est né le 23 janvier 1972 à Pantin, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Âgé de 54 ans en octobre 2026, il est de nationalité française. Haut fonctionnaire, inspecteur général des affaires sociales et responsable politique, il est député de la sixième circonscription de l'Essonne et membre du Parti socialiste. Il est issu d'une famille française d'origine juive séfarade algérienne. Son père, Jean-Pierre Guedj, exerçait la profession de kinésithérapeute et s'est également engagé dans la vie politique locale, notamment comme adjoint au maire de Massy. Cette histoire familiale s'inscrit dans celle des populations juives d'Algérie et de leurs relations historiques avec la France, marquées notamment par la colonisation, le décret Crémieux de 1870, la décolonisation et les migrations vers la métropole. Jérôme Guedj grandit dans un environnement familial où les questions sociales, les professions de santé et l'engagement politique occupent une place importante.
Après des études secondaires sanctionnées par un baccalauréat scientifique de série C, il intègre l'Institut d'études politiques de Paris, Sciences Po, dont il sort diplômé en 1992. Il poursuit sa formation à l'École nationale d'administration, l'ENA, qu'il intègre dans la promotion Victor Schœlcher, achevée en 1996. Cette formation lui ouvre les portes de la haute fonction publique française. À sa sortie de l'ENA, il rejoint l'Inspection générale des affaires sociales, l'IGAS, organisme chargé de missions de contrôle, d'évaluation et d'inspection dans les domaines de la santé, de la protection sociale, de l'emploi et des politiques publiques. Cette expérience administrative joue un rôle important dans sa spécialisation politique. Elle lui permet de développer une connaissance du fonctionnement de la Sécurité sociale, des établissements de santé, des politiques médico-sociales et des dispositifs d'accompagnement des populations vulnérables.
Il s'intéresse notamment aux questions du vieillissement, du handicap, de la dépendance et de l'organisation des services publics. Au cours des années 2000, il participe également à des activités de formation et de conseil dans le domaine des politiques publiques. Il intervient notamment dans un programme de formation consacré aux politiques du handicap à Sciences Po. Parallèlement, il développe des activités de conseil auprès d'administrations et de collectivités territoriales. Son parcours professionnel est donc celui d'un haut fonctionnaire formé aux mécanismes administratifs et aux politiques sociales, avant de devenir une personnalité politique nationale.
Sur le plan militant, son engagement commence à l'adolescence. Il participe aux activités de SOS Racisme au cours des années 1980, dans une période marquée par la montée électorale du Front national et par les débats concernant l'immigration, les discriminations et l'intégration. En 1993, il adhère au Parti socialiste. Il rejoint le courant Gauche socialiste, animé notamment par Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray. Cette sensibilité se situe alors à la gauche du Parti socialiste et défend une orientation plus critique à l'égard du libéralisme économique. Jérôme Guedj devient assistant parlementaire de Jean-Luc Mélenchon, expérience importante dans son apprentissage politique.
Il s'engage progressivement dans la vie politique de l'Essonne, département où il construit l'essentiel de son implantation électorale. Élu conseiller général en 1998, il accède à la présidence du conseil général de l'Essonne en 2011. Il exerce cette responsabilité jusqu'en 2015. Il devient également député de l'Essonne en 2012, avant de retrouver l'Assemblée nationale en 2022 et d'être réélu en 2024. Son parcours se caractérise ainsi par une double expérience : celle de la haute administration sociale et celle de la gestion des collectivités territoriales. Ces deux dimensions occupent une place importante dans ses propositions concernant la santé, les personnes âgées, la protection sociale et les services publics.
Jérôme Guedj appartient à la famille politique socialiste, mais son positionnement a évolué au cours de sa carrière. Initialement engagé dans la Gauche socialiste, courant situé à l'aile gauche du Parti socialiste, il revendique aujourd'hui une orientation socialiste républicaine, attachée à la laïcité, à l'universalisme et à la protection sociale. Son parcours idéologique ne peut être compris sans rappeler sa proximité ancienne avec Jean-Luc Mélenchon. Dans les années 1990, les deux hommes partagent un engagement au sein du Parti socialiste et une critique des orientations économiques considérées comme trop libérales. Jérôme Guedj participe alors à un courant qui souhaite maintenir une référence forte à la transformation sociale et à la défense des catégories populaires.
Au fil des années, leurs trajectoires politiques divergent. Jean-Luc Mélenchon quitte le Parti socialiste en 2008 pour participer à la fondation du Parti de gauche, tandis que Jérôme Guedj demeure au sein de la formation socialiste. Cette séparation organisationnelle précède une rupture politique devenue beaucoup plus profonde au cours des années 2020. Jérôme Guedj défend aujourd'hui une conception de la République fondée sur la laïcité, l'égalité des citoyens devant la loi, la lutte contre les discriminations et le refus de Jérômes assignations identitaires. Il accorde une importance particulière à la lutte contre l'antisémitisme et le racisme. Il considère que ces combats doivent s'inscrire dans une conception universaliste de la citoyenneté.
Cette orientation le conduit à critiquer certaines analyses et prises de position de La France insoumise, notamment concernant l'antisémitisme, la laïcité et le conflit israélo-palestinien. Ses divergences avec Jean-Luc Mélenchon ne portent donc plus seulement sur des questions de stratégie électorale, mais également sur la manière de définir les principes républicains et de les appliquer dans le débat politique contemporain. Sur le plan économique, Jérôme Guedj demeure attaché à une conception redistributive de la protection sociale. Il défend le financement collectif des politiques de santé, la préservation des services publics et une intervention publique importante dans les domaines sociaux.
L'un de ses principaux sujets de prédilection concerne la Sécurité sociale. Il souhaite renforcer la couverture des dépenses de santé et réduire les inégalités d'accès aux soins. Dans le cadre des débats préparatoires à l'élection présidentielle de 2027, il propose notamment une forme de Sécurité sociale intégrale, destinée à simplifier la prise en charge des dépenses de santé et à réduire la dépendance au système des assurances complémentaires. Cette proposition implique une réflexion sur le financement, l'organisation et la répartition des responsabilités entre l'assurance maladie obligatoire et les organismes complémentaires.
Jérôme Guedj s'intéresse également aux politiques du grand âge. Il défend une amélioration de la prise en charge de la dépendance, un renforcement des moyens accordés aux établissements accueillant des personnes âgées et une meilleure protection des personnes isolées. Lors de la pandémie de Covid-19, il est chargé en 2020 d'une mission consacrée à l'isolement des personnes âgées. Cette expérience renforce sa visibilité sur les questions du vieillissement et de la solidarité entre générations.
Sur le plan européen, Jérôme Guedj s'inscrit dans une tradition socialiste favorable à la coopération européenne, tout en défendant une orientation sociale plus affirmée. Il ne revendique pas une sortie de l'Union européenne, mais considère que les politiques européennes doivent permettre une meilleure protection des citoyens. Son positionnement international repose sur la défense du droit international, des institutions démocratiques et des principes républicains. Concernant le conflit israélo-palestinien, il défend le droit à l'existence et à la sécurité d'Israël ainsi que les droits nationaux des Palestiniens. Ses prises de position ont néanmoins suscité des désaccords importants avec plusieurs personnalités de gauche, particulièrement depuis les événements du 7 octobre 2023 et la guerre dans la bande de Gaza. Ces controverses constituent désormais un élément central de son identité politique publique.
Jérôme Guedj défend également une ligne d'opposition à l'extrême droite française. Il considère que la lutte contre le Rassemblement national doit s'appuyer sur la défense des valeurs républicaines, la justice sociale et la reconstruction d'une offre politique socialiste. Toutefois, il refuse désormais de considérer qu'une alliance avec La France insoumise constitue nécessairement une réponse acceptable à la progression de l'extrême droite. Cette position le distingue d'Olivier Faure, qui a défendu les accords électoraux conclus dans le cadre de la NUPES puis du Nouveau Front populaire. Elle le rapproche, sur le plan stratégique, d'autres responsables socialistes qui souhaitent reconstruire une gauche indépendante de Jean-Luc Mélenchon.
Son identité politique peut donc être définie comme celle d'un socialiste républicain, attaché à l'État social, à l'universalisme et à une conception exigeante de la laïcité, mais désormais opposé à la poursuite d'une alliance politique avec La France insoumise.
L'engagement politique de Jérôme Guedj commence au cours des années 1980, dans un contexte marqué par la montée du Front national et les mobilisations contre le racisme. Il participe aux activités de SOS Racisme, organisation fondée en 1984 et devenue l'un des symboles des mobilisations antiracistes de cette décennie. Cette première expérience militante contribue à sa sensibilisation aux questions d'égalité, de citoyenneté et de lutte contre les discriminations. En 1993, il adhère au Parti socialiste. Il rejoint la Gauche socialiste, courant animé notamment par Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray. Il travaille également auprès de Jean-Luc Mélenchon comme assistant parlementaire. Cette proximité politique constitue un élément important de son parcours, compte tenu de l'opposition qui caractérisera ultérieurement leurs relations.
En 1998, Jérôme Guedj est élu conseiller général du canton de Massy-Est, dans le département de l'Essonne. Il commence ainsi une longue carrière d'élu territorial. Son implantation locale lui permet de participer directement aux politiques publiques départementales, notamment dans les domaines sociaux, éducatifs et médico-sociaux. En mars 2011, il devient président du conseil général de l'Essonne. Il succède à Michel Berson et prend la direction d'une collectivité territoriale disposant de compétences importantes dans les domaines de l'action sociale, de la protection de l'enfance, de l'accompagnement des personnes âgées et des infrastructures départementales. Cette responsabilité constitue l'une des principales expériences exécutives de sa carrière. Il dirige le département jusqu'en 2015, lorsque les élections départementales entraînent un changement de majorité. Il poursuit alors son engagement dans l'opposition départementale.
En 2012, Jérôme Guedj devient député de la sixième circonscription de l'Essonne, en remplacement de François Lamy, nommé au gouvernement. Il siège à l'Assemblée nationale au sein du groupe socialiste. Son activité parlementaire porte notamment sur les politiques sociales, la santé et les questions institutionnelles. Son mandat prend fin en 2014, après le départ de François Lamy du gouvernement et le retour de ce dernier à l'Assemblée nationale. En 2017, Jérôme Guedj se présente aux élections législatives, mais ne parvient pas à retrouver son siège. Cette défaite intervient dans le contexte de l'effondrement électoral du Parti socialiste après le quinquennat de François Hollande. Au cours de cette période, il participe également aux débats internes de la gauche socialiste. Il soutient notamment Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste préparant l'élection présidentielle de 2017, puis participe à la campagne de Benoît Hamon.
Après la défaite présidentielle de 2017, il poursuit ses activités politiques et professionnelles. Il conserve une présence dans les débats consacrés à la protection sociale, aux politiques publiques et au fonctionnement des institutions. En 2020, pendant la pandémie de Covid-19, il est chargé d'une mission concernant l'isolement des personnes âgées. Cette mission intervient dans un contexte de crise sanitaire majeure, marqué par les difficultés rencontrées dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées et par les conséquences sociales des mesures de confinement. Jérôme Guedj participe alors à la réflexion sur les moyens de maintenir les relations sociales et familiales des personnes vulnérables tout en assurant leur protection sanitaire.
En 2021, il est élu conseiller régional d'Île-de-France. L'année suivante, il retrouve l'Assemblée nationale. Aux élections législatives de juin 2022, il est élu député de la sixième circonscription de l'Essonne dans le cadre de l'accord électoral de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, la NUPES. Cette élection présente une particularité politique importante. Jérôme Guedj bénéficie alors d'une alliance électorale avec La France insoumise, organisation dirigée par son ancien mentor Jean-Luc Mélenchon. Il rejoint le groupe socialiste à l'Assemblée nationale et participe aux travaux consacrés aux questions sociales.
La guerre dans la bande de Gaza, déclenchée après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, provoque ensuite des tensions majeures entre les différentes composantes de la gauche française. Jérôme Guedj critique plusieurs déclarations de responsables de La France insoumise, notamment celles de Jean-Luc Mélenchon. Il considère que certaines prises de position du mouvement posent des difficultés fondamentales concernant la lutte contre l'antisémitisme et la définition des principes républicains. Ces divergences conduisent progressivement à une rupture politique ouverte. En 2024, après la dissolution de l'Assemblée nationale, Jérôme Guedj refuse de se présenter sous l'étiquette du Nouveau Front populaire. Il choisit de défendre une candidature socialiste sans reprendre l'investiture commune de l'alliance. Il est néanmoins réélu député de la sixième circonscription de l'Essonne au second tour, le 7 juillet 2024. Cet épisode constitue une étape décisive dans son évolution politique. Il marque son refus de poursuivre une alliance électorale avec La France insoumise, même dans un contexte où les autres formations de gauche cherchent à présenter des candidatures communes.
Au cours de la nouvelle législature, Jérôme Guedj poursuit son activité au sein du groupe Socialistes et apparentés. Il siège à la commission des affaires sociales. Il participe également à plusieurs groupes de travail parlementaires consacrés notamment à l'antisémitisme, aux discriminations, à la santé et au vieillissement. Ses interventions sur le financement de la Sécurité sociale lui permettent de renforcer sa visibilité dans les débats parlementaires. Il défend notamment une approche fondée sur la protection des prestations sociales, la maîtrise des dépenses qui ne compromettent pas les droits des assurés et la nécessité de garantir l'accès aux soins.
En février 2026, Jérôme Guedj annonce son intention de participer à l'élection présidentielle française de 2027. Il affirme vouloir défendre une candidature socialiste républicaine, fondée sur la laïcité, l'universalisme et la justice sociale. Il publie également un ouvrage intitulé La République, c'est nous !, dans lequel il revient notamment sur son parcours et sur ses divergences avec Jean-Luc Mélenchon. Sa candidature intervient dans un contexte de concurrence entre plusieurs personnalités issues du Parti socialiste et de la gauche sociale-démocrate. Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal participent également aux discussions concernant la désignation d'un candidat pour 2027.
Jérôme Guedj accepte finalement de participer à la primaire organisée au mois d'octobre 2026. Le premier tour de cette consultation se déroule les 9 et 10 octobre 2026, sous la forme d'un vote électronique. Les cinq candidats sont Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. À la date de rédaction de ce portrait, le résultat définitif de la procédure de désignation n'est pas confirmé dans le présent dossier. La participation de Jérôme Guedj à cette primaire ne doit donc pas être confondue avec une qualification définitive à l'élection présidentielle. Pour figurer sur la liste officielle des candidats, il lui faudrait également satisfaire aux conditions légales, notamment la réunion des cinq cents présentations d'élus.
Son parcours politique présente plusieurs caractéristiques importantes. Il a été formé dans les institutions les plus prestigieuses de la haute fonction publique française, avant de développer une carrière d'élu territorial et parlementaire. Il a participé à la Gauche socialiste aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, avant de devenir l'un de ses opposants les plus affirmés. Il a exercé des responsabilités exécutives à la tête du département de l'Essonne et développé une spécialisation dans les politiques sociales. Enfin, son évolution idéologique illustre les transformations d'une partie de la gauche française, passée d'une volonté d'union électorale à une remise en cause profonde des alliances avec La France insoumise.
La trajectoire de Jérôme Guedj pose ainsi plusieurs questions essentielles pour comprendre la recomposition du socialisme français. Comment un ancien militant de la Gauche socialiste en vient-il à considérer qu'une alliance avec la gauche radicale est devenue politiquement impossible ? Quelle place les principes de laïcité, d'universalisme et de lutte contre les discriminations doivent-ils occuper dans la définition d'un projet socialiste ? Comment reconstruire une force politique capable de défendre la protection sociale tout en dépassant les divisions internes de la gauche ? Et dans quelle mesure l'expérience administrative, territoriale et parlementaire peut-elle constituer le fondement d'une ambition présidentielle ? Ces interrogations accompagnent désormais le parcours de Jérôme Guedj dans la perspective de l'élection présidentielle française de 2027.
De l'antiracisme républicain à la question palestinienne, les contradictions politiques d'un ancien disciple de Jean-Luc Mélenchon.
Je reprends ton analyse dans un éditorial développé, en conservant notamment ta critique de la laïcité invoquée comme principe abstrait, de l'antiracisme institutionnel, de la rupture avec La France insoumise et du traitement politique de la guerre à Gaza. Les appréciations sur Jérôme Guedj resteront clairement présentées comme ton point de vue, sans attribuer à ses origines familiales des convictions politiques qu'elles ne permettent pas de déduire.
IV. MON REGARD SUR JÉRÔME GUEDJ
De l'antiracisme républicain à la question palestinienne, les contradictions politiques d'un ancien disciple de Jean-Luc Mélenchon.
Jérôme Guedj, candidat à l'élection présidentielle de 2027 et engagé dans la compétition pour l'investiture de la gauche sociale-démocrate, présente un parcours politique qui mérite que l'on s'y attarde, tant il illustre, à mes yeux, les contradictions d'une certaine gauche française, particulièrement lorsqu'il s'agit de confronter les grands principes républicains aux réalités sociales et aux questions internationales.
Ancienne jeune pousse de Jean-Luc Mélenchon, dont il fut l'assistant parlementaire et l'un des compagnons de route au sein de la Gauche socialiste, Jérôme Guedj a progressivement pris ses distances avec celui qui avait contribué à sa formation politique, jusqu'à le considérer aujourd'hui comme un adversaire. Cette rupture, particulièrement spectaculaire, s'est cristallisée autour de deux questions essentielles : la laïcité et le conflit israélo-palestinien.
Il faut rappeler que Jérôme Guedj est un professionnel de la politique, au sens le plus classique du terme. Haut fonctionnaire issu de l'ENA, inspecteur général des affaires sociales, ancien président du conseil général de l'Essonne, député à plusieurs reprises, il appartient à cette catégorie de responsables dont l'essentiel de la carrière s'est construit dans les institutions administratives et politiques françaises. Ce parcours lui donne une connaissance incontestable des mécanismes de l'État et des politiques sociales. Mais il soulève également une interrogation sur la manière dont ces responsables appréhendent les réalités vécues par les populations les plus exposées aux discriminations.
Car ce qui me pose particulièrement problème chez Jérôme Guedj, c'est la place considérable qu'il accorde à la laïcité et à une certaine conception de l'universalisme républicain. Entendons-nous bien, je ne conteste absolument pas le principe de la laïcité. Je considère au contraire qu'il constitue l'un des fondements essentiels de la République française, puisqu'il garantit la liberté de conscience, l'égalité des citoyens et la neutralité de l'État à l'égard des convictions religieuses. Mais encore faut-il s'entendre sur la manière dont ce principe est invoqué et appliqué. La laïcité doit protéger les citoyens, et non devenir un instrument permettant de détourner l'attention des discriminations qu'ils subissent.
Or, dans le discours politique contemporain, j'observe une tendance particulièrement préoccupante à transformer l'universalisme républicain en une formule abstraite, répétée à l'envi, sans que soient nécessairement prises en considération les inégalités sociales et les discriminations qui traversent notre société. On nous explique régulièrement que la République française ne reconnaît qu'une seule communauté, la communauté nationale. Fort bien. Mais cette affirmation, aussi séduisante soit-elle sur le plan philosophique, ne saurait suffire à effacer les réalités de terrain. Car la France connaît des discriminations à l'embauche, des inégalités territoriales, des phénomènes de ségrégation résidentielle et des formes de racisme qui affectent concrètement l'existence de millions de citoyens.
L'égalité proclamée devant la loi ne signifie pas automatiquement l'égalité réelle dans l'accès au logement, à l'emploi, à l'éducation ou aux responsabilités. C'est précisément là que je situe l'une des limites de l'universalisme républicain lorsqu'il est réduit à une succession de déclarations de principe. La République ne doit pas seulement affirmer que tous ses citoyens sont égaux. Elle doit également se donner les moyens de combattre les mécanismes qui produisent et entretiennent les inégalités.
Jérôme Guedj, dont l'histoire familiale est liée à l'Algérie, connaît nécessairement l'importance des questions de mémoire, d'appartenance et de transmission historique. Mais je ne prétends pas que ses origines devraient déterminer ses convictions politiques. Ce serait précisément reproduire cette logique d'assignation identitaire que je conteste. Ce qui m'intéresse, ce sont ses prises de position, ses choix politiques et la cohérence entre les principes qu'il revendique et leur traduction concrète.
À cet égard, son engagement ancien auprès de SOS Racisme mérite également d'être interrogé. Je n'ai jamais considéré que l'antiracisme devait être le monopole d'une organisation, d'un courant politique ou d'une catégorie particulière de militants. Je me suis souvent montré critique à l'égard d'un antiracisme institutionnel qui, sous couvert de défendre les populations discriminées, a parfois adopté une posture paternaliste. Il ne suffit pas de proclamer que l'on combat le racisme pour en comprendre les causes historiques, économiques et sociales. Il ne suffit pas davantage d'organiser des campagnes de sensibilisation pour remettre en question les mécanismes de domination qui produisent les discriminations.
Et surtout, il me paraît difficile de défendre une conception réellement universelle de l'antiracisme tout en considérant que les questions internationales, les guerres, les occupations territoriales et les héritages coloniaux devraient être tenus à l'écart de cette réflexion. Car le racisme n'est pas seulement une affaire de comportements individuels ou de préjugés. Il possède également une histoire politique, économique et coloniale. Il a servi à justifier la conquête de territoires, la dépossession de populations, l'exploitation économique et la hiérarchisation des êtres humains. On ne peut donc pas, selon moi, prétendre comprendre les mécanismes du racisme contemporain sans s'intéresser à cette histoire. Et c'est précisément pour cette raison que la question palestinienne occupe une place essentielle dans mon appréciation du parcours politique de Jérôme Guedj.
Les événements du 7 octobre 2023 ont constitué une rupture majeure. Les massacres de civils israéliens et les prises d'otages commis par le Hamas devaient être condamnés sans aucune ambiguïté. Mais cette condamnation ne pouvait en aucun cas justifier les destructions massives, les déplacements forcés et les souffrances infligées ensuite à la population civile palestinienne dans la bande de Gaza. Une vie humaine ne vaut pas davantage qu'une autre en fonction de sa nationalité, de son origine ou de sa religion. C'est là, précisément, que devrait commencer toute réflexion véritablement universaliste.
Or, depuis octobre 2023, j'ai été frappé par les divergences profondes qui ont traversé la gauche française sur la manière de dénoncer les violences commises contre les civils palestiniens. Certains responsables ont considéré que les prises de position de La France insoumise étaient insuffisamment claires concernant les attaques du Hamas et la question de l'antisémitisme. D'autres ont estimé que ces accusations contribuaient à déplacer le débat politique et à affaiblir la dénonciation des opérations militaires israéliennes. Jérôme Guedj a choisi de faire de cette divergence l'un des éléments centraux de sa rupture avec Jean-Luc Mélenchon. Il reproche à son ancien mentor des propos qu'il considère comme contraires aux principes de la lutte contre l'antisémitisme et de l'universalisme républicain.
Ces accusations sont graves et méritent d'être examinées à partir des déclarations précises qui les motivent. Mais je considère également qu'il faut refuser une confusion devenue beaucoup trop fréquente dans le débat public : celle qui consiste à assimiler toute critique du gouvernement israélien, du sionisme politique ou de la colonisation des territoires palestiniens à une manifestation d'antisémitisme. L'antisémitisme est une forme de racisme qui doit être combattue avec la plus grande fermeté. Mais la critique d'un gouvernement, d'une politique militaire ou d'une idéologie nationaliste relève du débat politique légitime, dès lors qu'elle ne vise pas les personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée à une religion ou à une origine.
Il faut rappeler que les citoyens juifs ne constituent pas un ensemble politique homogène. Leurs opinions sur Israël, le sionisme, la guerre à Gaza et l'avenir de la Palestine sont diverses, parfois profondément opposées. De même, le soutien au sionisme politique ou à l'État d'Israël ne se limite pas aux populations juives. Il existe notamment des courants chrétiens sionistes, particulièrement influents dans certains milieux évangéliques américains. Cette réalité devrait suffire à démontrer combien il est absurde de confondre une appartenance religieuse, une identité culturelle et une orientation politique. Le débat doit donc porter sur les idées, les décisions et les responsabilités des gouvernements, jamais sur une identité collective supposée.
Concernant Jérôme Guedj, mon désaccord porte sur la hiérarchie des préoccupations que je perçois dans ses interventions publiques. Je considère qu'il a accordé une place considérable à la dénonciation des déclarations de La France insoumise, alors que la gravité de la situation humanitaire dans la bande de Gaza exigeait également une mobilisation politique constante. Cela ne signifie pas qu'il n'ait jamais condamné le gouvernement de Benyamin Netanyahou ou les souffrances infligées aux Palestiniens. Il a exprimé des critiques à l'égard de la politique israélienne et défendu une solution à deux États. Mais je m'interroge sur la portée politique de ces condamnations, sur leur visibilité et sur les conséquences concrètes qu'il entend en tirer.
Car condamner les violences ne suffit pas. Encore faut-il préciser quelles mesures diplomatiques, économiques et politiques devraient être engagées pour faire respecter le droit international. Faut-il suspendre certaines coopérations militaires ? Faut-il imposer des sanctions aux responsables de violations du droit international ? Faut-il soutenir pleinement les procédures engagées devant les juridictions internationales ? Comment garantir effectivement la protection des populations civiles palestiniennes ? Ce sont ces questions qui devraient, selon moi, occuper le centre du débat. Et non les querelles permanentes entre responsables politiques français, aussi profondes soient leurs divergences.
La question de la solution à deux États mérite également une réflexion approfondie. Jérôme Guedj affirme défendre la coexistence de deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Cette position correspond à une orientation diplomatique défendue depuis plusieurs décennies par une grande partie de la communauté internationale. Mais il faut regarder la réalité. L'extension des colonies israéliennes en Cisjordanie, la fragmentation territoriale des espaces palestiniens, les restrictions de circulation et les décisions successives des gouvernements israéliens ont considérablement compromis les conditions matérielles nécessaires à la création d'un État palestinien souverain et viable.
Dans ces circonstances, continuer à invoquer la solution à deux États sans expliquer comment mettre fin aux obstacles qui empêchent sa réalisation risque de transformer un objectif diplomatique en simple formule politique. Je ne prétends pas qu'une telle solution soit définitivement impossible. Mais je considère que ceux qui la défendent doivent désormais expliquer avec précision comment ils entendent la rendre réalisable. C'est une exigence de cohérence. Et cette exigence devrait s'appliquer tout particulièrement aux responsables politiques qui revendiquent leur attachement au droit international.
Il faut également revenir sur la rupture de Jérôme Guedj avec La France insoumise. En 2022, il retrouve son siège de député dans le cadre de l'accord électoral de la NUPES. Cette alliance lui permet de bénéficier d'une candidature commune de la gauche, dans une période où le Parti socialiste traverse encore une crise électorale majeure. Deux ans plus tard, il refuse de se présenter sous la bannière du Nouveau Front populaire, en raison de ses désaccords avec la direction de La France insoumise. Il est alors réélu sous les couleurs socialistes.
Cette évolution mérite d'être examinée. Je peux parfaitement comprendre qu'un responsable politique décide de rompre avec une organisation dont il ne partage plus les orientations. La fidélité à une alliance électorale ne saurait imposer le silence face à des désaccords fondamentaux. Mais cette rupture soulève néanmoins une question politique : comment concilier la nécessité de préserver une représentation parlementaire de la gauche avec une stratégie qui contribue à accentuer ses divisions ? Car c'est bien là l'un des problèmes majeurs auxquels se trouve confrontée la gauche française.
Les désaccords idéologiques sont légitimes. Ils sont même indispensables au fonctionnement démocratique. Mais lorsque ces divergences deviennent des affrontements personnels permanents, elles finissent par empêcher toute construction collective. Et l'on peut légitimement se demander si la multiplication des candidatures socialistes et sociales-démocrates ne participe pas de cette fragmentation.
Jérôme Guedj revendique une conception républicaine du socialisme, fondée sur la laïcité, l'universalisme et la protection sociale. Il possède une expérience administrative et parlementaire importante, particulièrement dans les domaines de la santé et des politiques sociales. Ces éléments méritent d'être reconnus. Mais ils ne répondent pas à toutes les interrogations que soulève son positionnement politique.
Pour ma part, je demeure particulièrement attentif à la manière dont les responsables politiques articulent leurs engagements nationaux et internationaux. Je considère qu'il ne peut exister deux conceptions différentes de l'antiracisme, l'une destinée à protéger les citoyens français et l'autre qui deviendrait beaucoup plus hésitante lorsqu'il s'agit de populations vivant sous occupation, dans des territoires colonisés ou au milieu d'un conflit armé. L'universalisme ne saurait s'arrêter aux frontières de la République. Il doit s'appliquer avec la même exigence aux victimes de l'antisémitisme, du racisme antimusulman, des discriminations antinoires, des violences coloniales et des crimes commis contre les populations civiles.
C'est précisément cette universalité que j'attends des responsables politiques qui prétendent faire de la lutte contre le racisme l'un des fondements de leur engagement. Et c'est à cette aune que je souhaite examiner les positions de Jérôme Guedj. Je ne lui conteste ni le droit de défendre Israël, ni celui de critiquer Jean-Luc Mélenchon, ni celui de proposer une conception différente du socialisme français. Mais je considère que ses prises de position sur la question palestinienne et la place qu'il accorde à ses affrontements avec La France insoumise appellent un examen critique approfondi.
Son histoire familiale algérienne peut naturellement être évoquée dans une biographie, tant elle s'inscrit dans l'histoire complexe de la colonisation française et des populations juives d'Algérie. Mais cette histoire ne saurait constituer une obligation politique ou une présomption de culpabilité. Ce sont ses décisions, ses déclarations et ses propositions qui doivent être discutées.
En définitive, la question que je pose est relativement simple. Peut-on se réclamer de l'universalisme républicain sans accorder une importance égale à la protection de toutes les populations civiles, quelles que soient leur nationalité, leur religion ou leur origine ? Peut-on prétendre défendre le droit international sans expliquer comment obtenir son application lorsque les violations concernent un État allié ? Peut-on invoquer l'antiracisme comme un principe fondamental tout en laissant les débats identitaires occuper davantage d'espace que les réalités sociales et les conséquences humaines des conflits ?
Ces questions ne concernent évidemment pas Jérôme Guedj seul. Elles s'adressent à l'ensemble des responsables politiques français qui revendiquent l'héritage républicain et socialiste. Mais Jérôme Guedj, par son parcours, son engagement ancien auprès de SOS Racisme, sa proximité passée avec Jean-Luc Mélenchon et son positionnement actuel, en constitue un exemple particulièrement intéressant.
Je considère que le véritable universalisme ne se mesure pas à la fréquence avec laquelle on invoque la République, la laïcité ou l'antiracisme. Il se mesure à la cohérence avec laquelle on défend ces principes, y compris lorsqu'ils imposent de condamner les décisions de ses alliés politiques ou diplomatiques.
C'est cette cohérence que je souhaite retrouver dans les discours de ceux qui prétendent aujourd'hui incarner la gauche française. Et c'est précisément sur ce terrain que Jérôme Guedj devra, selon moi, apporter des réponses beaucoup plus convaincantes.
Gamal Abina
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De l'héritage mitterrandien aux alliances de la gauche contemporaine, le parcours d'un socialiste qui tente de reconstruire un parti profondément affaibli par ses divisions.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Olivier Faure est né le 18 août 1968 à La Tronche, dans le département de l'Isère, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Âgé de 58 ans en octobre 2026, il est de nationalité française. Responsable politique, ancien dirigeant d'entreprise et député de Seine-et-Marne, il occupe depuis avril 2018 les fonctions de premier secrétaire du Parti socialiste. Son histoire familiale présente une particularité qui mérite d'être soulignée. Son père, de nationalité française, était fonctionnaire du Trésor public, tandis que sa mère, d'origine vietnamienne, exerçait la profession d'infirmière. Cette double ascendance familiale accompagne son enfance et contribue à son expérience personnelle d'une France marquée par des origines culturelles diverses. Il passe une partie de son enfance sur l'île de La Réunion avant de rejoindre la métropole. Sa famille s'installe notamment à Orléans, où il grandit dans le quartier des Blossières, un ensemble urbain populaire.
Contrairement à plusieurs responsables politiques français issus des grandes écoles parisiennes, Olivier Faure effectue l'essentiel de ses études supérieures à l'université. Il étudie le droit à l'université d'Orléans et obtient en 1991 un diplôme d'études approfondies, DEA, en droit économique. Il poursuit ensuite sa formation à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, où il étudie les sciences politiques. Cette double formation, juridique et politique, lui permet d'acquérir une connaissance des mécanismes économiques, des institutions publiques et des principales doctrines politiques contemporaines.
Son engagement militant commence très tôt. À l'âge de seize ans, il adhère au Parti socialiste, alors que François Mitterrand exerce son premier mandat à la présidence de la République. Il milite parallèlement au sein de l'Union nationale des étudiants de France, l'UNEF, organisation syndicale étudiante historiquement associée à plusieurs courants de gauche. Cette première expérience militante intervient dans un contexte politique marqué par les débats sur les réformes universitaires, les politiques sociales et l'évolution du socialisme français après l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Olivier Faure se rapproche progressivement du courant animé par Michel Rocard, représentant d'une sensibilité sociale-démocrate et réformiste du Parti socialiste. À vingt-trois ans, il devient secrétaire général des jeunes rocardiens. Cette responsabilité constitue une étape importante dans sa formation politique, puisqu'elle lui permet de découvrir le fonctionnement interne du Parti socialiste et les rivalités entre ses différentes sensibilités.
Dans les années 1990, il exerce également des responsabilités dans le secteur privé. Il rejoint une entreprise de haute technologie comptant plus de cent cinquante salariés et participe à sa direction. Cette expérience professionnelle le distingue de certains responsables politiques ayant consacré l'essentiel de leur carrière aux fonctions administratives, électives ou partisanes. Il développe parallèlement son activité politique et travaille auprès de plusieurs responsables socialistes. Il collabore notamment avec François Hollande, alors premier secrétaire du Parti socialiste, avant de rejoindre l'entourage de Jean-Marc Ayrault. Ces expériences lui permettent de participer à la préparation de stratégies politiques, à la communication institutionnelle et à l'organisation du travail parlementaire.
En 2012, Olivier Faure est élu député de la onzième circonscription de Seine-et-Marne. Il est ensuite réélu en 2017, en 2022 et en 2024. Au cours de sa carrière parlementaire, il exerce différentes responsabilités au sein du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Il en devient notamment président en décembre 2016, à une période où le Parti socialiste traverse une crise politique majeure. En avril 2018, il accède à la direction nationale du Parti socialiste en devenant premier secrétaire. Il succède à Jean-Christophe Cambadélis, dont le départ avait suivi la défaite historique du Parti socialiste aux élections présidentielles et législatives de 2017. Olivier Faure prend donc la direction d'une formation politique profondément affaiblie, qui doit reconstruire son organisation, sa crédibilité électorale et son identité idéologique. Il conserve cette fonction au cours des années suivantes, malgré plusieurs contestations internes. Sa vie politique se caractérise par une fidélité durable au Parti socialiste, contrairement à plusieurs personnalités qui ont quitté cette organisation pour rejoindre d'autres mouvements. Il apparaît ainsi comme un responsable issu de l'appareil socialiste, formé au fonctionnement de ses courants et de ses institutions, et dont l'essentiel de la carrière s'est construit au sein de cette famille politique.
Olivier Faure appartient à la tradition socialiste française, avec une sensibilité sociale-démocrate qui a progressivement évolué vers une ligne favorable à l'union des différentes composantes de la gauche. Son parcours politique commence dans l'environnement de Michel Rocard, figure majeure de la deuxième gauche, favorable à la négociation sociale, à la décentralisation et à une approche réformiste de l'économie. Cette origine politique contribue à expliquer son attachement au dialogue entre les différentes sensibilités du socialisme français. Mais son évolution idéologique ne se limite pas à cette première appartenance. À partir de son accession à la direction du Parti socialiste en 2018, Olivier Faure cherche à reconstruire une identité de gauche plus nettement distincte de l'expérience gouvernementale du quinquennat de François Hollande. Il considère que le Parti socialiste doit retrouver une capacité à représenter les catégories populaires, les salariés et les électeurs attachés à la protection sociale. Cette orientation s'accompagne d'une critique de certaines politiques économiques libérales et d'une volonté de réaffirmer le rôle de l'État dans la réduction des inégalités.
Olivier Faure défend notamment la protection des services publics, la redistribution des richesses, la justice fiscale et le renforcement des mécanismes de solidarité. Il considère que les politiques publiques doivent permettre de corriger les déséquilibres économiques et sociaux. Sa conception du socialisme demeure cependant inscrite dans le cadre d'une économie de marché régulée, associée à une intervention publique importante. Il ne défend pas une abolition générale de la propriété privée ni une transformation révolutionnaire des rapports de production. Son orientation se rapproche donc davantage de la social-démocratie européenne que du communisme ou des courants marxistes révolutionnaires.
Sur le plan écologique, Olivier Faure soutient l'idée que la transition environnementale doit être intégrée aux politiques économiques et sociales. Il défend une écologie associée à la justice sociale, dans laquelle les efforts de transformation énergétique ne doivent pas peser de manière disproportionnée sur les ménages modestes. Cette approche rejoint certaines orientations développées par les formations écologistes et par d'autres organisations de gauche. La question européenne occupe également une place importante dans sa pensée politique. Olivier Faure demeure favorable à l'appartenance de la France à l'Union européenne et à la construction d'une Europe capable de renforcer les protections sociales et les politiques environnementales. Il considère néanmoins que les orientations économiques européennes doivent pouvoir être discutées et modifiées lorsque leurs conséquences apparaissent incompatibles avec les objectifs de justice sociale. Cette position constitue l'un des points de divergence avec les responsables socialistes qui privilégient une approche plus strictement favorable aux institutions européennes existantes.
Sur les questions institutionnelles, il défend une revalorisation du Parlement et une transformation des pratiques politiques. Il critique la concentration des pouvoirs autour de la présidence de la République et considère que le fonctionnement des institutions de la Ve République contribue à affaiblir la représentation parlementaire. Cette réflexion s'inscrit dans un débat ancien au sein de la gauche française concernant l'équilibre des pouvoirs, la participation citoyenne et la réforme des institutions. Olivier Faure accorde également une place importante à la lutte contre les discriminations, au principe d'égalité et à la défense des libertés publiques. Sur les questions internationales, il se réclame de la tradition socialiste française, favorable au multilatéralisme, au droit international et à la coopération entre les États. Il soutient notamment l'aide à l'Ukraine face à l'invasion russe et défend le respect du droit international dans le conflit israélo-palestinien. Il a également adopté des positions critiques à l'égard de la conduite de la guerre dans la bande de Gaza et défendu la nécessité d'une réponse politique et diplomatique.
L'une des caractéristiques les plus importantes de son positionnement demeure cependant sa conception de l'unité de la gauche. Contrairement à certains responsables socialistes qui considèrent toute alliance avec La France insoumise comme politiquement inacceptable, Olivier Faure a défendu à plusieurs reprises la possibilité de construire des accords électoraux avec cette formation. Cette orientation ne signifie pas qu'il partage l'ensemble des positions de Jean-Luc Mélenchon. Elle repose plutôt sur une analyse des rapports de force électoraux, selon laquelle la dispersion des différentes composantes de la gauche favorise leurs adversaires politiques. Il considère que le rassemblement doit permettre de construire une majorité parlementaire et de proposer une alternative aux politiques libérales et à l'extrême droite. Cette stratégie a toutefois suscité de profondes oppositions au sein du Parti socialiste. Certains responsables lui reprochent d'avoir placé leur formation dans une situation de dépendance à l'égard de La France insoumise. D'autres estiment, au contraire, que les accords électoraux conclus depuis 2022 ont permis de préserver une représentation parlementaire importante et de reconstruire une dynamique collective. Olivier Faure se trouve donc au centre d'une contradiction majeure de la gauche contemporaine. Il souhaite préserver l'identité du Parti socialiste tout en défendant des alliances avec des formations qui ne partagent pas nécessairement ses orientations économiques, européennes et internationales. Sa ligne politique peut être définie comme un socialisme réformiste favorable au rassemblement électoral de la gauche. Cette stratégie constitue l'un des principaux marqueurs de son identité politique à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
L'engagement politique d'Olivier Faure commence en 1984, lorsqu'il adhère au Parti socialiste à l'âge de seize ans. François Mitterrand est alors président de la République depuis trois ans, et le Parti socialiste occupe une place dominante dans la vie politique française. La période est marquée par l'évolution de la politique économique du gouvernement, notamment après le tournant de la rigueur de 1983. Ces transformations provoquent d'importants débats au sein de la gauche sur les relations entre les ambitions de transformation sociale et les contraintes économiques. Olivier Faure s'engage dans cet environnement politique et participe aux activités militantes du Parti socialiste. Il rejoint également l'UNEF et prend part aux mobilisations étudiantes.
Au début des années 1990, il se rapproche de Michel Rocard et devient secrétaire général des jeunes rocardiens. Il découvre alors les débats internes d'une formation politique traversée par des rivalités importantes entre ses différents courants. Son engagement se poursuit au cours des années suivantes. Il participe à la vie de l'appareil socialiste et travaille auprès de plusieurs responsables politiques. Il collabore notamment avec François Hollande lorsque celui-ci dirige le Parti socialiste. Cette expérience lui permet de participer aux réflexions stratégiques d'un parti qui cherche à retrouver le pouvoir après la défaite présidentielle de Lionel Jospin en 2002. Olivier Faure travaille également auprès de Jean-Marc Ayrault, alors président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Il acquiert ainsi une connaissance approfondie du fonctionnement parlementaire, des négociations politiques et de la préparation des décisions collectives.
En 2012, il se présente aux élections législatives dans la onzième circonscription de Seine-et-Marne. Il remporte le scrutin et devient député. Cette élection intervient dans le contexte de la victoire de François Hollande à l'élection présidentielle et du retour de la gauche à la tête de l'exécutif. Olivier Faure participe alors aux travaux de la majorité parlementaire socialiste. Au cours du quinquennat, les orientations économiques du gouvernement provoquent cependant des divisions importantes au sein du Parti socialiste. Les débats concernent notamment la politique budgétaire, le droit du travail, les relations avec les entreprises et les conséquences sociales des réformes gouvernementales. En décembre 2016, Olivier Faure devient président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Cette responsabilité intervient à la fin d'un quinquennat marqué par une forte baisse de popularité de François Hollande et par une crise profonde de la majorité présidentielle.
En 2017, le Parti socialiste subit une défaite historique. Son candidat à l'élection présidentielle, Benoît Hamon, obtient 6,36 % des suffrages exprimés au premier tour. Le parti perd ensuite une grande partie de ses députés lors des élections législatives. Olivier Faure parvient néanmoins à conserver son siège de député de Seine-et-Marne. Cette réélection lui permet de participer à la reconstruction parlementaire d'un Parti socialiste considérablement affaibli. En avril 2018, il devient premier secrétaire du Parti socialiste. Il prend la direction d'une organisation qui doit faire face à plusieurs difficultés majeures : l'effondrement de son influence électorale, la concurrence de La République en marche, la progression de La France insoumise et la perte de confiance d'une partie de son électorat traditionnel. Olivier Faure cherche alors à reconstruire l'identité politique du parti et à renouer avec les autres formations de gauche.
Les élections européennes de 2019 constituent une première étape de cette reconstruction. Le Parti socialiste participe à une liste commune avec Place publique, conduite par Raphaël Glucksmann. Cette liste obtient 6,19 % des suffrages exprimés et permet l'élection de six députés européens. Ce résultat confirme les difficultés persistantes du socialisme français, même s'il permet au parti de conserver une représentation au Parlement européen. En 2022, l'élection présidentielle constitue une nouvelle épreuve. La candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, obtient 1,75 % des suffrages exprimés au premier tour. Ce résultat représente l'un des plus faibles scores de l'histoire présidentielle du Parti socialiste. La formation se trouve alors confrontée à la question de sa survie politique et de son autonomie électorale.
Olivier Faure choisit de négocier un accord avec La France insoumise, Europe Écologie Les Verts et le Parti communiste français. Ces discussions aboutissent à la création de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, la NUPES. Cette alliance permet aux différentes formations de gauche de présenter des candidatures communes dans de nombreuses circonscriptions aux élections législatives de juin 2022. La décision provoque cependant de fortes tensions au sein du Parti socialiste. Plusieurs responsables contestent l'accord avec La France insoumise, estimant qu'il implique des concessions idéologiques trop importantes. D'autres soutiennent la démarche d'Olivier Faure, considérant qu'elle constitue le seul moyen de préserver une représentation parlementaire significative.
Aux élections législatives de 2022, Olivier Faure est réélu dans la onzième circonscription de Seine-et-Marne. Il obtient 64,45 % des suffrages exprimés au second tour face à Charlyne Péculier, candidate de la majorité présidentielle. Cette victoire confirme son implantation électorale locale. En janvier 2023, le congrès du Parti socialiste à Marseille donne lieu à une confrontation particulièrement tendue entre Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol. Les résultats de l'élection interne font l'objet de contestations et de désaccords importants. Olivier Faure conserve finalement la direction du Parti socialiste, mais l'épisode révèle l'ampleur des divisions internes. Les tensions portent notamment sur les relations avec La France insoumise, la stratégie électorale et l'orientation idéologique du parti.
En 2024, les élections européennes constituent une nouvelle étape. La liste commune entre Place publique et le Parti socialiste, conduite par Raphaël Glucksmann, obtient 13,83 % des suffrages exprimés. Ce résultat marque une progression importante par rapport à 2019. Il contribue également à renforcer le poids de Raphaël Glucksmann dans les débats concernant l'avenir de la gauche sociale-démocrate. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. Les formations de gauche négocient alors la constitution d'une nouvelle alliance électorale, le Nouveau Front populaire. Olivier Faure participe aux discussions qui permettent de réunir le Parti socialiste, La France insoumise, Les Écologistes, le Parti communiste français et plusieurs autres organisations. Cette coalition présente des candidatures communes aux élections législatives anticipées de juin et juillet 2024.
Le 30 juin 2024, Olivier Faure est réélu dès le premier tour dans sa circonscription de Seine-et-Marne. Il obtient 53,42 % des suffrages exprimés, soit 21 643 voix. Son principal adversaire, Vincent Paul-Petit, recueille 29,38 % des suffrages. Cette victoire constitue l'un des résultats les plus importants de sa carrière parlementaire, puisqu'il parvient à être élu dès le premier tour dans un scrutin national marqué par une forte polarisation politique. Au lendemain des élections législatives, les discussions concernant la formation d'un gouvernement de gauche provoquent de nouvelles divergences entre les composantes du Nouveau Front populaire. Olivier Faure défend la nécessité de respecter le résultat des élections et de construire une solution gouvernementale commune. Les négociations se heurtent cependant aux désaccords entre les formations politiques et aux décisions du président de la République.
À partir de 2025, les débats concernant l'élection présidentielle de 2027 occupent une place croissante au sein du Parti socialiste. La question de la candidature présidentielle devient particulièrement sensible. Plusieurs responsables socialistes et personnalités proches de cette famille politique souhaitent participer à la compétition. Olivier Faure défend l'idée d'une candidature commune susceptible de rassembler une partie importante de la gauche. Cette démarche se heurte toutefois à des divergences profondes sur les relations avec La France insoumise, la stratégie électorale et les orientations internationales.
En octobre 2026, Olivier Faure participe à la primaire organisée au sein de la gauche sociale-démocrate pour préparer l'élection présidentielle de 2027. Il se retrouve notamment en compétition avec Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Cette primaire représente une étape décisive dans son parcours politique. Elle doit déterminer si le premier secrétaire du Parti socialiste peut transformer son autorité partisane et son expérience parlementaire en une candidature présidentielle capable de rassembler au-delà de son organisation. À la date du 10 octobre 2026, le résultat définitif de cette consultation n'est pas encore établi dans le présent dossier. Sa participation ne doit donc pas être confondue avec une investiture définitivement acquise. Il devra également, s'il devient candidat à l'élection présidentielle, satisfaire aux conditions légales, notamment la réunion des cinq cents présentations d'élus.
Le parcours d'Olivier Faure illustre plusieurs évolutions majeures de la gauche française. Il témoigne d'abord de la transformation du Parti socialiste, passé du statut de principale formation gouvernementale de gauche à celui d'une organisation contrainte de négocier sa place au sein d'alliances plus larges. Il met également en évidence les tensions entre les traditions sociales-démocrates et les nouvelles orientations de la gauche radicale. Enfin, il pose une question essentielle concernant l'avenir du socialisme français : celle de sa capacité à retrouver une autonomie politique sans renoncer à la nécessité de construire des alliances électorales. Olivier Faure apparaît ainsi comme un responsable politique profondément lié à l'histoire institutionnelle du Parti socialiste, mais également confronté aux transformations du paysage électoral français. Sa candidature à la primaire de 2026 constitue une nouvelle étape de cette trajectoire. Elle permettra de mesurer la capacité d'un dirigeant partisan, formé à la négociation et à la recherche de compromis, à devenir éventuellement le représentant d'une famille politique dans une élection présidentielle particulièrement disputée.
Olivier Faure possède, à mes yeux, une qualité première qui le distingue assez nettement de nombreux responsables politiques français : c'est un homme qui connaît les réalités du terrain, qui a travaillé dans une entreprise et qui ne s'est pas exclusivement construit dans les couloirs des appareils politiques ou dans les salons de la bourgeoisie parisienne. Cette particularité mérite d'être soulignée, tant la vie politique française semble aujourd'hui dominée par des personnalités dont le parcours professionnel se résume trop souvent à une succession de fonctions administratives, de responsabilités partisanes et de mandats électifs. Olivier Faure a connu le monde de l'entreprise, ses contraintes, ses rapports humains et les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les salariés comme les dirigeants. Cette expérience ne garantit évidemment pas à elle seule une compréhension parfaite des réalités économiques et sociales, mais elle lui donne une connaissance concrète d'un univers que beaucoup de responsables politiques prétendent réformer sans jamais l'avoir véritablement fréquenté.
Il possède également une histoire familiale et personnelle qui me semble particulièrement intéressante. Né d'un père français et d'une mère d'origine vietnamienne, ayant vécu une partie de son enfance sur l'île de La Réunion, Olivier Faure appartient à cette France dont l'histoire familiale dépasse les frontières de l'Hexagone. Il connaît, par son parcours personnel, la diversité culturelle de notre pays et les questions d'intégration, d'identité et de coexistence qui traversent la société française. Je ne prétends évidemment pas qu'avoir des origines familiales diverses suffise à comprendre toutes les problématiques liées à l'immigration. Mais cette histoire personnelle peut contribuer à développer une sensibilité particulière à ces questions, bien différente de celle de responsables politiques qui ne les abordent qu'à travers les statistiques électorales ou les polémiques médiatiques.
Il y a également chez Olivier Faure un héritage politique que je considère comme particulièrement respectable : celui du rocardisme. Michel Rocard incarnait une tradition socialiste fondée sur la recherche du compromis, le dialogue social, la négociation et la volonté de transformer progressivement la société sans renoncer aux principes fondamentaux de justice et de solidarité. Cette tradition a parfois été critiquée par les courants les plus radicaux de la gauche, qui lui reprochaient son réformisme et son acceptation des contraintes économiques. Mais elle reposait sur une conviction que je considère comme essentielle : la politique doit produire des résultats concrets dans la vie des citoyens et ne peut se réduire à des proclamations idéologiques. Olivier Faure semble avoir conservé une partie de cet héritage. Il appartient à cette famille de socialistes qui considèrent que l'Europe peut être réformée, que les institutions peuvent évoluer et que la transformation sociale doit s'appuyer sur des politiques publiques capables d'améliorer effectivement les conditions de vie de la population.
Il ne prétend pas renverser l'ensemble du système économique du jour au lendemain. Il ne cherche pas davantage à se présenter comme un révolutionnaire dont la seule parole suffirait à bouleverser les rapports sociaux. Il défend une démarche réformiste, attachée aux services publics, à la redistribution, à la protection sociale et à la recherche d'un équilibre entre les nécessités économiques et les exigences de justice. On peut naturellement contester cette orientation. On peut lui reprocher son manque de radicalité ou considérer que le réformisme social-démocrate a montré ses limites au cours des dernières décennies. Mais au moins cette orientation présente-t-elle une certaine cohérence. Et c'est précisément cette cohérence qui me conduit à voir en Olivier Faure un socialiste relativement authentique. Un homme qui semble davantage préoccupé par les questions sociales que par la nécessité de multiplier les provocations médiatiques pour exister politiquement.
Il faut également lui reconnaître un certain courage politique. Lorsqu'il prend la direction du Parti socialiste en 2018, il hérite d'une formation profondément affaiblie, presque dévastée par les conséquences du quinquennat de François Hollande et par l'effondrement électoral de 2017. Le Parti socialiste, qui avait longtemps constitué la principale force de gouvernement de la gauche française, se retrouve réduit à une représentation parlementaire limitée, confronté à la concurrence de La France insoumise et à la fuite d'une partie de ses responsables vers le macronisme. Il aurait été facile, dans ces circonstances, de quitter le navire. Nombreux sont ceux qui l'ont fait. Olivier Faure, lui, a choisi de rester. Il a accepté de prendre la responsabilité d'un parti dont les perspectives politiques semblaient particulièrement compromises. Cette fidélité à une organisation et à une tradition politique constitue, à mes yeux, une qualité que l'on retrouve de moins en moins dans une vie publique où les changements d'étiquette et les repositionnements idéologiques sont devenus monnaie courante.
Certes, sa stratégie d'alliance avec La France insoumise a suscité de profondes divisions au sein du Parti socialiste. Mais elle témoignait également d'une volonté de tenir compte des réalités électorales. Car Olivier Faure semble avoir compris une chose essentielle : une gauche divisée, incapable de dépasser ses querelles internes, prend le risque de disparaître progressivement du paysage politique national. Les accords conclus dans le cadre de la NUPES en 2022, puis du Nouveau Front populaire en 2024, peuvent être discutés sur le fond comme sur la méthode. Mais ils ont permis à différentes formations de gauche de préserver une représentation parlementaire et de proposer une réponse collective à la progression de l'extrême droite. Il y avait donc, derrière ces décisions, une logique politique que je considère comme parfaitement défendable.
Malheureusement pour lui, Olivier Faure se trouve aujourd'hui confronté à une difficulté majeure. Dans la compétition qui se dessine pour l'élection présidentielle de 2027, il devra affronter des personnalités dont l'ambition personnelle et la capacité à occuper l'espace médiatique risquent de peser davantage que la cohérence de leur engagement politique. Je pense notamment à Jérôme Guedj et à Raphaël Glucksmann. Ces deux responsables développent des stratégies politiques qui me paraissent beaucoup plus marquées par la recherche de visibilité et par la volonté de s'imposer personnellement comme les représentants d'une gauche recomposée. Je considère que leur discours emprunte parfois aux méthodes du populisme médiatique, avec des formules destinées à provoquer, des prises de position fortement personnalisées et une tendance à transformer les désaccords politiques en affrontements de personnes.
Face à de tels concurrents, Olivier Faure risque de se retrouver dans une situation particulièrement inconfortable. Car la modération, la recherche du compromis et le souci de préserver les équilibres collectifs ne constituent pas nécessairement les qualités les plus récompensées dans une compétition présidentielle. La politique contemporaine, particulièrement lorsqu'elle se déroule sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, favorise souvent les personnalités les plus offensives, les plus spectaculaires et les plus capables de produire des formules immédiatement reprises dans les médias. Un responsable politique peut ainsi posséder une expérience solide, une connaissance approfondie des dossiers et une véritable sensibilité sociale, sans parvenir à rivaliser avec ceux qui maîtrisent davantage les techniques de communication et de confrontation. C'est précisément le risque que court Olivier Faure. Son honnêteté politique, telle que je la perçois, pourrait devenir un handicap face à des adversaires dont je juge les ambitions personnelles beaucoup plus affirmées.
Il serait toutefois excessif de le présenter comme un homme dépourvu de stratégie ou d'ambition. Olivier Faure connaît parfaitement les mécanismes du Parti socialiste. Il a participé à ses négociations, traversé ses crises internes et conservé sa direction malgré plusieurs contestations importantes. Il ne s'agit donc pas d'un personnage naïf, étranger aux rapports de force politiques. Mais il me semble appartenir à une tradition dans laquelle la négociation et la construction d'accords occupent encore une place importante. Et cette tradition paraît aujourd'hui particulièrement fragilisée.
Il faut dire que le Parti socialiste lui-même se trouve dans une situation paradoxale. Après avoir dirigé la France à plusieurs reprises, il a perdu une grande partie de son influence électorale et de sa crédibilité auprès des catégories populaires. Les politiques conduites pendant le quinquennat de François Hollande ont contribué à éloigner une partie de son électorat traditionnel, notamment ceux qui attendaient de la gauche une protection plus affirmée face aux transformations économiques. Olivier Faure hérite donc d'un appareil politique dont le nom conserve une importance historique considérable, mais dont la base électorale demeure fragile. Il doit reconstruire une identité socialiste tout en affrontant des concurrents qui prétendent, eux aussi, incarner la véritable social-démocratie. Et c'est là que réside, selon moi, toute la difficulté de sa situation.
Car derrière les discours sur le rassemblement, la rénovation et la modernisation de la gauche, je vois se multiplier des stratégies individuelles qui risquent de rendre impossible la constitution d'une véritable alternative politique. Chacun prétend vouloir réunir les autres, mais à condition que les autres acceptent de se ranger derrière lui. Chacun affirme défendre l'intérêt collectif, mais beaucoup semblent considérer que cet intérêt collectif passe nécessairement par leur propre candidature. Olivier Faure, malgré ses limites, me paraît davantage préoccupé par la préservation d'une cohérence politique et par la recherche d'une solution collective. C'est pourquoi je lui reconnais une certaine dignité dans l'exercice de ses responsabilités.
Je ne partage pas nécessairement l'ensemble de ses orientations. Je demeure notamment réservé sur la capacité de la social-démocratie européenne à transformer réellement les rapports économiques et à répondre aux aspirations des classes populaires. Mais je distingue parfaitement les désaccords idéologiques que je peux avoir avec un responsable politique de l'appréciation que je porte sur sa personnalité, son parcours et sa sincérité apparente. Et sur ce terrain, Olivier Faure me semble disposer de qualités que je peine à retrouver chez plusieurs de ses concurrents. Il connaît les réalités de l'entreprise, possède une expérience personnelle de la diversité française, revendique un héritage socialiste identifiable et a accepté de diriger un parti au moment où celui-ci traversait l'une des crises les plus graves de son histoire. Ces éléments ne suffisent évidemment pas à faire de lui un candidat présidentiel capable de rassembler une majorité de Français. Mais ils méritent d'être reconnus.
La question est désormais de savoir si ces qualités pourront résister à une compétition dans laquelle la communication, les ambitions individuelles et les affrontements internes risquent une nouvelle fois de prendre le dessus sur les débats de fond. Je crains malheureusement qu'Olivier Faure ne dispose pas de la puissance médiatique et de la capacité de confrontation nécessaires pour s'imposer face à certains de ses adversaires. Il pourrait ainsi devenir la victime d'un paradoxe particulièrement cruel : être l'un des représentants les plus cohérents de la tradition socialiste et se retrouver marginalisé par ceux qui prétendent aujourd'hui la réinventer. Ce serait, à mes yeux, une nouvelle illustration de la crise profonde que traverse la gauche française. Une gauche qui peine à reconnaître ses propres qualités, qui multiplie les rivalités personnelles et qui semble parfois davantage préoccupée par la désignation de ses chefs que par la construction d'un véritable projet de transformation sociale.
Olivier Faure possède peut-être ce qui manque à plusieurs de ses concurrents : une certaine authenticité socialiste, une connaissance des réalités sociales et une fidélité à une tradition politique. Mais ces qualités suffiront-elles à résister aux ambitions personnelles et aux stratégies médiatiques de ceux qui prétendent, eux aussi, incarner la gauche de demain ?
J'en doute malheureusement. Et c'est peut-être là toute la tragédie d'un Parti socialiste qui, après avoir perdu une grande partie de son électorat, risque désormais de sacrifier ses derniers représentants authentiquement attachés à son histoire au profit d'une social-démocratie de façade, plus préoccupée par les ambitions présidentielles que par les aspirations populaires.
Gamal Abina
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PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027PORTRAIT POLITIQUE N° 08 : RAPHAËL GLUCKSMANN
De l'héritage intellectuel familial à la politique européenne, le parcours d'un essayiste devenu l'une des figures de la gauche sociale-démocrate française.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Raphaël Glucksmann est né le 15 octobre 1979 à Boulogne-Billancourt, dans le département des Hauts-de-Seine. De nationalité française, il est âgé de 46 ans au 10 octobre 2026 et fêtera son quarante-septième anniversaire cinq jours plus tard. Essayiste, journaliste, réalisateur de documentaires et responsable politique, il est député européen depuis 2019 et coprésident du mouvement Place publique, qu'il a contribué à fonder en 2018.
Il est le fils du philosophe et essayiste André Glucksmann, né en 1937 et décédé en 2015, et de Françoise Villette, issue du monde de la production audiovisuelle. Son enfance se déroule dans un environnement intellectuel particulièrement marqué par les débats philosophiques, les engagements politiques et les relations avec les milieux médiatiques français. Son père appartient à la génération des intellectuels qui, après avoir fréquenté les courants révolutionnaires de la gauche française, ont progressivement développé une critique du communisme soviétique et des régimes totalitaires. André Glucksmann devient, à partir des années 1970, l'une des figures associées au mouvement des nouveaux philosophes, aux côtés notamment de Bernard-Henri Lévy.
Cette histoire familiale occupe une place importante dans la formation intellectuelle de Raphaël Glucksmann. Elle lui permet de découvrir très tôt les débats sur les droits de l'homme, les conflits internationaux, le totalitarisme et la responsabilité politique des démocraties occidentales. Il grandit ainsi dans un milieu où les relations entre philosophie, médias et politique sont particulièrement étroites.
Après ses études secondaires, il intègre l'Institut d'études politiques de Paris, Sciences Po, où il poursuit sa formation entre 1999 et 2003. Il obtient son diplôme dans cet établissement, qui constitue l'une des principales institutions françaises de formation aux carrières politiques, administratives, diplomatiques et journalistiques. Contrairement à plusieurs autres responsables politiques passés par Sciences Po, Raphaël Glucksmann ne s'oriente pas immédiatement vers une carrière élective ou administrative. Il choisit d'abord le journalisme, le documentaire et les questions internationales.
En 2002, il effectue une expérience journalistique en Algérie, avant de participer à la réalisation de plusieurs documentaires consacrés aux crises politiques et aux conflits internationaux. En 2004, il coréalise avec David Hazan et Pierre Mézerette le documentaire Tuez-les tous !, consacré au génocide des Tutsis au Rwanda et aux responsabilités politiques internationales, notamment françaises, dans cette tragédie. La même année, il participe à la réalisation du documentaire Orange 2004 : une révolution européenne, consacré à la révolution orange en Ukraine. Ces premières expériences témoignent de son intérêt pour les bouleversements politiques survenus dans les anciennes républiques soviétiques et pour les relations entre les démocraties européennes et les régimes autoritaires.
Son parcours professionnel prend ensuite une orientation directement politique. À partir de 2008, il travaille auprès de Mikheil Saakachvili, président de la Géorgie, en qualité de conseiller chargé des questions d'intégration européenne. Cette expérience, qui se poursuit jusqu'au début des années 2010, constitue une étape déterminante de sa carrière. Elle lui permet d'observer de l'intérieur le fonctionnement d'un pouvoir exécutif confronté à des enjeux diplomatiques, territoriaux et sécuritaires particulièrement importants. La Géorgie traverse alors une période de tensions majeures avec la Russie, notamment lors de la guerre d'août 2008. Raphaël Glucksmann développe à cette époque une conception de la politique internationale fortement marquée par la défense de l'intégration européenne et par la critique de la politique étrangère russe.
De retour en France, il poursuit son activité intellectuelle et médiatique. Il publie plusieurs essais consacrés à la société française, aux institutions démocratiques et aux relations internationales. Parmi ses ouvrages figurent Génération gueule de bois, publié en 2015, Notre France, paru en 2016, Les Enfants du vide, publié en 2018, et La Grande Confrontation, paru en 2023. Il intervient également dans différents médias français. Entre 2017 et 2018, il participe à des émissions de France Inter, publie des chroniques dans L'Obs et dirige la rédaction du Nouveau Magazine littéraire. Cette activité éditoriale lui permet de développer une notoriété dans les milieux intellectuels et politiques avant son entrée dans la compétition électorale.
En novembre 2018, il participe à la fondation du mouvement Place publique. Cette nouvelle organisation entend rassembler des citoyens, des militants et des responsables politiques autour d'une orientation sociale-démocrate, écologiste et profondément européenne. En 2019, Raphaël Glucksmann devient député européen à la tête d'une liste réunissant notamment Place publique et le Parti socialiste. Il est réélu en 2024, après avoir conduit une nouvelle liste commune. En octobre 2026, il participe à la primaire de la gauche sociale-démocrate organisée dans la perspective de l'élection présidentielle française de 2027. Son parcours se distingue donc par une succession d'expériences dans les domaines intellectuel, journalistique, diplomatique et politique, avant son installation dans les institutions européennes.
Raphaël Glucksmann appartient à la famille politique de la gauche sociale-démocrate, proeuropéenne et écologiste. Son engagement repose sur l'idée que les démocraties européennes doivent retrouver une capacité d'action politique, économique et stratégique face aux transformations du monde contemporain. Il défend une conception de la gauche qui associe la protection sociale, les libertés individuelles, l'intervention publique dans l'économie et l'intégration européenne.
Contrairement aux courants de gauche radicale qui considèrent les institutions européennes comme profondément structurées par les principes du libéralisme économique, Raphaël Glucksmann estime qu'elles peuvent constituer un instrument de transformation sociale et politique. Il défend donc un renforcement de l'Union européenne, de ses capacités industrielles, de son autonomie stratégique et de ses mécanismes démocratiques. Cette orientation européenne constitue l'un des éléments les plus constants de son parcours. Il considère que les États européens, pris isolément, disposent de moyens limités pour faire face aux grandes puissances économiques et militaires. Selon lui, la coopération européenne doit permettre de construire une capacité collective de décision dans les domaines industriels, énergétiques, diplomatiques et sécuritaires. Cette conception l'amène à défendre une Europe davantage intégrée, capable d'affirmer ses intérêts et de réduire certaines dépendances économiques et stratégiques.
Sur le plan économique, Raphaël Glucksmann revendique une orientation sociale-démocrate fondée sur la redistribution, la protection des services publics et la régulation des marchés. Il défend notamment une politique industrielle européenne, la protection des productions stratégiques et une intervention publique destinée à accompagner la transition écologique. Son discours accorde une place importante à la réindustrialisation, à la défense du travail et à la réduction des inégalités. Il propose également de limiter la logique marchande dans certains secteurs essentiels, notamment les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes et les structures d'accueil de la petite enfance.
Sur les questions environnementales, il soutient une transformation écologique organisée à l'échelle européenne. Il considère que la transition énergétique doit s'accompagner d'investissements industriels, d'une modification des modes de production et d'une réduction des dépendances aux énergies fossiles. Son orientation politique se distingue ainsi d'une approche strictement libérale de l'économie, même si ses adversaires à gauche contestent parfois la portée réelle de ses propositions de transformation sociale.
La politique internationale occupe une place particulièrement importante dans son identité idéologique. Raphaël Glucksmann défend une conception de la démocratie fondée sur la protection des droits fondamentaux, le pluralisme politique et la coopération entre États démocratiques. Il s'oppose régulièrement aux régimes qu'il considère comme autoritaires et dénonce les atteintes aux libertés politiques. Il a notamment développé une critique constante du pouvoir de Vladimir Poutine et de la politique russe à l'égard de l'Ukraine et des autres États européens. Il soutient l'assistance européenne à l'Ukraine et défend le renforcement des capacités de sécurité et de défense de l'Union européenne. Il intervient également sur les violations des droits humains en Chine, notamment concernant la situation des Ouïghours. Cette orientation internationale suscite cependant des divergences avec d'autres sensibilités de gauche, particulièrement celles qui privilégient une politique de non-alignement ou une critique plus systématique de l'influence stratégique des États-Unis.
Sur le conflit israélo-palestinien, Raphaël Glucksmann défend la protection des populations civiles et une solution politique fondée sur la coexistence de deux États. Ses positions et son vocabulaire concernant la guerre à Gaza ont néanmoins fait l'objet de désaccords avec des responsables de La France insoumise et d'autres personnalités de gauche. Ces divergences s'inscrivent dans un débat plus large concernant la politique étrangère française, la place du droit international et les conditions d'une réponse européenne aux conflits du Proche-Orient.
Sur le plan institutionnel, Raphaël Glucksmann défend une démocratie représentative rénovée, fondée sur la participation citoyenne, la transparence et le renforcement du contrôle démocratique. Il accorde également une place importante à la lutte contre les ingérences étrangères et aux mécanismes de manipulation de l'information. Au Parlement européen, il a participé aux travaux consacrés à ces questions, notamment en présidant une commission spéciale sur les ingérences étrangères dans les processus démocratiques européens.
Sa conception de la gauche se distingue de celle de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise par une orientation plus favorable à l'intégration européenne et par des divergences sur la stratégie internationale, économique et électorale. Il se distingue également des formations communistes traditionnelles par son attachement à la social-démocratie et à une économie de marché encadrée par l'intervention publique. Raphaël Glucksmann revendique ainsi une gauche réformiste, européenne et écologiste, qui entend associer les protections sociales à une transformation progressive des politiques économiques. Sa démarche politique repose également sur la volonté de construire une alliance entre Place publique, le Parti socialiste et d'autres formations partageant cette orientation. Cette stratégie le place au cœur des débats sur la recomposition de la gauche française à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
L'engagement politique de Raphaël Glucksmann se développe progressivement au cours des années 2000, dans un contexte marqué par les débats sur l'élargissement de l'Union européenne, les relations avec la Russie et les transformations politiques des anciennes républiques soviétiques. Ses premières activités publiques sont principalement liées au journalisme, au documentaire et à l'engagement intellectuel.
En 2004, sa participation à la réalisation de documentaires consacrés au Rwanda et à l'Ukraine contribue à orienter son intérêt vers les questions internationales et les rapports entre pouvoir politique, démocratie et droits fondamentaux. Il participe ensuite à différentes initiatives politiques et intellectuelles, notamment autour des débats sur les libertés individuelles et les institutions démocratiques. En 2007, il se rapproche du mouvement Alternative libérale, formation qui défend alors une conception libérale de l'économie et des libertés individuelles. Cet épisode, relativement bref, constitue une étape particulière de son parcours idéologique, compte tenu de son orientation ultérieure vers la gauche sociale-démocrate.
À partir de 2008, Raphaël Glucksmann rejoint l'entourage du président géorgien Mikheil Saakachvili. Il exerce des fonctions de conseil concernant l'intégration européenne de la Géorgie, dans une période marquée par des tensions importantes avec la Russie. Cette expérience lui permet de participer directement aux réflexions d'un pouvoir exécutif sur les questions diplomatiques et stratégiques. Elle demeure également l'un des épisodes les plus discutés de sa carrière. Ses soutiens y voient une expérience internationale importante et un engagement en faveur de l'intégration européenne. Ses détracteurs soulignent les controverses entourant la présidence de Mikheil Saakachvili, notamment sur le fonctionnement des institutions géorgiennes et les pratiques du pouvoir.
Après son retour en France, Raphaël Glucksmann poursuit ses activités d'essayiste et de chroniqueur. Il participe aux débats sur l'identité européenne, la démocratie, la montée des mouvements nationalistes et les transformations de la société française. En 2015, il publie Génération gueule de bois, ouvrage consacré aux évolutions politiques et culturelles de la société française. En 2016, il publie Notre France, dans lequel il développe une réflexion sur l'identité nationale et les valeurs républicaines. En 2018, son ouvrage Les Enfants du vide accompagne une nouvelle étape de son engagement. Il y défend la nécessité de reconstruire des formes d'engagement collectif face à l'individualisme et à la crise de confiance envers les institutions.
La même année, il participe à la création du mouvement Place publique. Cette organisation, fondée en novembre 2018, cherche à rassembler différentes sensibilités politiques autour d'une orientation sociale, écologique et européenne. Raphaël Glucksmann devient progressivement l'une des principales figures de ce mouvement.
En 2019, il conduit une liste commune réunissant notamment Place publique, le Parti socialiste et Nouvelle Donne aux élections européennes. Le scrutin du 26 mai 2019 constitue sa première grande expérience électorale nationale. La liste obtient 6,19 % des suffrages exprimés et permet l'élection de six députés européens. Raphaël Glucksmann devient ainsi membre du Parlement européen. Il rejoint le groupe de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates, qui rassemble plusieurs formations sociales-démocrates européennes.
Durant son premier mandat, il intervient particulièrement sur les questions internationales, les droits humains, les ingérences étrangères et les relations commerciales de l'Union européenne. Il préside notamment la commission spéciale du Parlement européen chargée d'étudier les ingérences étrangères dans les processus démocratiques européens. Il participe également aux travaux concernant la politique étrangère et la protection des droits fondamentaux. Son activité parlementaire lui permet de développer une présence médiatique plus importante et de renforcer sa visibilité dans le paysage politique français.
En décembre 2022, il devient coprésident de Place publique aux côtés d'Aurore Lalucq. Cette responsabilité marque son installation durable à la tête du mouvement.
En 2024, il conduit une nouvelle liste commune entre Place publique et le Parti socialiste, intitulée Réveiller l'Europe. Les élections européennes du 9 juin 2024 constituent une étape majeure de son parcours. Sa liste obtient 13,83 % des suffrages exprimés et arrive en troisième position, derrière celle du Rassemblement national conduite par Jordan Bardella et celle de la majorité présidentielle conduite par Valérie Hayer. Ce résultat représente une progression importante par rapport aux élections européennes de 2019. Il permet également à l'alliance entre Place publique et le Parti socialiste de retrouver une représentation européenne plus importante. Raphaël Glucksmann est réélu député européen et poursuit ses activités au sein du groupe des socialistes et démocrates. Cette progression électorale contribue à renforcer sa place dans les discussions sur l'avenir de la gauche française.
Les élections législatives anticipées de 2024, organisées après la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron, provoquent cependant de nouveaux débats stratégiques. La constitution du Nouveau Front populaire rassemble plusieurs formations de gauche, dont La France insoumise, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste français. Raphaël Glucksmann soutient le principe d'un rassemblement contre l'extrême droite, tout en exprimant des désaccords importants avec certaines orientations et méthodes de La France insoumise. Ces divergences portent notamment sur la politique internationale, les relations avec Jean-Luc Mélenchon et les conditions d'une alliance durable entre les différentes sensibilités de gauche.
À partir de 2025, les discussions concernant l'élection présidentielle de 2027 occupent une place croissante dans son activité politique. Il défend la constitution d'une offre politique sociale-démocrate et européenne, susceptible de réunir plusieurs formations autour d'un programme commun. Il développe progressivement les principaux axes de son projet, notamment la réindustrialisation, la défense des services publics, la transformation écologique et le renforcement de l'Union européenne.
En août 2026, Raphaël Glucksmann annonce sa candidature dans le cadre de la primaire de la gauche sociale-démocrate organisée en vue de l'élection présidentielle. Cette consultation rassemble cinq prétendants, Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Le premier tour de la primaire se déroule les 9 et 10 octobre 2026, sous la forme d'un vote électronique. À la date du 10 octobre 2026, le résultat définitif de cette procédure n'est pas encore établi dans le présent dossier. La participation à cette primaire ne constitue donc pas, à elle seule, une investiture présidentielle définitive. Raphaël Glucksmann doit d'abord franchir cette étape politique avant de pouvoir éventuellement porter la candidature commune de cette famille de la gauche. Il devra ensuite, comme tout prétendant à l'élection présidentielle française, satisfaire aux conditions légales de présentation des candidats, notamment la réunion des cinq cents présentations d'élus requises.
Son parcours permet d'observer plusieurs transformations de la gauche française depuis les années 2000. Il illustre d'abord le développement d'une sensibilité politique qui place l'intégration européenne et les questions internationales au centre de son identité. Il témoigne également des difficultés rencontrées par la social-démocratie française pour reconstruire une organisation politique après les crises électorales et les divisions des dernières années. La progression de sa liste aux élections européennes de 2024 constitue un élément important de sa trajectoire, mais elle doit être distinguée d'une élection présidentielle, dont les règles, les enjeux et les comportements électoraux sont différents.
Enfin, ses relations avec les autres formations de gauche soulèvent une question centrale dans la perspective de 2027 : celle des conditions politiques et programmatiques permettant de construire une alliance entre des sensibilités qui partagent certaines priorités sociales tout en demeurant profondément divisées sur d'autres sujets. Raphaël Glucksmann entend défendre une gauche européenne, sociale-démocrate et écologiste, fondée sur la coopération internationale, la protection des libertés et la transformation progressive des politiques économiques. Son parcours, depuis le journalisme et le documentaire jusqu'aux institutions européennes, puis à la compétition présidentielle, témoigne d'une évolution progressive vers l'exercice de responsabilités politiques nationales. La primaire d'octobre 2026 constitue désormais une nouvelle étape de cette trajectoire.
Que dire de Raphaël Glucksmann ?
Je ne cacherai absolument pas la profonde antipathie, pour ne pas dire la détestation, que m'inspire ce personnage. Non pas en raison de ses origines familiales, mais précisément à cause de ce qu'il représente politiquement, de son parcours intellectuel et de cette prétention à vouloir incarner une gauche française dont il me semble pourtant si éloigné.
Raphaël Glucksmann est d'abord, à mes yeux, l'illustration parfaite de ces héritiers de la bourgeoisie intellectuelle parisienne qui ont bénéficié d'une exposition médiatique considérable avant même d'avoir démontré la moindre aptitude particulière à exercer des responsabilités politiques. Fils du philosophe André Glucksmann, il a grandi dans cet univers où les plateaux de télévision, les cercles intellectuels, les responsables politiques et les réseaux d'influence constituent un environnement presque naturel.
Son père, ancien militant de l'extrême gauche maoïste, a progressivement abandonné ses références révolutionnaires pour rejoindre une pensée fortement anticommuniste, puis des positions internationales qui l'ont rapproché du néoconservatisme américain. L'évolution est particulièrement intéressante, parce qu'elle illustre un phénomène que l'on retrouve régulièrement dans l'histoire politique française : celui d'intellectuels qui, après avoir prétendu vouloir renverser l'ordre établi, finissent par devenir les défenseurs les plus ardents d'un autre ordre dominant.
André Glucksmann fut notamment favorable à l'intervention militaire américaine en Irak en 2003. Cette guerre, conduite sur la base d'accusations concernant des armes de destruction massive qui ne furent jamais retrouvées, constitue l'un des exemples les plus désastreux des conséquences de l'interventionnisme occidental au Moyen-Orient. Je considère que cette séquence politique est essentielle pour comprendre l'environnement intellectuel dans lequel Raphaël Glucksmann a construit sa propre vision du monde. Cela ne signifie pas que le fils doive répondre des choix du père, mais les convergences idéologiques méritent d'être examinées.
Car depuis une vingtaine d'années, les positions internationales de Raphaël Glucksmann présentent, selon moi, une remarquable continuité : un atlantisme prononcé, une adhésion presque obsessionnelle à la construction européenne et un discours social-démocrate dont je peine à identifier la véritable profondeur.
Il se présente aujourd'hui comme l'un des artisans possibles d'une recomposition de la gauche française. À l'entendre, il faudrait reconstruire un rassemblement politique capable de redonner à la social-démocratie une place centrale dans le débat national. On pourrait presque croire qu'il rêve de retrouver le rôle historique de François Mitterrand, celui d'un homme capable de réunir plusieurs sensibilités autour d'un programme commun, comme celui conclu en 1972 entre les socialistes et les communistes.
Mais la comparaison s'arrête rapidement. Car le Programme commun de 1972 reposait sur des ambitions économiques et sociales particulièrement fortes, avec notamment des nationalisations, une redistribution des richesses et une volonté affichée de transformation des rapports économiques. Je cherche encore, dans les orientations de Raphaël Glucksmann, cette volonté de rupture avec les mécanismes fondamentaux de domination économique. Je vois davantage un homme qui souhaite aménager le système qu'un responsable politique décidé à en transformer véritablement les structures. Et c'est précisément pour cette raison que je conteste son appartenance à une gauche de transformation sociale.
Mais il existe une autre dimension de son parcours qui me paraît encore plus révélatrice : sa conception des droits humains et son indignation à géométrie variable.
Raphaël Glucksmann se présente volontiers comme un défenseur des peuples opprimés et des minorités persécutées. Il dénonce les atteintes aux droits des Ouïghours en Chine, critique la politique russe et défend les populations victimes de régimes autoritaires. Sur le principe, je ne vois évidemment aucune raison de lui reprocher de défendre les droits fondamentaux de ces populations. Leur protection constitue une exigence universelle qui ne devrait souffrir aucune exception.
Mais encore faut-il que cette exigence soit réellement universelle. Or, j'observe que les causes qu'il défend avec le plus de vigueur correspondent très souvent aux principaux adversaires géopolitiques des puissances occidentales. La Russie et la Chine occupent ainsi une place considérable dans ses interventions publiques. Cette orientation n'est d'ailleurs pas nouvelle. Raphaël Glucksmann a exercé des fonctions de conseiller auprès de Mikheil Saakachvili, ancien président géorgien, à une époque où les tensions entre la Géorgie et la Russie atteignaient un niveau particulièrement élevé. Cette expérience confirme l'importance de son engagement dans les rapports de force entre l'espace euro-atlantique et la Russie.
Je ne prétends pas que les violations des droits humains commises par les adversaires de l'Occident devraient être passées sous silence. Je soutiens exactement l'inverse : elles doivent être dénoncées avec la même fermeté que celles commises par les alliés des puissances occidentales. Et c'est précisément là que se situe mon désaccord fondamental avec Raphaël Glucksmann.
Prenons le cas de la Palestine. Depuis des décennies, le peuple palestinien subit l'occupation, la colonisation, les déplacements forcés et des violations répétées du droit international. Depuis octobre 2023, la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza a provoqué une catastrophe humaine d'une ampleur considérable, avec des destructions massives, des déplacements de population et un nombre effroyable de victimes civiles. La qualification de génocide fait l'objet de procédures et de débats juridiques internationaux. Elle ne peut être réduite à une simple querelle de vocabulaire, tant elle engage la responsabilité des États et la portée des conventions internationales.
Raphaël Glucksmann a condamné des opérations militaires israéliennes et défendu certaines mesures contre le gouvernement de Benjamin Netanyahou. Je ne l'ignore pas. Mais je considère que ses prises de position, notamment ses réticences concernant l'emploi du terme de génocide, ne traduisent pas la même intensité politique que celle qu'il déploie lorsqu'il s'agit de dénoncer la Russie ou la Chine.
Pourquoi cette différence ? Pourquoi certaines populations persécutées semblent-elles susciter une mobilisation politique permanente, tandis que d'autres doivent attendre que leur tragédie atteigne des proportions insupportables pour bénéficier d'une indignation comparable ? Je considère que la défense des droits humains ne peut dépendre de la place occupée par un État dans les alliances occidentales. Un crime demeure un crime, qu'il soit commis par un adversaire ou par un allié.
La même interrogation pourrait être formulée à propos des Rohingyas, cette minorité musulmane de Birmanie, aujourd'hui appelée Myanmar, victime de persécutions massives, d'expulsions et de violences que les Nations unies ont largement documentées. Pendant des années, Aung San Suu Kyi a bénéficié d'une immense sympathie dans les capitales occidentales, en raison de son opposition historique à la dictature militaire. Pourtant, lorsqu'elle est devenue dirigeante civile du pays, son attitude face aux persécutions des Rohingyas a suscité de profondes critiques internationales, notamment après sa défense de la Birmanie devant la Cour internationale de Justice en 2019. Cet épisode illustre les dangers d'une lecture sélective des droits humains, dans laquelle la réputation d'un dirigeant ou son appartenance à un camp géopolitique peuvent influencer la manière dont ses responsabilités sont appréciées.
Je voudrais donc que Raphaël Glucksmann applique à toutes les populations les principes universels dont il se réclame. Car à mes yeux, les droits humains ne sauraient devenir un instrument diplomatique permettant de condamner les ennemis tout en ménageant les alliés.
Cette orientation internationale explique également mes réserves concernant son ambition présidentielle. La France a besoin d'une politique étrangère indépendante, capable de défendre ses intérêts, de préserver ses relations internationales et de faire respecter le droit sans se laisser enfermer dans une logique de confrontation permanente entre blocs. Je ne suis pas convaincu qu'un responsable politique aussi profondément attaché à l'atlantisme et à l'intégration européenne puisse incarner cette indépendance. Je vois plutôt dans sa démarche le prolongement d'une conception occidentale des relations internationales, dans laquelle l'Union européenne et les États-Unis occupent une place centrale, parfois au détriment d'une lecture plus équilibrée des réalités du monde.
Cette question concerne également les relations de la France avec l'Afrique, le monde arabe et les pays qui refusent de s'aligner systématiquement sur les grandes puissances. Je pense notamment à l'Algérie, dont les relations avec la France ne sauraient être abordées uniquement à travers les préoccupations stratégiques européennes. La politique étrangère française ne peut être construite sur la désignation permanente d'adversaires, pas davantage que sur une hiérarchie implicite entre les peuples qui mériteraient notre solidarité et ceux dont les souffrances seraient politiquement moins commodes à dénoncer.
Sur le plan intérieur, Raphaël Glucksmann me paraît également participer à une fragmentation supplémentaire de la gauche. Certes, il affirme vouloir rassembler. Mais rassembler autour de quoi et, surtout, autour de qui ? Autour de sa propre personne, manifestement.
Il cherche à imposer une ligne sociale-démocrate qui exclut ou marginalise certaines sensibilités de la gauche radicale, tout en prétendant incarner une alternative capable de faire barrage à l'extrême droite. Cette stratégie me semble contradictoire. Car si chaque responsable politique considère que le rassemblement ne peut se construire qu'autour de son propre programme et de sa propre candidature, il devient pratiquement impossible d'organiser une démarche véritablement collective. La multiplication des candidatures pourrait alors contribuer à l'élimination de la gauche dès le premier tour, laissant une nouvelle fois le champ libre à l'extrême droite. Et ce risque devrait préoccuper tous ceux qui prétendent vouloir empêcher son accession au pouvoir.
Je trouve d'ailleurs particulièrement paradoxal qu'un responsable politique aussi prompt à dénoncer l'extrême droite française fasse preuve, selon moi, d'une prudence différente lorsqu'il s'agit de qualifier l'idéologie et les pratiques de l'extrême droite israélienne. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou s'est appuyé sur des formations ultranationalistes dont certains responsables défendent ouvertement la colonisation et des politiques discriminatoires à l'égard des Palestiniens. Pourquoi ne pas examiner ces courants avec la même sévérité politique que celle réservée aux mouvements nationalistes européens ? L'universalisme devrait précisément nous permettre de refuser toute exception.
Je refuse, pour ma part, de considérer qu'une idéologie nationaliste devient acceptable simplement parce qu'elle est défendue par un État allié des puissances occidentales. Je refuse également que la dénonciation des crimes commis contre les Palestiniens soit interprétée comme une remise en cause des droits ou de la sécurité des populations israéliennes. Les mêmes principes doivent s'appliquer à tous.
C'est aussi pour cette raison que je demeure extrêmement sceptique devant la prétention de Raphaël Glucksmann à incarner une nouvelle figure de la gauche française. Je ne vois ni dans son parcours, ni dans ses orientations internationales, ni dans son positionnement économique les éléments qui pourraient me convaincre qu'il représente une véritable rupture politique. Quant à ses qualités intellectuelles, à son charisme et à sa capacité à rassembler durablement les Français, je considère qu'ils restent largement à démontrer dans le cadre d'une compétition présidentielle.
Être connu, avoir fréquenté les plateaux de télévision, appartenir à un milieu intellectuel favorisé et avoir remporté un résultat honorable aux élections européennes ne suffisent pas à faire un homme d'État. Il existe une différence considérable entre la notoriété médiatique et la légitimité politique. Il existe également une différence entre défendre des principes universels et les appliquer avec constance, quelles que soient les circonstances.
Je retrouve finalement chez Raphaël Glucksmann une forme de paternalisme intellectuel qui me rappelle certains discours de son père. André Glucksmann avait développé une conception de l'engagement intellectuel dans laquelle les penseurs occidentaux se donnaient volontiers pour mission de défendre les populations opprimées et de parler au nom de ceux qu'ils considéraient comme privés de moyens d'action. Cette posture pouvait procéder d'intentions sincères, mais elle comportait aussi le risque de considérer que les peuples concernés avaient besoin d'une tutelle morale ou intellectuelle extérieure. Je retrouve quelque chose de cette attitude chez son fils.
Le voilà désormais qui voudrait devenir le rassembleur d'une gauche française dont il prétend définir les limites idéologiques, les orientations internationales et les conditions de légitimité. Une sorte de nouveau père de famille politique, qui expliquerait aux autres sensibilités ce qu'elles doivent penser, ce qu'elles doivent abandonner et derrière qui elles devraient se ranger. Mais la gauche française n'a pas besoin d'un nouveau tuteur intellectuel.
Elle a besoin d'un projet social crédible, d'une politique étrangère indépendante, d'une véritable volonté de redistribution des richesses et d'une capacité à réunir les forces populaires autour d'objectifs communs. Je ne crois pas que Raphaël Glucksmann soit aujourd'hui en mesure d'incarner cette ambition. Je considère même que son orientation internationale pourrait être dommageable aux intérêts diplomatiques de la France, en l'enfermant davantage dans une lecture atlantiste des rapports de force mondiaux.
Il ne suffit pas de se réclamer de François Mitterrand pour devenir son héritier politique, pas davantage qu'il ne suffit d'invoquer la social-démocratie pour appartenir à une gauche véritablement soucieuse de transformation sociale. Au fond, mon jugement sur Raphaël Glucksmann repose sur une conviction simple : je préfère un responsable politique dont les orientations sont clairement assumées à un candidat qui se réclame d'une tradition politique tout en défendant, selon moi, des choix qui s'en éloignent profondément.
La France a besoin de responsables capables de dépasser les réflexes idéologiques hérités de la guerre froide et de penser les relations internationales dans toute leur complexité. Elle a besoin d'une gauche qui ne choisisse pas ses indignations en fonction des alliances diplomatiques. Elle a surtout besoin d'une gauche qui cesse de confondre les ambitions personnelles avec l'intérêt collectif.
Raphaël Glucksmann voudrait incarner le rassemblement de la gauche. Pour ma part, je vois surtout en lui l'héritier d'une tradition intellectuelle atlantiste qui cherche à se présenter sous les habits d'une social-démocratie rénovée.
Et je ne suis absolument pas convaincu que cette orientation soit celle dont la France, et plus particulièrement la gauche française, ait aujourd'hui besoin.
Gamal Abina.
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PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027PORTRAIT POLITIQUE N° 07 : JUAN BRANCO
De la formation des élites à la dénonciation des oligarchies, le parcours d'un avocat qui entend transformer radicalement les institutions françaises.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Juan Branco est né le 26 août 1989 à Estepona, en Andalousie, dans le sud de l'Espagne. Âgé de 37 ans en octobre 2026, il possède les nationalités française et espagnole. Avocat, docteur en droit, essayiste, militant politique et réalisateur, il s'est fait connaître du grand public par ses interventions contre les institutions françaises, ses prises de position en faveur de Julian Assange et son ouvrage Crépuscule, publié en 2019. Il est le fils de Paulo Branco, producteur de cinéma portugais, et de Dolores López, psychanalyste espagnole. Son enfance se déroule dans un environnement culturel privilégié, entre l'Andalousie et Paris, au contact du monde du cinéma, de la littérature et de la création artistique. Son père, Paulo Branco, a travaillé avec de nombreux cinéastes européens, ce qui permet à Juan Branco de grandir dans un milieu où les personnalités du spectacle, les intellectuels et les artistes occupent une place importante.
Après une partie de sa scolarité dans des établissements parisiens, il fréquente l'École alsacienne, établissement privé réputé du sixième arrondissement de Paris, connu pour accueillir des enfants issus de familles appartenant aux milieux économiques, politiques et culturels favorisés. Il y côtoie notamment Gabriel Attal, futur Premier ministre, avec lequel il entretiendra ultérieurement des relations particulièrement conflictuelles. En 2007, Juan Branco intègre l'Institut d'études politiques de Paris, Sciences Po, l'un des principaux établissements français de formation aux carrières administratives, diplomatiques et politiques. Il poursuit parallèlement un cursus universitaire dans plusieurs disciplines, notamment la littérature, la philosophie politique, la géopolitique et le droit. Il étudie également à l'École normale supérieure, qu'il intègre par la voie universitaire, et obtient plusieurs diplômes de l'enseignement supérieur.
Son parcours universitaire comprend notamment une formation en littérature moderne à l'université Paris IV, en philosophie politique, en géopolitique à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne et en affaires publiques à Sciences Po. Il s'oriente progressivement vers le droit international pénal et consacre ses recherches au fonctionnement de la Cour pénale internationale. En 2014, il soutient une thèse de doctorat intitulée De l'affaire Katanga au contrat social global : un regard sur la Cour pénale internationale. Ses travaux universitaires portent sur les fondements juridiques de la justice pénale internationale, les rapports entre souveraineté et droit international et les conditions dans lesquelles une juridiction internationale peut exercer son autorité. Il mène également des activités de recherche et d'enseignement dans plusieurs institutions universitaires internationales, notamment à Yale, à l'Institut Max-Planck et à l'université La Sapienza de Rome.
En 2017, il prête serment et devient avocat au barreau de Paris. Son parcours professionnel l'amène à intervenir dans des dossiers concernant les libertés publiques, les droits fondamentaux, les relations internationales et des affaires judiciaires particulièrement médiatisées. Il développe parallèlement une activité éditoriale importante, publiant des ouvrages consacrés au pouvoir politique, aux institutions, aux réseaux d'influence et à la démocratie. Son livre Crépuscule, publié en 2019, constitue une étape majeure dans sa notoriété. Dans cet ouvrage, il développe une critique de l'ascension d'Emmanuel Macron et des relations entre les responsables politiques, les milieux économiques, les médias et certaines institutions de la République. Le livre connaît une importante diffusion et contribue à installer Juan Branco dans le débat public comme une figure de la contestation du pouvoir présidentiel.
Son parcours présente ainsi une particularité importante : formé dans plusieurs institutions prestigieuses, il développe progressivement un discours politique dirigé contre les mécanismes de reproduction des élites et la concentration du pouvoir. Cette contradiction apparente entre ses origines sociales, sa formation et ses engagements constitue l'un des principaux sujets de débat autour de sa personnalité.
L'identité politique de Juan Branco ne correspond pas exactement aux classifications partisanes traditionnelles. Bien qu'il ait participé à différentes initiatives de gauche et collaboré avec plusieurs responsables politiques, il revendique une démarche qui dépasse les organisations classiques et s'appuie principalement sur la critique des institutions et de la concentration du pouvoir. Son discours repose sur l'idée que la démocratie représentative française serait progressivement devenue un système dans lequel une minorité de responsables politiques, de dirigeants économiques et de personnalités médiatiques disposerait d'une influence disproportionnée sur les décisions collectives. Il emploie régulièrement les notions d'oligarchie, de confiscation démocratique et de reproduction sociale pour décrire cette organisation du pouvoir.
Selon son analyse, les institutions françaises favoriseraient la continuité des mêmes groupes dirigeants, indépendamment des alternances électorales. Il considère que les grandes écoles, les réseaux professionnels, les médias et certaines structures économiques contribuent à la formation d'un espace social relativement fermé, dans lequel les responsabilités publiques circulent entre des individus issus de milieux comparables. Cette analyse occupe une place centrale dans ses ouvrages et ses interventions.
Juan Branco défend une transformation institutionnelle profonde, fondée sur un renforcement de la souveraineté populaire et une remise en cause de la concentration des pouvoirs. Il se prononce notamment en faveur de mécanismes de démocratie directe, parmi lesquels le référendum d'initiative citoyenne et la possibilité de révoquer certains responsables élus. Il considère que la représentation politique ne devrait pas se limiter à l'organisation périodique d'élections, mais permettre aux citoyens d'intervenir directement dans les décisions publiques. Son discours rejoint sur plusieurs points les revendications apparues lors du mouvement des Gilets jaunes, particulièrement celles concernant le référendum d'initiative citoyenne, la justice fiscale et la représentation démocratique.
Sur le plan économique, il critique la concentration des richesses et les relations entre les grands intérêts privés et les responsables publics. Il dénonce notamment les situations dans lesquelles les décisions politiques pourraient favoriser certains groupes économiques au détriment de l'intérêt général. Sa pensée politique accorde également une place importante à la souveraineté nationale, qu'il associe à la capacité d'un peuple à déterminer librement son organisation institutionnelle, économique et sociale. Il défend une conception de la souveraineté qui ne se limite pas à l'indépendance territoriale, mais comprend également le contrôle démocratique des institutions et des choix économiques.
Sur les questions internationales, son parcours de juriste influence fortement ses positions. Il s'intéresse notamment à la justice pénale internationale, aux conflits armés, aux mécanismes de responsabilité des États et aux conditions d'application du droit international. Son engagement auprès de WikiLeaks et de Julian Assange s'inscrit dans une défense de la liberté d'information et dans une critique du secret entourant certaines activités gouvernementales. Il considère que l'accès aux informations concernant l'action des pouvoirs publics constitue un élément essentiel du contrôle démocratique. Cette conception l'amène à soutenir la protection des lanceurs d'alerte et à critiquer les mécanismes de surveillance ou de répression qu'il estime incompatibles avec les libertés fondamentales.
Sur le plan politique, Juan Branco se distingue des formations communistes traditionnelles et des organisations trotskistes. Il ne construit pas principalement son discours autour de la lutte des classes au sens marxiste classique, même si sa critique des rapports économiques et de la domination sociale présente certaines convergences avec les traditions de gauche radicale. Sa démarche privilégie davantage la dénonciation des structures de pouvoir, la transformation institutionnelle et la mobilisation populaire. Il se distingue également de la social-démocratie traditionnelle, dont il critique les compromis avec les structures économiques et institutionnelles existantes.
Ses adversaires lui reprochent cependant une personnalisation excessive des conflits politiques, une rhétorique parfois provocatrice et une manière de présenter les réseaux d'influence qui peut conduire à des interprétations contestées. Ses soutiens considèrent, au contraire, que ses analyses permettent de rendre visibles des mécanismes de pouvoir insuffisamment débattus dans l'espace public. Cette opposition entre ses partisans et ses détracteurs accompagne une grande partie de son parcours.
Dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027, Juan Branco défend un projet de rupture institutionnelle, avec l'ambition affichée de modifier profondément les rapports entre citoyens et représentants politiques.
L'engagement public de Juan Branco commence à la fin des années 2000, alors qu'il poursuit ses études supérieures. Il participe notamment aux mobilisations contre la loi Hadopi, adoptée dans le cadre de la lutte contre le téléchargement illégal sur internet. Il critique les mécanismes de surveillance et de sanction associés à cette législation, qu'il considère comme une réponse inadaptée aux transformations des pratiques culturelles et numériques. Il défend une réflexion sur les droits d'auteur, la circulation des œuvres et les libertés individuelles dans l'environnement numérique. Cette mobilisation constitue l'une de ses premières expériences d'engagement politique public.
À cette époque, il fréquente également différents mouvements et responsables politiques, notamment les Jeunes Verts et l'entourage de Dominique de Villepin. Il participe à des initiatives cherchant à renouveler les pratiques politiques et à remettre en question les organisations partisanes traditionnelles. En 2012, il intervient dans l'environnement de la campagne présidentielle de François Hollande, notamment sur les questions culturelles. Cette expérience lui permet d'observer de près le fonctionnement d'une campagne présidentielle et les relations entre les équipes politiques, les institutions et les milieux culturels.
Parallèlement, il développe son activité dans le domaine du droit international. Il travaille auprès de la Cour pénale internationale et participe à différentes activités juridiques et universitaires. Il rejoint également l'environnement juridique de WikiLeaks et de Julian Assange. Son engagement auprès de l'organisation fondée par Assange contribue à renforcer son intérêt pour la liberté d'information, les secrets d'État et les rapports entre les institutions publiques et les médias. Il participe à des démarches juridiques concernant la situation de Julian Assange, dont les procédures judiciaires suscitent alors d'importants débats internationaux sur la liberté de la presse et la protection des sources. Cette expérience constitue une étape importante dans sa construction politique.
En 2017, Juan Branco devient avocat et s'engage dans plusieurs dossiers médiatisés. La même année, il se présente aux élections législatives dans la douzième circonscription de Seine-Saint-Denis avec le soutien de La France insoumise. Il obtient environ 13,9 % des suffrages exprimés au premier tour et ne se qualifie pas pour le second tour. Cette candidature représente sa première expérience électorale nationale significative. Elle intervient dans le contexte de la recomposition de la gauche autour de Jean-Luc Mélenchon et de la création de La France insoumise. Juan Branco entretient alors des relations avec plusieurs personnalités de ce mouvement, même s'il ne s'inscrit pas durablement dans son organisation.
En 2018, le mouvement des Gilets jaunes marque une nouvelle étape dans son engagement. Il soutient plusieurs revendications du mouvement et intervient dans le débat public sur les violences policières, la représentation politique et les mécanismes de démocratie directe. Il assure également la défense de certaines personnalités associées aux Gilets jaunes. Son engagement auprès de ce mouvement contribue à accroître sa visibilité médiatique et numérique.
En 2019, il publie Crépuscule, ouvrage consacré à la critique du pouvoir d'Emmanuel Macron et des réseaux d'influence qui auraient accompagné son ascension politique. Le livre rencontre un succès important et provoque de nombreuses réactions. Certains lecteurs y voient une dénonciation documentée des relations entre les élites politiques, économiques et médiatiques. D'autres contestent sa méthode, certaines interprétations et la place accordée aux relations personnelles dans son analyse. Quoi qu'il en soit, cette publication installe Juan Branco parmi les essayistes les plus présents dans les débats consacrés au pouvoir présidentiel.
Il poursuit ensuite ses activités d'écriture avec plusieurs ouvrages, notamment La République ne vous appartient pas, Abattre l'ennemi, Treize pillards et Coup d'État. Ces publications développent différentes dimensions de sa critique politique, depuis les institutions jusqu'aux mécanismes économiques et aux stratégies de transformation du pouvoir.
Son activité d'avocat le conduit également à intervenir dans des affaires internationales. Il participe notamment à la défense de l'opposant sénégalais Ousmane Sonko, dont les démêlés judiciaires et politiques suscitent une importante mobilisation au Sénégal. En 2023, Juan Branco se rend au Sénégal dans un contexte de fortes tensions politiques. Il est arrêté puis expulsé du territoire sénégalais, épisode qui connaît un retentissement médiatique important. Cette affaire contribue à renforcer sa visibilité internationale.
Son parcours judiciaire et professionnel comporte également plusieurs controverses. Il a notamment été mis en examen dans une affaire de viol, accusation qu'il conteste. Une mise en examen ne constitue pas une déclaration de culpabilité et doit être distinguée d'une condamnation définitive. Il a également fait l'objet de procédures disciplinaires dans le cadre de son activité d'avocat, notamment à propos du respect du secret de l'instruction. Ces épisodes ont alimenté les débats concernant ses méthodes professionnelles et son comportement public. Ils doivent cependant être distingués de ses prises de position politiques et de son activité éditoriale.
En 2024, Juan Branco participe au développement du mouvement Les Ruches, organisation présentée comme une structure citoyenne décentralisée destinée à favoriser l'engagement politique en dehors des partis traditionnels. Ce projet entend permettre la constitution de groupes locaux, la participation directe des citoyens et l'élaboration de propositions politiques. Il s'inscrit dans une démarche visant à construire une mobilisation populaire autour de la transformation des institutions.
Le 19 décembre 2025, Juan Branco annonce publiquement son intention de se présenter à l'élection présidentielle française de 2027. Cette déclaration constitue une nouvelle étape dans son parcours, puisqu'elle marque son passage d'une activité principalement juridique, éditoriale et militante à une ambition présidentielle assumée. Son projet s'articule notamment autour de la transformation du régime politique, de la démocratie directe, du référendum d'initiative citoyenne et de la révocabilité des élus. Il souhaite remettre en question les mécanismes institutionnels qu'il considère comme responsables de la concentration du pouvoir.
Sa démarche se présente comme indépendante des grandes formations politiques traditionnelles. Elle s'appuie notamment sur le mouvement Les Ruches et sur une présence importante dans les réseaux numériques. La déclaration d'une candidature ne signifie cependant pas une qualification automatique pour l'élection présidentielle. Comme les autres prétendants, Juan Branco doit réunir les cinq cents présentations d'élus exigées par la législation française et satisfaire aux conditions prévues pour figurer sur la liste officielle des candidats. À la date d'octobre 2026, sa candidature relève donc d'une intention publiquement déclarée, et non d'une qualification définitivement acquise.
Son parcours présente plusieurs particularités dans le paysage politique français. Il a fréquenté des institutions prestigieuses tout en développant une critique particulièrement sévère des mécanismes de reproduction des élites. Il a participé à différentes expériences politiques sans s'inscrire durablement dans une grande formation partisane. Il a construit sa notoriété par ses activités juridiques, ses ouvrages, ses interventions publiques et sa présence sur les réseaux sociaux, davantage que par l'exercice de mandats électifs.
Enfin, son projet présidentiel place la transformation des institutions au centre de son discours, plutôt qu'une simple alternance entre les formations politiques traditionnelles. La candidature de Juan Branco permet ainsi d'aborder plusieurs questions importantes dans le débat politique français contemporain, la concentration du pouvoir, les rapports entre institutions et citoyens, les limites de la démocratie représentative, la place des médias et les possibilités de transformation du système politique. Elle soulève également une interrogation sur les conditions dans lesquelles une personnalité connue principalement pour ses dénonciations et ses interventions publiques peut construire un projet politique collectif.
À l'approche de 2027, Juan Branco entend faire de la contestation des structures de pouvoir le fondement de sa démarche présidentielle. Son parcours, depuis ses premiers engagements contre Hadopi jusqu'à la création des Ruches et à l'annonce de sa candidature, témoigne d'une continuité dans sa critique des institutions, mais également d'une évolution de ses méthodes d'action politique. Il appartient désormais au débat public de confronter ses propositions aux exigences concrètes de l'exercice du pouvoir, aux règles démocratiques et aux attentes des citoyens.
Juan Branco, figure aujourd'hui bien connue des médias, notamment grâce à son engagement auprès des Gilets jaunes, a su faire connaître sa personnalité particulièrement explosive à travers ses interventions publiques et ses participations à des débats souvent très animés sur les plateaux de télévision. Avocat de formation, doté d'un sens certain de la rhétorique et d'un verbe haut, il possède cette capacité à provoquer ses contradicteurs, à occuper l'espace médiatique et à transformer une confrontation politique en véritable affrontement verbal. Son métier lui a manifestement permis de développer une aisance dans l'argumentation, même si la maîtrise de la parole ne constitue pas, à elle seule, une garantie de cohérence politique.
Le voilà désormais décidé à se présenter à l'élection présidentielle française de 2027. Une ambition qui n'est évidemment pas une mince affaire, puisqu'il lui faudra d'abord réunir les cinq cents signatures d'élus nécessaires pour pouvoir effectivement participer au scrutin. Juan Branco entend se présenter comme une sorte de candidat antisystème, favorable à une transformation profonde des institutions et à l'introduction de mécanismes de démocratie directe, notamment le référendum d'initiative citoyenne, le fameux RIC, devenu l'une des revendications emblématiques du mouvement des Gilets jaunes. Sa relative jeunesse, sa fougue, son sens de la formule et sa capacité à manier la contradiction semblent nourrir chez lui la conviction qu'il pourrait devenir un candidat crédible à la magistrature suprême.
Mais une élection présidentielle ne se résume pas à un concours d'éloquence, pas davantage qu'à une succession de confrontations médiatiques. Le parcours de Juan Branco comporte également plusieurs controverses qui ont contribué à brouiller son image publique. Une procédure judiciaire engagée à son encontre, dont il conteste les accusations et qui ne saurait évidemment être assimilée à une condamnation, ainsi que certaines déclarations publiques particulièrement contestées, ont alimenté les critiques dirigées contre lui. Ses sorties parfois hasardeuses, notamment lorsqu'elles touchent à la mort d'une personnalité ou à des événements tragiques, soulèvent à mes yeux une interrogation sur le sens de la responsabilité qui devrait accompagner toute ambition politique nationale.
Mais ce qui m'interpelle davantage encore, c'est cette contradiction entre le personnage qui se revendique antisystème et son propre parcours. Car Juan Branco est lui-même un produit de ce système qu'il prétend combattre. Issu d'un milieu familial favorisé, ayant fréquenté plusieurs des établissements les plus prestigieux de la République, il a suivi une formation comparable à celle d'une partie importante de la bourgeoisie intellectuelle et de la haute classe politique française. Il connaît donc parfaitement les mécanismes de sélection, les réseaux sociaux et les institutions qu'il dénonce aujourd'hui avec tant de vigueur.
Cette contradiction ne constitue pas nécessairement une disqualification. L'histoire politique nous enseigne que nombre de révolutions ont été pensées, organisées ou accompagnées par des hommes et des femmes issus des classes favorisées. Il serait donc absurde de prétendre qu'une origine bourgeoise interdit toute volonté sincère de transformation sociale. Mais encore faut-il pouvoir distinguer une véritable rupture politique d'une simple posture de contestation. Et c'est précisément sur ce point que Juan Branco peine à me convaincre.
Les exemples de personnalités ayant construit leur notoriété sur la dénonciation du système avant de s'y intégrer sont suffisamment nombreux pour inviter à la prudence. Combien de responsables politiques ont promis de renverser les pratiques anciennes avant de reproduire, une fois installés dans les institutions, les comportements qu'ils dénonçaient auparavant ? L'histoire de la Ve République ne manque pas d'illustrations de cette contradiction.
Une autre difficulté tient à la lisibilité de son positionnement idéologique. Juan Branco a fréquenté différents univers politiques. Il a pu apparaître proche de certaines sensibilités de gauche, développer un discours souverainiste, puis défendre des orientations qui semblent parfois emprunter à d'autres traditions politiques. Cette circulation entre plusieurs références idéologiques peut naturellement correspondre à une réflexion personnelle et à une évolution intellectuelle. Mais elle rend également plus difficile l'identification d'un projet politique véritablement structuré.
À gauche un temps, souverainiste à d'autres moments, parfois proche de préoccupations que l'on retrouve également au centre droit, Juan Branco semble vouloir construire une identité politique qui échappe aux classifications traditionnelles. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il que cette démarche s'accompagne d'une clarification suffisamment précise de ses orientations économiques, sociales, institutionnelles et internationales. Car dénoncer les élites, critiquer les médias, remettre en cause les institutions ou réclamer davantage de démocratie directe ne suffit pas à constituer un programme présidentiel. Il faut également expliquer comment gouverner, avec quelles alliances, quelles priorités budgétaires et quelles conséquences pour la population.
Son ambition personnelle, en revanche, ne semble faire aucun doute. Un avocat qui souhaite devenir président de la République, ce n'est évidemment pas une première dans l'histoire politique française. Nicolas Sarkozy a exercé cette profession avant son accession à l'Élysée, et Marine Le Pen a également été avocate avant de consacrer l'essentiel de son activité à la politique. La profession d'avocat peut fournir des qualités utiles à la vie publique, notamment la maîtrise du droit, la capacité d'argumentation et l'expérience de la confrontation contradictoire. Mais ces qualités ne remplacent ni une doctrine politique cohérente, ni une expérience de gestion, ni la capacité à rassembler autour d'un projet collectif.
Pour ma part, je demeure particulièrement réservé devant la démarche de Juan Branco. J'ai beaucoup de mal à me laisser convaincre par son discours de rupture, non parce que je prétendrais connaître ses intentions profondes, mais parce que son parcours, ses changements de références politiques et certaines de ses méthodes publiques ne me permettent pas d'identifier avec suffisamment de clarté la direction qu'il souhaite donner à son engagement. La sincérité politique ne se décrète pas. Elle s'apprécie dans la durée, à travers les actes, la constance des positions et la cohérence entre les principes affichés et les comportements adoptés.
Je considère donc qu'il existe des raisons légitimes de s'interroger sur la confiance que l'on peut accorder à une personnalité dont le positionnement politique demeure aussi difficile à définir. Cette réserve ne signifie évidemment pas qu'il faille lui interdire de défendre ses idées ou de solliciter les suffrages des Français. Elle signifie simplement que je ne confonds pas la capacité à dénoncer un système avec celle de proposer une alternative suffisamment construite.
Quoi qu'il en soit, avant de prétendre transformer les institutions françaises, Juan Branco devra franchir une première étape particulièrement concrète : obtenir les cinq cents présentations d'élus indispensables à sa candidature. Et rien ne garantit aujourd'hui qu'il y parviendra. Là encore, les effets d'annonce et la multiplication des prétendants à l'élection présidentielle ne seront pas nécessairement suivis des faits. Entre annoncer une candidature, réunir les soutiens nécessaires, construire une organisation politique et présenter un programme de gouvernement, il existe plusieurs étapes que la seule notoriété médiatique ne permet pas de franchir automatiquement.
Juan Branco entend faire de sa connaissance du système l'argument central de sa volonté de rupture. Pour ma part, cette connaissance ne suffit pas à dissiper mes interrogations.
Ma réserve à l'égard du personnage demeure à la mesure de la difficulté que j'éprouve à trouver, derrière sa dénonciation permanente du système, une lecture politique suffisamment claire et cohérente de la société qu'il prétend transformer.
Gamal Abina
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De l'engagement féministe à la recomposition de la gauche française, le parcours d'une députée qui revendique l'union des forces sociales et écologistes.
Portrait politique et biographique par Gamal Abina
Clémentine Autain est née le 26 mai 1973 à Saint-Cloud, dans le département des Hauts-de-Seine. De nationalité française, elle est âgée de 53 ans en octobre 2026. Journaliste, essayiste, militante féministe et députée de Seine-Saint-Denis, elle appartient à une génération de personnalités politiques dont l'engagement s'est construit à la rencontre des mouvements sociaux, du féminisme, de l'antilibéralisme économique et de l'écologie politique. Elle est la fille du chanteur Yvan Dautin et de l'actrice Dominique Laffin, décédée en 1985 alors que Clémentine Autain n'avait que douze ans. Elle grandit dans un environnement familial artistique et culturel, principalement à Paris, dans le quartier des Batignolles. Cette enfance au contact des milieux du spectacle et de la création contribue à son intérêt pour la culture, l'expression publique et les débats intellectuels. La disparition précoce de sa mère constitue également un événement important de son histoire personnelle.
Après ses études secondaires, Clémentine Autain rejoint l'université Paris VIII, à Saint-Denis, où elle étudie l'histoire. Boursière, elle poursuit son cursus jusqu'à l'obtention d'une maîtrise, puis d'un diplôme d'études approfondies, le DEA, correspondant approximativement à un master de recherche actuel. Ses travaux universitaires portent notamment sur l'histoire de l'Algérie dans les années 1930 et sur le Mouvement de libération des femmes. Ces deux domaines de recherche illustrent déjà les principaux centres d'intérêt qui structureront son engagement politique, les rapports de domination, les luttes pour l'émancipation et l'histoire des mouvements sociaux. Elle s'engage durant ses études dans le syndicalisme étudiant, notamment au sein de l'Union nationale des étudiants de France, l'UNEF, et de l'Union des étudiants communistes.
En 1997, elle participe à la fondation de Mix-Cité, association féministe mixte qui entend promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes et lutter contre les discriminations sexistes. La même année, elle contribue à la création de la Fondation Copernic, organisation de réflexion critique sur les politiques économiques néolibérales et leurs conséquences sociales. Parallèlement à ses engagements militants, Clémentine Autain développe une activité journalistique et éditoriale. Elle participe notamment à la direction du magazine Regards, publication historiquement associée aux débats intellectuels et politiques de la gauche française. Elle intervient également dans différents médias, notamment à la radio, où elle développe ses analyses sur le féminisme, les inégalités sociales, les institutions et les transformations de la gauche. Elle publie plusieurs ouvrages consacrés aux rapports entre les sexes, aux mouvements sociaux et aux perspectives de transformation politique. Son parcours se distingue ainsi par une articulation entre recherche universitaire, journalisme, engagement associatif et responsabilités électives.
Clémentine Autain appartient à une tradition de gauche antilibérale, féministe et écologiste qui considère que les inégalités économiques, les discriminations et les crises environnementales nécessitent une transformation profonde de l'organisation sociale. Son positionnement politique s'est progressivement construit autour de plusieurs références, le mouvement féministe, la gauche communiste et antilibérale, les mobilisations sociales et les courants favorables à une convergence entre les préoccupations sociales et écologiques. Elle défend une intervention importante de l'État dans l'économie, le renforcement des services publics, une fiscalité redistributive et une politique de protection sociale destinée à réduire les inégalités. Elle considère que les mécanismes économiques fondés principalement sur la concurrence et la recherche du profit privé ne permettent pas de répondre convenablement aux besoins collectifs. Son discours politique accorde ainsi une place importante à la redistribution des richesses, à la lutte contre la précarité, à la protection du pouvoir d'achat et à l'amélioration des conditions de travail. Elle défend également une transformation écologique de l'économie reposant sur les investissements publics, la planification et une modification des modes de production et de consommation. Son approche repose sur l'idée que la transition environnementale ne peut être durablement réalisée sans justice sociale.
Le féminisme constitue cependant l'une des dimensions les plus anciennes et les plus constantes de son engagement. Depuis les années 1990, Clémentine Autain participe aux mobilisations pour l'égalité salariale, la lutte contre les violences faites aux femmes, l'accès aux droits reproductifs et la représentation des femmes dans les institutions. Elle considère que les rapports de domination entre les sexes ne peuvent être analysés uniquement comme des comportements individuels, mais qu'ils s'inscrivent également dans des structures sociales, économiques et culturelles. Son engagement féministe l'amène à défendre une transformation des politiques publiques, notamment dans les domaines de l'éducation, de la justice, de la santé et de la protection sociale. Elle participe également aux débats sur les violences sexuelles et les mécanismes qui peuvent conduire à leur banalisation ou à leur invisibilisation.
Sur les questions de laïcité et de liberté religieuse, Clémentine Autain défend une conception qui privilégie la liberté de conscience et la lutte contre les discriminations. Cette orientation la distingue de certaines sensibilités de gauche attachées à une interprétation plus restrictive de la place des expressions religieuses dans l'espace public. Elle considère que la République doit garantir l'égalité des droits sans faire de l'origine, de la religion ou de l'appartenance culturelle un motif de traitement différencié. Son engagement contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations s'inscrit dans cette conception universaliste de l'égalité.
Sur le plan international, elle défend le respect du droit international, la coopération entre les peuples et la protection des populations civiles confrontées aux conflits armés. Elle soutient notamment les droits nationaux du peuple palestinien et la reconnaissance d'un État palestinien. Elle défend également une politique étrangère française plus indépendante et attentive aux enjeux de paix, de développement et de justice internationale.
Sur le plan institutionnel, Clémentine Autain critique la concentration du pouvoir présidentiel et défend une transformation démocratique permettant une participation plus importante des citoyens. Elle considère que la crise de confiance envers les institutions françaises résulte notamment d'un sentiment d'éloignement entre les représentants politiques et une partie importante de la population. Son orientation idéologique se distingue de celle des organisations trotskistes révolutionnaires comme Lutte ouvrière ou Révolution permanente. Elle ne défend pas une stratégie fondée principalement sur la révolution prolétarienne, mais une transformation politique et sociale reposant sur les mobilisations populaires, les alliances électorales et l'exercice du pouvoir institutionnel. Elle se distingue également de la social-démocratie traditionnelle par une critique plus approfondie du libéralisme économique et par sa volonté de construire une gauche de transformation sociale. L'un des éléments constants de son discours demeure la nécessité de réunir les différentes sensibilités de gauche autour d'un projet commun. Cette orientation constitue une caractéristique importante de son parcours, depuis les collectifs antilibéraux des années 2000 jusqu'aux débats sur la recomposition de la gauche à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
L'engagement politique de Clémentine Autain commence au cours des années 1990, dans un contexte marqué par les mobilisations étudiantes, les luttes féministes et les débats sur les transformations économiques et sociales. Son activité au sein de l'UNEF et de l'Union des étudiants communistes lui permet de découvrir les organisations militantes et les formes de mobilisation collective. En 1997, elle participe à la fondation de Mix-Cité, association féministe qui cherche à renouveler les pratiques militantes et à faire de l'égalité entre les femmes et les hommes une question politique centrale. Elle contribue également à la création de la Fondation Copernic, dont les travaux portent sur la critique des politiques néolibérales et la recherche d'alternatives économiques et sociales.
En 2001, Clémentine Autain participe à la campagne municipale de Bertrand Delanoë à Paris. À la suite de la victoire de la gauche, elle devient adjointe au maire de Paris chargée de la jeunesse, fonction qu'elle exerce jusqu'en 2007. Cette première expérience institutionnelle lui permet de participer à la gestion d'une grande collectivité territoriale et de développer des politiques publiques consacrées aux jeunes Parisiens. Elle découvre également les contraintes administratives, budgétaires et politiques associées à l'exercice de responsabilités exécutives.
En 2005, elle s'engage dans la campagne contre le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Elle appartient alors aux courants de gauche qui considèrent que le projet de traité inscrit trop fortement les principes du libéralisme économique dans l'organisation institutionnelle européenne. La victoire du non au référendum du 29 mai 2005 constitue un moment important pour les formations antilibérales, qui cherchent ensuite à construire une alternative politique commune. Clémentine Autain participe aux collectifs antilibéraux engagés dans la recherche d'une candidature commune pour l'élection présidentielle de 2007. Mais les divergences entre les différentes organisations empêchent finalement la constitution de cette candidature unitaire. Cette expérience contribue à renforcer sa conviction selon laquelle les divisions de la gauche constituent un obstacle important à la construction d'un projet politique commun.
Elle participe ensuite aux initiatives de rassemblement qui conduisent à la formation du Front de gauche. Elle soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle de 2012, dans le cadre d'une alliance réunissant notamment le Parti communiste français et le Parti de gauche. Elle s'engage également dans le mouvement Ensemble, formation appartenant à la gauche antilibérale et écologiste. En 2014, elle participe aux élections municipales à Sevran, en Seine-Saint-Denis, commune dans laquelle elle s'est installée plusieurs années auparavant. Elle poursuit parallèlement ses activités politiques et associatives, notamment dans les domaines de l'égalité sociale, de la lutte contre les discriminations et des droits des femmes.
En 2015, elle est élue conseillère régionale d'Île-de-France. En 2017, elle se présente aux élections législatives dans la onzième circonscription de Seine-Saint-Denis, qui comprend notamment Sevran, Tremblay-en-France et Villepinte. Sa candidature bénéficie du soutien de La France insoumise et du Parti communiste français. Le 18 juin 2017, elle est élue députée avec environ 59,5 % des suffrages exprimés au second tour. Cette élection marque une étape importante dans son parcours politique, puisqu'elle lui permet d'accéder pour la première fois à l'Assemblée nationale. Elle rejoint alors le groupe parlementaire de La France insoumise. Durant cette législature, elle intervient notamment sur les questions de justice sociale, de protection des services publics, de droits des femmes et de lutte contre les discriminations. Elle participe également aux débats sur les réformes des retraites, les politiques économiques et les inégalités territoriales.
Son implantation en Seine-Saint-Denis constitue un élément important de son activité parlementaire. Ce département, caractérisé par une population jeune, une importante diversité sociale et culturelle et des difficultés persistantes dans l'accès à certains services publics, occupe une place centrale dans ses interventions politiques. Clémentine Autain défend notamment une meilleure répartition des moyens publics, une amélioration de l'accès aux soins et une politique éducative destinée à réduire les inégalités.
En 2021, elle conduit une liste de gauche lors des élections régionales en Île-de-France, réunissant notamment des représentants de La France insoumise et du Parti communiste français. En 2022, elle est réélue députée de Seine-Saint-Denis sous l'étiquette de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, la NUPES. Cette coalition réunit plusieurs formations de gauche autour d'un programme commun à l'occasion des élections législatives. Clémentine Autain appartient alors au groupe parlementaire de La France insoumise, tout en défendant régulièrement la nécessité de préserver l'unité des différentes composantes de la gauche.
Au fil des années, des divergences apparaissent cependant entre elle et la direction de La France insoumise. Ces désaccords portent notamment sur le fonctionnement interne du mouvement, les méthodes de décision, la stratégie politique et les relations avec les autres formations de gauche. En 2024, après la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron, elle participe à la constitution du Nouveau Front populaire. Elle est réélue députée de Seine-Saint-Denis dès le premier tour des élections législatives anticipées du 30 juin 2024. Mais cette période marque également sa rupture avec La France insoumise. Elle rejoint le groupe Écologiste et Social à l'Assemblée nationale et participe à la fondation du mouvement L'Après, aux côtés de plusieurs anciens membres de La France insoumise. Cette nouvelle organisation entend défendre une gauche sociale, écologiste et démocratique, tout en privilégiant les stratégies de rassemblement entre les différentes formations progressistes.
La création de L'Après marque ainsi une nouvelle étape dans son parcours politique. Clémentine Autain cherche désormais à construire une expression politique indépendante de La France insoumise, tout en maintenant une orientation de gauche antilibérale. Dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027, elle participe aux discussions sur l'organisation d'une primaire commune des forces de gauche et écologistes. Elle défend l'idée que les électeurs doivent pouvoir désigner une candidature commune à travers un processus démocratique ouvert. Elle annonce sa volonté de représenter la gauche et les écologistes lors de l'élection présidentielle et présente un manifeste politique consacré notamment à la justice sociale, à la transformation écologique, à la protection des services publics et à la rénovation démocratique.
Mais les désaccords entre les différentes formations politiques empêchent la réalisation du projet de primaire unitaire dans les conditions qu'elle souhaitait. Le 11 juillet 2026, Clémentine Autain annonce finalement qu'elle renonce à sa candidature présidentielle, prenant acte de l'échec de cette démarche de rassemblement. Cette décision constitue une différence importante avec les parcours de plusieurs autres personnalités étudiées dans cette série. Contrairement à des responsables politiques qui maintiennent une candidature autonome malgré les divergences entre formations, Clémentine Autain choisit de ne pas poursuivre sa propre campagne dans le contexte de l'échec de la primaire qu'elle défendait. Ce retrait ne signifie pas pour autant son départ de la vie politique nationale. Elle demeure députée de Seine-Saint-Denis, membre du groupe Écologiste et Social et l'une des figures du mouvement L'Après.
Son parcours politique permet d'observer plusieurs transformations importantes de la gauche française depuis les années 1990. Il illustre d'abord la place croissante des questions féministes et écologiques dans les débats politiques. Il témoigne également des difficultés rencontrées par les différentes sensibilités de gauche pour construire des alliances durables, malgré l'existence de nombreux objectifs sociaux et économiques communs. Son expérience au sein de la municipalité parisienne, du Front de gauche, de La France insoumise, de la NUPES et du Nouveau Front populaire lui a permis de participer à plusieurs tentatives de rassemblement politique. Elle appartient ainsi à une génération de responsables de gauche dont l'engagement s'est développé en dehors du Parti socialiste traditionnel, tout en recherchant régulièrement des convergences avec d'autres formations.
À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, Clémentine Autain incarne une sensibilité politique attachée à la transformation sociale, à l'écologie, au féminisme et à la rénovation démocratique. Son retrait de la compétition présidentielle en juillet 2026 constitue également un élément important pour comprendre les débats contemporains sur les candidatures individuelles et les stratégies collectives au sein de la gauche. Son parcours, depuis les premières mobilisations féministes des années 1990 jusqu'à la fondation de L'Après en 2024, témoigne d'une continuité dans la défense de l'égalité et d'une évolution de ses engagements à travers plusieurs organisations politiques. Il permet enfin de comprendre la place qu'occupent aujourd'hui les questions de rassemblement, de représentation populaire et de démocratie interne dans la recomposition de la gauche française.
Clémentine Autain vient de démontrer, à mes yeux, ce que signifie avoir le sens des responsabilités lorsque l'on est une femme politique de gauche. En effet, sans jamais renoncer à ses convictions personnelles, à son engagement féministe, à son combat antiraciste et à sa volonté de défendre une transformation sociale profondément antilibérale, elle a su prendre une décision qui mérite d'être soulignée : se retirer de la course à l'élection majeure que constitue la présidentielle française. Ce choix prend une dimension particulière dans le contexte politique actuel, marqué par la multiplication des prétendants à gauche et par les difficultés persistantes à construire une stratégie commune face à l'extrême droite.
Clémentine Autain aurait parfaitement pu poursuivre son aventure présidentielle. Elle possède une expérience parlementaire, une certaine notoriété et une histoire militante qui lui permettent de revendiquer une place dans le débat national. Elle aurait également pu considérer que ses convictions, son parcours et son engagement personnel justifiaient le maintien de sa candidature, indépendamment des conséquences politiques d'une nouvelle division de la gauche. Mais elle a choisi une autre voie. Constatant qu'il devenait impossible d'organiser la primaire commune qu'elle appelait de ses vœux, elle a préféré se retirer plutôt que de contribuer à une dispersion supplémentaire des candidatures. C'est précisément dans cette décision que je vois une conception de la responsabilité politique qui mérite d'être reconnue.
Car la question fondamentale n'est pas seulement de savoir qui possède les qualités nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle. Elle consiste également à s'interroger sur les conséquences collectives d'une candidature individuelle. À quoi bon défendre un projet de transformation sociale si les rivalités personnelles, les ambitions présidentielles et les stratégies d'appareil finissent par empêcher les forces qui portent des objectifs comparables de construire une démarche commune ? Je considère que Clémentine Autain a compris cette contradiction.
Elle aurait pu, pour des questions d'ego ou de visibilité médiatique, maintenir sa candidature jusqu'au bout. Elle aurait pu se convaincre que sa seule présence dans la compétition présidentielle suffisait à justifier sa démarche. Mais elle a préféré prendre acte de l'échec de la primaire et renoncer à une ambition personnelle plutôt que de prolonger une compétition supplémentaire au sein de son propre camp. Cette attitude contraste avec celle de certains autres prétendants qui demeurent arc-boutés sur leur candidature, alors même que leurs résultats électoraux antérieurs inviteraient, selon moi, à une réflexion sur l'intérêt d'une démarche collective.
Il ne s'agit évidemment pas de contester le droit démocratique de chacun à se présenter. Ce droit demeure fondamental. Mais posséder un droit ne dispense jamais de réfléchir à la responsabilité qui accompagne son exercice. C'est pourquoi je considère que Clémentine Autain a fait preuve d'une certaine dignité politique. Elle démontre qu'il est possible de défendre fermement ses convictions sans considérer que sa propre personne doit nécessairement incarner leur traduction électorale. Elle rappelle également qu'une carrière politique ne se mesure pas uniquement au nombre de candidatures, aux apparitions médiatiques ou à la capacité de demeurer coûte que coûte dans la compétition.
Il existe parfois une autre manière d'affirmer ses convictions : savoir renoncer à une ambition individuelle lorsque l'on estime que l'intérêt collectif exige une autre stratégie. Je dirai simplement, concernant Madame Autain, qu'avoir su faire passer, dans cette circonstance, ce qu'elle considère comme l'intérêt collectif avant son ambition personnelle constitue une décision que je respecte. Cette décision la distingue, à mes yeux, de plusieurs de ses concurrents masculins qui semblent parfois confondre la défense de leurs idées avec la nécessité de préserver leur propre candidature.
Au fond, la véritable question posée à la gauche française n'est pas seulement celle des programmes, des personnalités ou des sensibilités idéologiques. Elle est aussi celle de sa capacité à dépasser les ambitions individuelles pour construire une perspective politique commune. Et sur ce point précis, Clémentine Autain vient d'apporter une réponse par ses actes.
Au moins, elle ne pourra pas être accusée d'avoir volontairement ajouté sa candidature à la fragmentation de la gauche dans une élection présidentielle dont je considère depuis longtemps que les mécanismes institutionnels favorisent une compétition profondément déséquilibrée. Elle aura choisi de ne pas devenir l'idiote utile d'un système électoral que je juge largement tronqué. Et rien que pour cela, son choix mérite, à mes yeux, d'être salué.
Gamal Abina