Diffamation publique !
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PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027PORTRAIT POLITIQUE N° 05 : FABIEN ROUSSEL
Le communisme français face à ses contradictions, entre héritage ouvrier, souveraineté industrielle et recherche d'une nouvelle identité populaire.
Fabien Roussel est né le 16 avril 1969 à Béthune, dans le Pas-de-Calais. De nationalité française, il est âgé de 57 ans en octobre 2026. Journaliste de formation, ancien député du Nord, maire de Saint-Amand-les-Eaux et secrétaire national du Parti communiste français depuis novembre 2018, il appartient à une génération de responsables politiques ayant grandi dans un environnement familial profondément marqué par les traditions militantes et ouvrières du nord de la France.
Son prénom, Fabien, lui aurait été donné en hommage au colonel Fabien, de son vrai nom Pierre Georges, figure de la Résistance communiste française pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce choix familial illustre l'importance de la mémoire communiste et de l'engagement politique dans son environnement d'origine.
Fabien Roussel grandit dans le bassin minier du Pas-de-Calais, territoire historiquement marqué par l'exploitation charbonnière, les grandes concentrations ouvrières, les luttes syndicales et l'influence électorale du Parti communiste français. Il termine sa scolarité à Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, où il commence à développer ses engagements militants.
Dès l'adolescence, il rejoint le Mouvement des jeunes communistes de France et participe aux mobilisations contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud, notamment aux campagnes réclamant la libération de Nelson Mandela. Il prend également part aux manifestations étudiantes de 1986 contre le projet de loi Devaquet, consacré à la réforme de l'enseignement supérieur.
Son parcours scolaire et professionnel ne correspond pas à celui des responsables politiques issus des grandes écoles administratives françaises. Il s'oriente vers le journalisme et suit une formation de journaliste reporter d'images au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, le CFPJ. Il exerce ensuite plusieurs années dans l'audiovisuel, notamment comme journaliste reporter d'images et journaliste pigiste.
En 1997, il rejoint le cabinet de Michelle Demessine, secrétaire d'État au Tourisme dans le gouvernement de Lionel Jospin. Cette expérience marque son entrée dans l'environnement institutionnel national et lui permet de découvrir les mécanismes de fonctionnement de l'administration gouvernementale.
Il poursuit ensuite son activité comme collaborateur politique auprès d'élus communistes, tout en développant son implantation militante dans le département du Nord.
En 2007, il s'installe à Saint-Amand-les-Eaux, commune du Valenciennois, où il participe à la vie politique locale. Il devient secrétaire départemental de la fédération du Nord du Parti communiste français en 2010, puis conseiller municipal de Saint-Amand-les-Eaux en 2014.
En 2017, il est élu député de la vingtième circonscription du Nord, succédant à Alain Bocquet, figure historique du communisme municipal et parlementaire dans cette région.
Le 25 novembre 2018, Fabien Roussel devient secrétaire national du Parti communiste français, succédant à Pierre Laurent. Il prend ainsi la direction d'une formation politique qui a occupé une place considérable dans l'histoire sociale et politique française, mais dont l'influence électorale nationale s'est fortement réduite depuis plusieurs décennies.
Réélu député en 2022, il perd son siège dès le premier tour des élections législatives anticipées de juin 2024 face au candidat du Rassemblement national, Guillaume Florquin.
En janvier 2025, il devient maire de Saint-Amand-les-Eaux, fonction qu'il conserve après les élections municipales de 2026.
Le 6 septembre 2026, il officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, après avoir été désigné par les adhérents du Parti communiste français.
Fabien Roussel revendique son appartenance au communisme français, dans une tradition politique historiquement associée à la défense du monde ouvrier, à la protection des salariés, au développement des services publics et à la critique des inégalités économiques.
Le Parti communiste français, fondé en décembre 1920 lors du congrès de Tours, appartient aux plus anciennes formations politiques françaises encore actives. Son histoire est indissociable de celle du mouvement ouvrier, des luttes syndicales, de la Résistance et des grandes transformations sociales du XXe siècle.
Pendant plusieurs décennies, le PCF a constitué l'une des principales forces électorales du pays. Il a participé à plusieurs gouvernements et joué un rôle important dans les débats sur la protection sociale, les nationalisations, les droits des travailleurs et l'organisation économique.
Mais le déclin de son influence électorale, particulièrement visible à partir des années 1980, a progressivement modifié sa place dans la vie politique française.
L'effondrement de l'Union soviétique en 1991, les transformations du monde ouvrier, la désindustrialisation et la montée du Parti socialiste ont contribué à affaiblir les références politiques traditionnelles du communisme français.
Fabien Roussel hérite donc d'une formation confrontée à une question fondamentale, celle de son identité dans une société profondément différente de celle qui avait assuré sa puissance électorale.
Son orientation politique consiste à replacer le travail, les salaires, la production industrielle et la souveraineté économique au centre du discours communiste.
Il considère que la gauche a progressivement perdu une partie de son influence dans les milieux populaires en accordant une place insuffisante aux questions matérielles, à l'emploi industriel et aux conditions concrètes d'existence des salariés.
Son discours se distingue par une volonté de réhabiliter la valeur du travail, de défendre l'augmentation des rémunérations et de promouvoir une politique de réindustrialisation nationale.
Il revendique également une intervention importante de l'État dans les secteurs stratégiques, notamment l'énergie, les transports, la santé et les infrastructures industrielles.
Sur le plan économique, Fabien Roussel défend une fiscalité plus redistributive, une contribution accrue des grandes fortunes et des entreprises les plus profitables, ainsi qu'un renforcement des investissements publics.
Il considère que la puissance publique doit retrouver des capacités d'orientation économique permettant de protéger les activités industrielles et de garantir la souveraineté productive du pays.
Cette conception se traduit notamment par une défense du nucléaire civil, qu'il considère comme un instrument essentiel de la production électrique française et de l'indépendance énergétique.
Ce positionnement le distingue d'une partie de la gauche écologiste, traditionnellement plus critique à l'égard de cette technologie.
Fabien Roussel défend également une conception de l'écologie reposant sur l'investissement industriel, la transformation des modes de production et le développement des infrastructures publiques.
Il considère que les politiques environnementales doivent être compatibles avec la protection de l'emploi, la réindustrialisation et le pouvoir d'achat des catégories populaires.
Sur les questions institutionnelles, il revendique une conception républicaine attachée à la laïcité, à l'égalité des citoyens et au rôle de l'État dans la garantie des droits collectifs.
Son discours politique accorde une place importante à la République, à la souveraineté nationale et à la protection des services publics.
Sur le plan international, le Parti communiste français défend traditionnellement une diplomatie fondée sur la paix, le désarmement, la coopération entre les peuples et le respect du droit international.
Fabien Roussel revendique notamment une politique étrangère indépendante, tout en inscrivant ses positions dans les débats contemporains sur la sécurité européenne, les conflits internationaux et les relations entre les grandes puissances.
Il soutient le droit des Palestiniens à disposer d'un État et défend une solution politique au conflit israélo-palestinien fondée sur le respect du droit international.
Sur les questions sociales et sociétales, il défend l'égalité des droits, la lutte contre les discriminations et la protection des libertés publiques.
Sa communication politique se caractérise néanmoins par une volonté de se distinguer des discours de certaines autres formations de gauche, notamment sur les questions de laïcité, de travail, de consommation et de rapport à la culture populaire.
Cette stratégie a parfois provoqué des controverses, notamment lorsqu'il a mis en avant une conception de la gauche attachée à la défense du pouvoir d'achat, de l'alimentation populaire et des traditions sociales françaises.
Ses partisans considèrent que cette orientation permet de renouer avec des catégories populaires qui ne se reconnaissent plus dans une partie du discours politique de la gauche contemporaine.
Ses critiques estiment au contraire que certaines de ses prises de position peuvent entretenir des ambiguïtés idéologiques ou accentuer les divisions entre les différentes composantes de la gauche.
Cette tension constitue l'un des éléments importants de son positionnement politique.
Contrairement aux organisations trotskistes comme Lutte ouvrière ou Révolution permanente, le Parti communiste français ne construit plus sa stratégie autour de la perspective immédiate d'une révolution prolétarienne.
Il privilégie une transformation sociale fondée sur les mobilisations populaires, les réformes institutionnelles, les politiques publiques et la participation aux élections.
Cette évolution reflète les transformations idéologiques du communisme français depuis la seconde moitié du XXe siècle.
Fabien Roussel incarne ainsi une orientation communiste qui cherche à articuler les références historiques du mouvement ouvrier avec les enjeux contemporains de souveraineté industrielle, de transition énergétique et de protection sociale.
L'engagement politique de Fabien Roussel commence au cours des années 1980, dans un contexte marqué par les grandes mobilisations étudiantes, les luttes antiracistes et les transformations du mouvement communiste français.
Son adhésion au Mouvement des jeunes communistes lui permet de participer à différentes campagnes de solidarité internationale et à des manifestations sociales.
La lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud constitue l'un de ses premiers engagements importants. Il participe notamment aux mobilisations réclamant la libération de Nelson Mandela et la fin du système de ségrégation raciale.
En 1986, il prend part au mouvement étudiant contre le projet de loi Devaquet, qui provoque une mobilisation nationale et conduit finalement au retrait de la réforme.
Ces expériences contribuent à structurer son engagement politique et à l'inscrire durablement dans les organisations communistes.
Après plusieurs années consacrées au journalisme, il rejoint en 1997 le cabinet de Michelle Demessine, secrétaire d'État communiste au Tourisme dans le gouvernement de Lionel Jospin.
Cette expérience gouvernementale constitue une étape importante dans son parcours, puisqu'elle lui permet de participer directement au fonctionnement d'une administration ministérielle.
À partir des années 2000, il développe progressivement son implantation dans le département du Nord, territoire historiquement marqué par une forte présence communiste.
En 2010, il devient secrétaire départemental de la fédération du Nord du Parti communiste français.
En 2014, il est élu conseiller municipal de Saint-Amand-les-Eaux, commune où il s'est installé plusieurs années auparavant.
En 2015, il conduit une liste communiste lors des élections régionales dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, sous l'intitulé « L'Humain d'abord ».
En 2017, il est élu député de la vingtième circonscription du Nord, succédant à Alain Bocquet.
À l'Assemblée nationale, il rejoint le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, qui rassemble notamment des députés communistes et des élus ultramarins.
Il participe aux travaux parlementaires consacrés aux finances publiques, à l'économie, à la fiscalité et à la protection des salariés.
En novembre 2018, il est élu secrétaire national du Parti communiste français.
Cette élection marque une évolution importante dans la stratégie du PCF, qui cherche à retrouver une visibilité nationale après plusieurs années durant lesquelles il avait soutenu les candidatures présidentielles de Jean-Luc Mélenchon.
Fabien Roussel défend progressivement l'idée que le Parti communiste doit présenter son propre candidat à l'élection présidentielle afin de retrouver une expression politique autonome.
Cette orientation aboutit à sa désignation comme candidat du PCF à l'élection présidentielle de 2022.
Lors du premier tour du 10 avril 2022, il obtient 2,28 % des suffrages exprimés, soit 802 422 voix.
Ce résultat confirme la faiblesse relative de l'audience électorale nationale du Parti communiste français, malgré sa présence militante, son implantation municipale et son histoire politique.
Il illustre également les difficultés rencontrées par le PCF pour retrouver une place autonome dans une gauche dont l'électorat s'est largement recomposé autour de La France insoumise.
À l'issue de l'élection présidentielle, Fabien Roussel participe néanmoins à la constitution de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, la NUPES, qui rassemble plusieurs formations de gauche en vue des élections législatives de juin 2022.
Il est réélu député de la vingtième circonscription du Nord avec 54,50 % des suffrages exprimés au second tour.
Cette réélection confirme alors son implantation locale, malgré son résultat présidentiel limité.
Au cours de la législature, les relations entre le Parti communiste français et La France insoumise deviennent progressivement plus conflictuelles.
Fabien Roussel critique notamment certaines orientations stratégiques de Jean-Luc Mélenchon et revendique une plus grande autonomie politique du PCF.
Ces divergences concernent notamment la stratégie de rassemblement de la gauche, le rapport aux institutions, la communication politique et les questions de souveraineté industrielle.
En 2024, la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron entraîne l'organisation de nouvelles élections législatives.
Le Parti communiste français participe au Nouveau Front populaire, coalition réunissant plusieurs formations de gauche.
Fabien Roussel se représente dans la vingtième circonscription du Nord.
Mais le 30 juin 2024, il est éliminé dès le premier tour. Le candidat du Rassemblement national, Guillaume Florquin, est élu avec environ 50,3 % des suffrages exprimés, tandis que Fabien Roussel obtient 31,19 %.
Cette défaite constitue un événement politique important, car elle intervient dans une circonscription historiquement associée à une forte implantation communiste.
Elle illustre les transformations électorales intervenues dans les anciens territoires industriels du nord de la France, où le Rassemblement national a progressivement développé une influence importante.
La perte de son mandat parlementaire ne met cependant pas fin à son activité politique.
En janvier 2025, Fabien Roussel devient maire de Saint-Amand-les-Eaux, après avoir été élu par le conseil municipal. Il conserve cette fonction à l'issue des élections municipales de mars 2026.
Il poursuit parallèlement ses responsabilités nationales à la tête du Parti communiste français.
En 2026, la question de la candidature communiste à l'élection présidentielle de 2027 devient l'un des principaux sujets de débat interne au PCF.
Lors de son quarantième congrès, le parti confirme sa volonté de présenter une candidature autonome.
Du 3 au 6 septembre 2026, les adhérents communistes sont appelés à se prononcer sur la candidature de Fabien Roussel.
Le scrutin réunit 24 112 votants sur 37 620 adhérents inscrits, soit une participation de 64,09 %.
Parmi les suffrages exprimés, 72,06 % se prononcent en faveur de sa candidature, 22 % votent contre et 5,94 % choisissent l'abstention proposée sur le bulletin.
Le 6 septembre 2026, Fabien Roussel officialise sa candidature à l'élection présidentielle de 2027.
Il engage ainsi une deuxième campagne présidentielle, après celle de 2022.
Cette décision confirme la volonté du Parti communiste français de disposer d'une expression autonome lors de l'élection présidentielle, malgré les débats sur la nécessité d'un rassemblement plus large des différentes forces de gauche.
Il convient cependant de distinguer cette désignation partisane d'une candidature définitivement validée pour le scrutin présidentiel, laquelle demeure soumise aux règles légales, notamment à l'obtention des 500 présentations d'élus.
Le parcours de Fabien Roussel s'inscrit ainsi dans une histoire politique particulièrement riche, celle d'un Parti communiste français qui fut autrefois l'une des principales forces électorales du pays et qui cherche aujourd'hui à reconstruire son influence dans un paysage politique profondément transformé.
Son expérience journalistique, son engagement militant, ses responsabilités parlementaires et son implantation municipale constituent les principales étapes de sa carrière.
Sa trajectoire illustre également les difficultés rencontrées par la gauche française pour maintenir son influence dans les anciens territoires ouvriers et industriels, confrontés depuis plusieurs décennies à la désindustrialisation, aux transformations économiques et à la progression du vote en faveur de l'extrême droite.
À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, Fabien Roussel entend incarner une orientation communiste attachée au travail, à la production industrielle, à la souveraineté économique et à la défense des services publics.
Son parcours témoigne enfin de la permanence d'une tradition politique issue du mouvement ouvrier français, mais également des interrogations contemporaines sur son identité, sa stratégie électorale et sa place au sein d'une gauche traversée par de profondes divisions.
Fabien Roussel, personnage ô combien méconnu d'une grande partie du public, et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé de se faire connaître. Sa présence médiatique s'est notamment construite autour de prises de position que je considère pour le moins douteuses sur l'immigration, de sorties répétées sur la laïcité et d'une conception de la République qui semble parfois faire de la question religieuse, particulièrement lorsqu'il s'agit de l'islam, une préoccupation politique disproportionnée.
Il y a chez Fabien Roussel une manière d'aborder ces questions qui me laisse profondément perplexe. À force de vouloir se distinguer de la gauche radicale, de multiplier les déclarations sur l'identité républicaine et de revendiquer une certaine proximité avec les préoccupations nationales, il finit par entretenir, à mes yeux, une ambiguïté inquiétante entre la tradition communiste et certains ressorts du discours nationaliste.
Et puis il y a cette obstination à vouloir exister dans la compétition présidentielle, cette façon de s'accrocher comme une huître à son rocher, avec l'espoir de devenir un jour un candidat crédible à la magistrature suprême. Mais les chiffres sont là. Lors de l'élection présidentielle de 2022, Fabien Roussel a obtenu 2,28 % des suffrages exprimés. Monsieur 2 % ne pèse donc pas bien lourd dans les rapports de force électoraux nationaux.
Certes, on pourra toujours m'expliquer qu'une élection ne se résume pas aux résultats précédents et qu'un parti politique possède parfaitement le droit de présenter son propre candidat. Je ne conteste évidemment pas ce principe démocratique. Mais je m'interroge sur sa pertinence stratégique lorsque la gauche française apparaît aussi fragmentée.
Car ces 2 % peuvent compter. Dans une élection présidentielle où la qualification pour le second tour se joue parfois à quelques centaines de milliers de voix, la dispersion des suffrages entre plusieurs candidatures de gauche peut avoir des conséquences considérables. Cela ne signifie pas que les électeurs de Fabien Roussel se reporteraient automatiquement sur un autre candidat en son absence, mais cela suffit à poser la question de l'utilité politique d'une candidature supplémentaire.
Avec Fabien Roussel, nous sommes bien loin de Georges Marchais. Voilà un homme qui avait le verbe haut, qui n'hésitait pas à rentrer dans le lard des journalistes, à interrompre ses contradicteurs et à défendre avec une vigueur parfois excessive ce qu'il considérait comme les intérêts du monde ouvrier. On pouvait contester ses analyses, ses positions internationales ou son rapport à l'Union soviétique, mais il possédait une personnalité politique immédiatement identifiable et une capacité à incarner un Parti communiste qui représentait alors une force électorale considérable.
Fabien Roussel, lui, me donne parfois davantage l'impression de vouloir défendre les institutions et les symboles de la République que de porter une véritable contestation des rapports économiques et sociaux. Ce contraste me paraît révélateur des transformations profondes du Parti communiste français, autrefois puissant dans les usines et les bassins industriels, aujourd'hui confronté à un affaiblissement électoral qui semble devenu structurel.
Et puisque nous parlons de communisme, je ne peux m'empêcher de penser à cette formule d'« idiots utiles », si souvent attribuée à Lénine, même si son attribution historique demeure incertaine. Si Lénine existait encore, il pourrait probablement constituer une collection impressionnante de personnalités politiques qu'il considérerait comme utiles à leurs adversaires, tant leurs initiatives contribuent parfois à affaiblir les causes qu'elles prétendent défendre.
Je considère précisément que Fabien Roussel prend ce risque en persistant dans une stratégie présidentielle autonome, alors que les différentes formations de gauche auraient tout intérêt à réfléchir sérieusement aux conséquences de leur dispersion électorale.
Mais ce qui m'inquiète davantage encore, c'est cette orientation politique qui semble parfois hésiter entre un communisme républicain traditionnel et une forme de nationalisme social. La défense de la souveraineté industrielle, des services publics ou de l'indépendance économique n'a évidemment rien de condamnable en soi. Elle peut même constituer une orientation parfaitement cohérente pour une formation issue du mouvement ouvrier. En revanche, lorsque cette défense s'accompagne d'un discours insistant sur l'identité nationale, l'immigration ou certaines expressions religieuses, je considère qu'il devient nécessaire de s'interroger sur les frontières idéologiques que l'on entend préserver.
Je n'irai pas beaucoup plus loin. On pourrait finir par penser que je nourris une certaine inimitié personnelle à l'égard du personnage, ce qui n'est pas le sujet. Mon propos porte sur son orientation politique, sur ses choix stratégiques et sur les conséquences que je leur attribue dans le contexte de la prochaine élection présidentielle.
Mais puisque Fabien Roussel semble décidé à poursuivre son aventure présidentielle, je terminerai par une recommandation qui n'engage évidemment que moi : la meilleure contribution qu'il pourrait apporter au rassemblement de la gauche serait peut-être de renoncer à cette candidature supplémentaire et de laisser enfin la place à une réflexion collective.
Fabien, quand tu nous tiens, prends donc le chemin du départ. Cela pourrait arranger bien du monde.
Gamal Abina
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PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027
PORTRAIT POLITIQUE N° 04 : FRANÇOIS RUFFIN
François Ruffin, du journalisme engagé à l'Assemblée nationale, le parcours d'une figure de la gauche sociale et populaire.
Portrait politique par Gamal Abina
1. BIO EXPRESS
Nom complet : François Marcel Joseph Bernard Ruffin.
Date de naissance : 18 octobre 1975.
Lieu de naissance : Calais, Pas-de-Calais, France.
Âge : 50 ans au 10 octobre 2026.
Nationalité : Française.
Formation : Maîtrise de lettres modernes à l'université de Picardie Jules Verne, puis diplôme du Centre de formation des journalistes de Paris, obtenu en 2002.
Professions : Journaliste, reporter, écrivain, essayiste, réalisateur de documentaires et député.
Formation politique : Debout !, mouvement issu de Picardie debout !.
Courant idéologique : Gauche sociale, antilibéralisme économique, défense du monde du travail, écologie sociale et souveraineté industrielle.
Fonction actuelle : Député de la première circonscription de la Somme, membre du groupe Écologiste et Social à l'Assemblée nationale, président de Debout !.
François Ruffin naît le 18 octobre 1975 à Calais, dans le Pas-de-Calais. Il grandit principalement à Amiens, dans le département de la Somme, au sein d'une famille appartenant à un milieu social relativement favorisé. Son père occupe des fonctions de direction dans le secteur agroalimentaire, notamment au sein du groupe Bonduelle, tandis que sa mère se consacre à la vie familiale. Cette origine sociale mérite d'être soulignée, car elle contraste avec l'image d'un homme politique qui consacrera l'essentiel de son engagement journalistique et militant à la défense des catégories populaires, des ouvriers et des salariés précaires.
Il effectue une partie importante de sa scolarité à l'établissement privé catholique La Providence, à Amiens, où Emmanuel Macron sera également scolarisé. Il poursuit ensuite des études de lettres modernes à l'université de Picardie Jules Verne, où il obtient une maîtrise, avant d'intégrer le Centre de formation des journalistes, à Paris, dont il sort diplômé en 2002.
Son parcours intellectuel et professionnel se construit d'abord autour du journalisme, de l'écriture et de l'enquête sociale. En 1999, alors qu'il est encore étudiant, il fonde à Amiens le journal Fakir, publication satirique et critique qui s'intéresse particulièrement aux relations entre le pouvoir économique, les responsables politiques, les grandes entreprises et les populations confrontées aux difficultés sociales.
Le journal, initialement ancré dans la vie locale picarde, développe progressivement une audience nationale. Son indépendance éditoriale revendiquée, son refus de la publicité commerciale et son ton volontiers polémique constituent les principales caractéristiques de cette publication.
François Ruffin collabore également au Monde diplomatique et participe aux activités de critique des médias, notamment autour de l'association Acrimed. Il intervient pendant plusieurs années dans l'émission radiophonique Là-bas si j'y suis, animée par Daniel Mermet sur France Inter.
Son travail journalistique se caractérise par une attention particulière aux mécanismes économiques, aux fermetures d'usines, aux délocalisations industrielles et aux conséquences sociales des décisions prises par les grandes entreprises.
En 2003, il publie Les Petits Soldats du journalisme, ouvrage dans lequel il propose une critique de la formation journalistique et des rapports entre les médias et les élites économiques et politiques.
Cette approche constitue l'une des constantes de son parcours. François Ruffin considère que le journalisme ne doit pas se limiter à reproduire les discours institutionnels, mais doit également rendre visibles les réalités sociales qui demeurent parfois éloignées des préoccupations dominantes du débat médiatique.
En 2016, il réalise le documentaire Merci Patron !, qui marque une étape décisive dans sa notoriété nationale. Le film raconte le combat d'une famille ouvrière confrontée aux conséquences d'une délocalisation industrielle et met en scène une confrontation avec l'univers économique du groupe LVMH et de son dirigeant Bernard Arnault.
Le documentaire rencontre un succès public important et obtient, en février 2017, le César du meilleur film documentaire. Il contribue également à populariser la critique des délocalisations, de la concentration des richesses et des rapports de pouvoir entre les grandes entreprises et les salariés.
François Ruffin réalise ensuite plusieurs documentaires consacrés aux mouvements sociaux et au monde du travail, notamment J'veux du soleil ! en 2019, consacré au mouvement des Gilets jaunes et réalisé avec Gilles Perret, Debout les femmes ! en 2021, également réalisé avec Gilles Perret, et Au boulot ! en 2024.
Ces films prolongent son activité journalistique en donnant la parole à des catégories professionnelles souvent peu présentes dans les grands débats politiques, notamment les aides à domicile, les agents d'entretien, les salariés précaires et les travailleurs occupant des emplois physiquement exigeants.
2 . IDENTITÉ POLITIQUE ET IDÉOLOGIE
François Ruffin appartient à une tradition de gauche sociale dont les principales références reposent sur la défense du monde du travail, la critique des inégalités économiques, la protection des services publics et la nécessité de réindustrialiser les territoires frappés par les fermetures d'entreprises.
Son orientation politique se distingue par une volonté de replacer les questions salariales, professionnelles et industrielles au centre du débat public.
Il considère que la gauche française a progressivement perdu une partie de son implantation dans les catégories populaires, notamment dans les territoires ruraux, les petites villes et les anciens bassins industriels. Il défend par conséquent une stratégie politique destinée à renouer avec ces populations en privilégiant les questions de pouvoir d'achat, d'emploi, de conditions de travail et de protection sociale.
Sur le plan économique, François Ruffin revendique une intervention importante de l'État dans les secteurs stratégiques, une politique industrielle destinée à limiter les délocalisations et une meilleure protection des salariés face aux décisions des grandes entreprises.
Il défend également une fiscalité plus redistributive, une amélioration des rémunérations et une reconnaissance accrue des métiers indispensables au fonctionnement de la société.
Son approche écologique repose sur l'idée que la transition environnementale ne peut être dissociée des questions sociales. Il défend notamment une politique de réindustrialisation compatible avec les objectifs climatiques, une amélioration des transports collectifs et des investissements publics permettant de réduire les inégalités territoriales.
François Ruffin se distingue également par son intérêt pour les territoires éloignés des grandes métropoles, notamment ceux qui ont subi les conséquences de la désindustrialisation et de la diminution des services publics.
Il considère que la fracture entre les grandes villes et une partie des territoires ruraux ou périurbains constitue un enjeu important pour la représentation politique des catégories populaires.
Son discours politique repose ainsi sur une articulation entre justice sociale, souveraineté industrielle, protection des travailleurs et écologie.
Sur le plan institutionnel, il défend une participation citoyenne accrue et une transformation des pratiques politiques, tout en accordant une place centrale au travail parlementaire et aux mobilisations sociales.
Contrairement aux organisations communistes révolutionnaires comme Lutte ouvrière ou Révolution permanente, François Ruffin ne défend pas l'abolition générale de la propriété privée des moyens de production. Son projet repose davantage sur une transformation de l'économie par la réglementation, la redistribution, l'intervention publique et la protection des secteurs stratégiques.
Son positionnement se distingue également de celui de Jean-Luc Mélenchon, notamment par une attention particulièrement affirmée aux questions industrielles, aux catégories ouvrières et aux territoires dans lesquels le Rassemblement national a développé une implantation électorale importante.
Cette différence d'approche contribuera progressivement à éloigner François Ruffin de La France insoumise et à l'amener à construire une organisation politique autonome.
3. ENGAGEMENT ET PARCOURS POLITIQUES
L'engagement politique de François Ruffin se développe initialement à travers le journalisme et les mobilisations sociales, avant de se traduire par une participation directe aux élections.
Son activité au sein de Fakir lui permet de construire des relations avec les syndicats, les salariés d'entreprises menacées de fermeture et les collectifs engagés contre les délocalisations.
En 2016, il participe au mouvement Nuit debout, qui se développe dans le contexte de la contestation contre la loi Travail. Son documentaire Merci Patron ! devient l'une des références culturelles de cette période de mobilisation.
En février 2017, il crée le mouvement Picardie debout ! et se présente aux élections législatives dans la première circonscription de la Somme.
Sa candidature bénéficie du soutien de plusieurs forces de gauche, notamment La France insoumise et le Parti communiste français.
Le 18 juin 2017, il est élu député de la Somme. Il rejoint alors le groupe parlementaire de La France insoumise à l'Assemblée nationale.
Cette élection marque son passage du journalisme militant à l'exercice d'un mandat parlementaire national.
Au Palais-Bourbon, François Ruffin se distingue par des interventions consacrées aux conditions de travail, aux inégalités salariales, à la protection des services publics et aux conséquences de la désindustrialisation.
Il participe également à plusieurs initiatives politiques visant à attirer l'attention sur les rémunérations des professions essentielles, notamment les personnels de santé, les aides à domicile et les salariés des métiers du soin.
Son travail parlementaire conserve une proximité avec les méthodes développées dans son activité journalistique, notamment l'utilisation de témoignages, de situations concrètes et de récits de salariés pour illustrer les conséquences des politiques économiques.
En 2019, il participe à la réalisation du documentaire J'veux du soleil !, consacré au mouvement des Gilets jaunes. Ce film lui permet d'explorer les revendications d'une mobilisation populaire largement implantée dans les territoires ruraux et périurbains.
En 2021, il réalise avec Gilles Perret Debout les femmes !, documentaire consacré aux métiers du lien, notamment les aides à domicile et les accompagnantes de personnes dépendantes.
En 2022, il est réélu député de la Somme sous l'étiquette de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, la NUPES.
Il poursuit alors son engagement parlementaire au sein du groupe de La France insoumise, tout en développant progressivement des divergences avec la stratégie politique et la communication de Jean-Luc Mélenchon.
Ces désaccords deviennent particulièrement visibles à l'occasion des élections législatives anticipées de 2024.
Après la dissolution de l'Assemblée nationale annoncée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024, François Ruffin appelle rapidement à la constitution d'un nouveau Front populaire réunissant les différentes formations de gauche.
Cette initiative participe à la dynamique qui conduit à la création du Nouveau Front populaire, alliance électorale réunissant notamment La France insoumise, le Parti socialiste, les Écologistes et le Parti communiste français.
Mais les tensions avec la direction de La France insoumise s'accentuent durant cette campagne.
Le 4 juillet 2024, François Ruffin annonce qu'il ne siégera plus au sein du groupe parlementaire insoumis.
Le 7 juillet, il est réélu député de la première circonscription de la Somme avec 52,95 % des suffrages exprimés au second tour, face à la candidate du Rassemblement national.
Il rejoint ensuite le groupe Écologiste et Social à l'Assemblée nationale, aux côtés de plusieurs députés ayant également pris leurs distances avec La France insoumise.
Cette rupture marque une étape déterminante dans son évolution politique. François Ruffin entend désormais défendre une orientation autonome, centrée sur la reconstruction d'une gauche populaire, sociale et capable de dialoguer avec les électeurs des territoires industriels, ruraux et périurbains.
En juin 2025, son mouvement Picardie debout ! devient Debout !, organisation à vocation nationale dont il prend la présidence.
Cette transformation traduit sa volonté de dépasser son implantation picarde et de développer un projet politique destiné à l'ensemble du territoire français.
Le 26 janvier 2026, François Ruffin confirme publiquement son intention de participer à l'élection présidentielle de 2027, initialement dans le cadre d'une primaire unitaire de la gauche.
Cette démarche s'inscrit dans une stratégie de rassemblement autour des questions sociales, du travail, de la redistribution et de la protection des territoires.
Les désaccords entre les formations de gauche sur l'organisation et le périmètre de cette primaire compliquent cependant le processus. À l'automne 2026, François Ruffin maintient une démarche présidentielle autonome, tout en se déclarant ouvert à une compétition commune plus large entre les différentes sensibilités de gauche.
Il convient néanmoins de distinguer sa candidature déclarée d'une candidature officiellement validée pour le scrutin de 2027, laquelle nécessitera notamment la réunion des 500 présentations d'élus exigées par la législation électorale.
François Ruffin possède ainsi un parcours singulier dans la vie politique française. Journaliste devenu réalisateur, puis député, il a construit sa notoriété à travers des enquêtes consacrées aux inégalités économiques et aux conséquences sociales de la mondialisation.
Son engagement s'est progressivement transformé en une activité politique institutionnelle, sans abandonner les thèmes qui caractérisaient son travail journalistique.
Son évolution, depuis la création de Fakir en 1999 jusqu'à la constitution de Debout ! en 2025, illustre la volonté de construire une expression politique fondée sur les préoccupations matérielles des catégories populaires.
Son parcours permet également d'observer les transformations de la gauche française, notamment les tensions entre les stratégies de rupture institutionnelle, les projets de rassemblement électoral et la recherche d'une nouvelle implantation dans les territoires populaires.
À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, François Ruffin apparaît ainsi comme l'une des personnalités engagées dans la recomposition de la gauche française, avec un projet qui accorde une place centrale au travail, à l'industrie, aux services publics et aux inégalités territoriales.
Son itinéraire, du journalisme indépendant à l'Assemblée nationale, constitue une illustration des relations entre engagement médiatique, mobilisation sociale et représentation politique dans la France contemporaine.
4 . MON REGARD SUR FRANÇOIS RUFFIN
François Ruffin, là encore, un candidat électron libre qui a bénéficié du soutien de La France insoumise pour accéder à l'Assemblée nationale et qui, pour des raisons que je considère largement liées à des questions d'ego et d'ambition personnelle, a finalement décidé d'entrer en rupture avec la formation politique qui avait contribué à son élection.
Il quitte ainsi le groupe parlementaire de La France insoumise pour rejoindre le groupe Écologiste et Social. Précisons qu'il ne s'agit pas d'une adhésion au parti Les Écologistes, mais d'un changement de groupe parlementaire. La nuance mérite d'être soulignée, même si elle ne modifie pas fondamentalement mon interrogation sur la cohérence de son parcours politique. Manifestement, la gauche française autorise désormais des passages d'une formation à une autre avec une facilité que l'on connaissait déjà parfaitement à droite.
Mais le problème de François Ruffin ne se résume pas à celui d'une personnalité politique qui chercherait à exister à tout prix. Il me semble beaucoup plus profond. Ruffin nourrit manifestement des ambitions nationales et entend désormais construire sa propre trajectoire politique, quitte à entrer en concurrence avec la principale force électorale de la gauche radicale, celle qui lui avait apporté son soutien lors de son entrée à l'Assemblée nationale.
Je ne conteste évidemment pas à François Ruffin le droit de défendre ses convictions, de critiquer Jean-Luc Mélenchon ou de rompre avec une organisation dont il ne partagerait plus les orientations. La liberté politique suppose précisément la possibilité du désaccord. Mais cette liberté n'interdit pas de s'interroger sur les conséquences stratégiques des décisions individuelles, particulièrement lorsque la gauche française apparaît aussi divisée.
Car c'est bien là, à mes yeux, que se situe le véritable problème. À force de voir surgir des candidatures concurrentes, portées par des personnalités persuadées de pouvoir incarner à elles seules une alternative politique, la gauche risque de reproduire les divisions qui ont déjà marqué plusieurs élections présidentielles.
Cette multiplication des ambitions personnelles pourrait contribuer à disperser les suffrages au premier tour et à fragiliser les possibilités de rassemblement. Dans un contexte où l'extrême droite occupe une place majeure dans le paysage politique français, cette question ne peut être considérée comme secondaire.
Je trouve particulièrement regrettable que des responsables politiques qui affirment vouloir combattre l'extrême droite ne parviennent pas à dépasser leurs différends pour construire une stratégie commune. La compétition entre personnalités semble parfois prendre le pas sur la réflexion collective, alors même que les enjeux politiques et sociaux devraient imposer une autre hiérarchie des priorités.
Faut-il pour autant réduire François Ruffin à ses ambitions personnelles ? Son travail journalistique, son engagement auprès des salariés et ses interventions sur la désindustrialisation témoignent d'un parcours qui ne saurait être ignoré. Mais ces engagements ne répondent pas, à eux seuls, à la question de la stratégie présidentielle.
On peut défendre sincèrement les catégories populaires, dénoncer les injustices économiques et vouloir transformer la société, tout en prenant des décisions politiques dont les conséquences électorales méritent d'être interrogées.
C'est précisément ce que je reproche à François Ruffin. À mes yeux, il privilégie aujourd'hui la construction de sa propre stature nationale au détriment d'une réflexion suffisamment collective sur les conditions d'un rassemblement de la gauche.
Pour ma part, je refuse de considérer que la multiplication des candidatures constitue nécessairement une preuve de vitalité démocratique. Elle peut également traduire l'incapacité des formations politiques à surmonter leurs rivalités et à définir des objectifs communs.
Tous ceux qui affirment vouloir faire obstacle à l'extrême droite devraient, selon moi, réfléchir d'abord en termes de stratégie collective plutôt qu'en fonction de leurs trajectoires individuelles.
François Ruffin illustre à mes yeux cette contradiction entre une volonté affichée de défendre les intérêts populaires et une démarche présidentielle qui risque d'accentuer la fragmentation politique de la gauche.
Et c'est bien dommage, car son expérience journalistique, sa connaissance du monde du travail et son implantation dans la Somme auraient pu constituer des contributions importantes à une démarche collective plus large.
L'histoire politique française nous enseigne pourtant que les ambitions individuelles, lorsqu'elles ne s'inscrivent pas dans une stratégie commune, peuvent devenir des facteurs de division durables.
**À vouloir chacun incarner l'alternative, les responsables de gauche prennent le risque de ne plus parvenir à la construire ensemble.**
Gamal Abina
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RÉSIDENTIELLE FRANÇAISE 2027PORTRAIT POLITIQUE N° 02 : ANASSE KAZIB
Anasse Kazib, de la lutte syndicale à la révolution permanente, le parcours d'un cheminot devenu une figure du communisme révolutionnaire français.
Anasse Kazib est né le 2 janvier 1987 à Sarcelles, dans le département du Val-d'Oise, en région parisienne. De nationalité française, il est âgé de 39 ans en octobre 2026. Issu d'une famille ouvrière d'origine marocaine, dont les racines se situent notamment dans la région d'Essaouira, il grandit dans un environnement populaire marqué par les réalités sociales des banlieues françaises et les conditions de vie des familles issues de l'immigration.
Son père travaille à la SNCF, une entreprise publique qui occupera également une place centrale dans son propre parcours professionnel et militant. Son enfance et son adolescence se déroulent dans un contexte où les questions d'intégration sociale, de discriminations, d'emploi et d'inégalités économiques occupent une place importante dans la vie quotidienne de nombreuses familles.
Après sa scolarité secondaire, Anasse Kazib entreprend des études d'architecture, qu'il ne mène pas jusqu'à l'obtention d'un diplôme. Il s'oriente ensuite vers le monde du travail et rejoint la SNCF en 2012, où il exerce la profession d'aiguilleur, notamment sur le site ferroviaire du Bourget.
Cette activité professionnelle constitue un élément fondamental de son identité politique. Contrairement à de nombreux responsables politiques français ayant construit leur carrière dans les institutions, les cabinets ministériels ou les organisations partisanes, Anasse Kazib revendique son appartenance au monde ouvrier et son expérience directe des conditions de travail dans une grande entreprise de transport.
Il s'engage dans le syndicalisme au sein de SUD Rail, organisation appartenant à l'Union syndicale Solidaires, connue pour son positionnement combatif et sa participation aux mouvements sociaux dans le secteur ferroviaire.
Son activité syndicale lui permet de développer une expérience des négociations collectives, des conflits sociaux et des mobilisations professionnelles. Il participe notamment aux mouvements de contestation des réformes ferroviaires et des politiques de transformation de la SNCF.
Son engagement politique remonte cependant à ses années de jeunesse. En 2006, il participe aux mobilisations contre le contrat première embauche, le CPE, projet gouvernemental porté par Dominique de Villepin qui suscite une importante contestation étudiante et syndicale.
Ce mouvement constitue une étape significative dans la formation politique d'une génération de militants qui découvrent alors les manifestations, les assemblées générales, les grèves et les formes d'organisation collective.
Anasse Kazib s'inscrit progressivement dans les courants de l'extrême gauche révolutionnaire française, notamment ceux qui revendiquent l'héritage du marxisme et du trotskisme.
Il rejoint le Nouveau Parti anticapitaliste, le NPA, formation créée en 2009 autour de la Ligue communiste révolutionnaire et d'Olivier Besancenot. Ce parti entend rassembler différentes sensibilités de la gauche anticapitaliste autour d'une opposition au capitalisme et d'une perspective de transformation radicale de la société.
Au sein du NPA, Anasse Kazib participe au courant Révolution permanente, qui défend une orientation marxiste révolutionnaire et une stratégie politique centrée sur l'indépendance de classe, l'organisation des travailleurs et la perspective d'une révolution socialiste.
Ce courant s'inspire notamment de la tradition trotskiste et de la théorie de la révolution permanente développée par Léon Trotski.
Selon cette conception, les transformations démocratiques, sociales et économiques ne peuvent être pleinement réalisées sans une intervention politique autonome du monde du travail et sans une remise en cause des rapports de propriété capitalistes.
La révolution permanente repose également sur une conception internationaliste des luttes sociales. Elle considère que les transformations révolutionnaires ne peuvent être durablement limitées aux frontières d'un seul pays, en raison de l'interdépendance des économies et des rapports de domination internationaux.
Cette orientation distingue Anasse Kazib des responsables politiques appartenant à la gauche réformiste ou sociale-démocrate, mais également de certaines formations de gauche radicale qui privilégient une transformation du capitalisme à travers les institutions existantes.
Son engagement s'affirme particulièrement lors des mobilisations contre les réformes du droit du travail et des mouvements de grève dans le secteur ferroviaire.
En 2016, il participe au mouvement contre la loi Travail, dite loi El Khomri, qui suscite une importante contestation sociale en France.
En 2018, il intervient dans le contexte de la mobilisation des cheminots contre la réforme ferroviaire portée par le gouvernement d'Édouard Philippe.
Cette réforme, qui modifie notamment le cadre juridique de la SNCF et les conditions de recrutement des nouveaux salariés, provoque plusieurs mois de grèves et de manifestations.
Anasse Kazib devient alors l'une des figures syndicales médiatiquement identifiées du mouvement.
À partir de 2018, il intervient également dans l'émission Les Grandes Gueules, diffusée sur RMC, où il participe à des débats politiques et sociaux.
Cette présence médiatique lui permet d'acquérir une notoriété dépassant les cercles militants traditionnels de l'extrême gauche.
Il y défend régulièrement les revendications des travailleurs, critique les politiques économiques libérales et intervient sur les questions de racisme, de discriminations, de services publics et de rapports sociaux.
Sa participation à cette émission constitue une particularité de son parcours. Peu de militants issus des organisations trotskistes bénéficient d'une exposition régulière dans un programme radiophonique national réunissant des intervenants de sensibilités politiques très différentes.
Cette visibilité contribue à faire connaître son nom auprès d'un public qui ne fréquente pas nécessairement les organisations syndicales ou révolutionnaires.
En 2021, des divergences stratégiques et organisationnelles conduisent à la rupture entre le courant Révolution permanente et le Nouveau Parti anticapitaliste.
Révolution permanente devient alors une organisation politique indépendante, dont Anasse Kazib constitue l'une des principales figures publiques.
Cette séparation traduit des désaccords sur la stratégie révolutionnaire, les alliances politiques et les modalités de construction d'une organisation communiste indépendante.
Le mouvement revendique une orientation trotskiste, anticapitaliste et internationaliste, avec une attention particulière portée à l'organisation des travailleurs, aux mobilisations de la jeunesse et aux luttes contre les discriminations.
Anasse Kazib devient l'un des porte-parole les plus visibles de cette nouvelle formation.
À l'approche de l'élection présidentielle de 2022, il annonce sa volonté de présenter sa candidature au nom de Révolution permanente.
Cette démarche vise notamment à donner une visibilité nationale à son organisation et à défendre un programme communiste révolutionnaire distinct de celui des autres formations de gauche.
Sa candidature se heurte cependant aux règles institutionnelles françaises. Pour participer officiellement à l'élection présidentielle, un prétendant doit obtenir au moins 500 présentations d'élus répondant aux conditions fixées par la législation électorale.
Anasse Kazib ne parvient pas à réunir le nombre nécessaire de parrainages.
Il ne figure donc pas parmi les candidats officiellement retenus pour l'élection présidentielle de 2022 et ne participe pas au scrutin.
Il est important de distinguer cette tentative de candidature d'une participation électorale effective. Contrairement à Nathalie Arthaud, candidate officielle de Lutte ouvrière, Anasse Kazib ne dispose d'aucun résultat électoral personnel à l'élection présidentielle de 2022.
Cet épisode met néanmoins en lumière les difficultés rencontrées par les petites organisations politiques pour accéder à la compétition présidentielle.
Le système des 500 parrainages, conçu pour encadrer l'accès à l'élection et éviter la multiplication des candidatures dépourvues de soutien institutionnel, fait régulièrement l'objet de critiques de la part de formations minoritaires.
Celles-ci considèrent que ce dispositif peut limiter la représentation de certains courants politiques, notamment lorsqu'ils ne disposent pas d'un réseau important d'élus locaux.
Pour Révolution permanente, la campagne de 2022 constitue donc essentiellement une opération de mobilisation militante et de visibilité politique.
Sur le plan idéologique, Anasse Kazib revendique une conception révolutionnaire du communisme, fondée sur une lecture marxiste des rapports économiques et sociaux.
Il considère que le capitalisme repose sur une contradiction fondamentale entre les propriétaires des moyens de production et les travailleurs qui produisent les richesses.
Selon cette analyse, les inégalités sociales, les crises économiques et la précarité ne constituent pas de simples dysfonctionnements du système, mais découlent de son organisation même.
Il défend ainsi une transformation radicale des rapports de propriété, une remise en cause du pouvoir économique des grandes entreprises et une organisation de la production fondée sur les besoins collectifs plutôt que sur la recherche du profit privé.
Cette perspective se distingue des programmes de la gauche réformiste, qui cherchent principalement à corriger les inégalités par la fiscalité, les services publics et la redistribution.
Anasse Kazib considère que ces mécanismes, même lorsqu'ils permettent des améliorations sociales, ne suffisent pas à supprimer les rapports de domination économique.
Il revendique donc une transformation révolutionnaire de la société, reposant sur l'organisation collective des travailleurs et leur capacité à prendre le contrôle des principaux secteurs de l'économie.
Cette orientation se traduit par une défense constante des mouvements de grève, des mobilisations syndicales et des revendications salariales.
Révolution permanente défend notamment l'augmentation générale des salaires, la protection de l'emploi, l'interdiction des licenciements et le contrôle des entreprises par les travailleurs.
Le mouvement revendique également une réduction du temps de travail et une répartition de l'activité professionnelle permettant de lutter contre le chômage.
Sur la question des retraites, il défend le retour à un âge légal de départ à 60 ans, avec des dispositions plus favorables pour les professions pénibles.
Cette approche s'inscrit dans une tradition communiste révolutionnaire qui considère que les conquêtes sociales résultent principalement des mobilisations collectives et des rapports de force entre les salariés et les détenteurs du capital.
Anasse Kazib accorde également une place importante aux questions de racisme et de discriminations.
Son parcours personnel et son engagement politique l'amènent à dénoncer les inégalités auxquelles sont confrontées certaines populations issues de l'immigration, notamment dans l'accès à l'emploi, au logement et aux services publics.
Il défend une conception internationaliste de la solidarité entre les travailleurs et considère que les divisions fondées sur les origines nationales, ethniques ou religieuses peuvent contribuer à affaiblir les mobilisations sociales.
Son discours s'oppose ainsi aux orientations nationalistes et identitaires de l'extrême droite française.
Il considère que les difficultés économiques rencontrées par les catégories populaires ne peuvent être imputées aux populations immigrées, mais doivent être analysées à travers les rapports de production et les choix économiques.
Cette position s'inscrit dans la tradition internationaliste du mouvement communiste révolutionnaire.
Sur le plan international, Anasse Kazib défend une critique de l'impérialisme et des interventions militaires des grandes puissances.
Il considère que les rivalités géopolitiques doivent être examinées à travers les intérêts économiques, les rapports de domination et les stratégies des États.
Il revendique une solidarité avec les peuples confrontés à l'occupation, à la domination coloniale ou aux politiques de répression.
La question palestinienne occupe une place importante dans ses interventions publiques et dans celles de Révolution permanente.
Le mouvement soutient les droits nationaux du peuple palestinien et dénonce la politique menée par les autorités israéliennes dans les territoires palestiniens.
Cette orientation s'inscrit dans une lecture anticolonialiste et internationaliste des relations internationales.
Anasse Kazib se distingue également par son rapport à la jeunesse militante.
Révolution permanente développe une présence dans les mobilisations étudiantes, les mouvements sociaux et les campagnes de solidarité internationale.
Le mouvement cherche à établir des liens entre les revendications du monde du travail et celles des jeunes confrontés à la précarité, aux difficultés d'accès à l'emploi et aux inégalités sociales.
Cette stratégie repose sur l'idée que les transformations révolutionnaires nécessitent une convergence entre les différentes catégories de salariés, les étudiants et les populations confrontées à des situations de domination économique.
Sur le plan de l'organisation politique, Révolution permanente défend la construction d'un parti révolutionnaire indépendant des formations gouvernementales traditionnelles.
Le mouvement considère que les alliances électorales avec des organisations réformistes peuvent conduire à abandonner les objectifs fondamentaux de transformation du système économique.
Cette conception explique les divergences importantes qui existent entre Révolution permanente et La France insoumise.
Si les deux organisations partagent certaines critiques du libéralisme économique et certaines revendications sociales, elles ne poursuivent pas les mêmes objectifs institutionnels et économiques.
La France insoumise défend une transformation profonde de l'organisation économique à travers l'intervention publique, la planification écologique, la redistribution et une réforme des institutions.
Révolution permanente considère pour sa part que les contradictions du capitalisme ne peuvent être résolues sans une transformation révolutionnaire des rapports de propriété et du pouvoir politique.
Cette différence idéologique constitue un élément central pour comprendre la place d'Anasse Kazib dans le paysage politique français.
Il appartient à une tradition militante qui refuse de considérer les élections comme le principal instrument de transformation sociale.
Pour lui, les campagnes électorales constituent avant tout des occasions de faire connaître les revendications révolutionnaires, de développer l'organisation militante et de diffuser une critique du capitalisme.
Cette conception explique pourquoi Révolution permanente accorde une importance particulière aux mobilisations dans les entreprises, aux conflits sociaux et aux mouvements de jeunesse.
En juin 2026, Anasse Kazib annonce une nouvelle démarche de candidature dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
Cette initiative s'inscrit dans la continuité de sa tentative de 2022 et traduit la volonté de Révolution permanente de disposer d'une expression politique autonome dans la compétition présidentielle.
Sa participation effective au scrutin demeure toutefois conditionnée à l'obtention des 500 parrainages nécessaires et à la validation de sa candidature par les autorités compétentes.
Son parcours présente plusieurs particularités dans le paysage politique français.
Il est issu d'un milieu ouvrier, exerce une profession dans le secteur ferroviaire, possède une expérience syndicale et revendique une orientation communiste révolutionnaire.
Sa notoriété s'est construite à la fois dans les mobilisations sociales, les organisations politiques d'extrême gauche et les médias nationaux.
Cette combinaison entre activité professionnelle, engagement syndical, militantisme révolutionnaire et présence médiatique le distingue de nombreux responsables politiques traditionnels.
Elle le rapproche également d'une tradition historique du mouvement ouvrier français, dans laquelle les représentants politiques revendiquent leur appartenance directe au monde du travail.
Son itinéraire illustre par ailleurs les transformations contemporaines du militantisme d'extrême gauche.
Alors que les grandes organisations révolutionnaires du XXe siècle s'appuyaient principalement sur les entreprises industrielles, les syndicats et les structures partisanes, les mouvements contemporains doivent également composer avec les réseaux sociaux, les nouveaux modes de communication et les transformations sociologiques du salariat.
Révolution permanente cherche ainsi à articuler une tradition idéologique issue du marxisme révolutionnaire avec les outils de communication et les formes de mobilisation du XXIe siècle.
Cette évolution permet à des militants comme Anasse Kazib de bénéficier d'une visibilité publique sans disposer nécessairement d'une représentation parlementaire ou d'un appareil politique comparable à celui des grandes formations nationales.
Elle ne garantit cependant pas une traduction électorale de cette notoriété.
L'absence de participation officielle à l'élection présidentielle de 2022 ne permet pas de mesurer directement son audience électorale personnelle à l'échelle nationale.
À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, Anasse Kazib demeure ainsi une figure identifiée du communisme révolutionnaire français, dont l'influence s'exerce principalement à travers le militantisme, les mobilisations sociales et la communication politique.
Son parcours permet d'observer la permanence d'un courant trotskiste qui continue de défendre la nécessité d'une transformation révolutionnaire de la société, malgré les mutations économiques, sociales et politiques intervenues depuis la fin du XXe siècle.
Il témoigne également de la diversité des sensibilités présentes à gauche du paysage politique français, entre social-démocratie, gauche réformiste, gauche radicale et communisme révolutionnaire.
De ses premières mobilisations contre le CPE à son engagement syndical dans le secteur ferroviaire, de sa participation au Nouveau Parti anticapitaliste à la construction de Révolution permanente, Anasse Kazib a progressivement développé une identité politique fondée sur l'indépendance de classe, l'anticapitalisme et l'internationalisme.
Son parcours illustre finalement la volonté d'une nouvelle génération de militants révolutionnaires de maintenir une expression politique autonome, tout en cherchant à adapter les formes d'organisation et de communication aux réalités sociales contemporaines.
Anasse Kazib incarne ainsi une tradition politique qui considère que les transformations fondamentales de la société ne peuvent résulter de la seule alternance électorale, mais nécessitent une mobilisation collective du monde du travail et une remise en cause des structures économiques du capitalisme.
MON REGARD SUR ANASSE KAZIB
Anasse Kazib, l'anticapitalisme révolutionnaire face aux contradictions de son époque.
Anasse Kazib, que j'ai eu l'occasion de recevoir à la radio France Maghreb 2, appartient à cette génération de militants issus des quartiers populaires qui ont fait de la lutte contre les inégalités sociales et l'exploitation économique le fondement de leur engagement politique. Français d'origine marocaine, né à Sarcelles, cheminot de profession et syndicaliste engagé, il représente assez fidèlement ce que l'on pourrait appeler un pur produit de l'extrême gauche révolutionnaire française.
Son parcours possède une certaine cohérence. Issu d'un milieu ouvrier, il a construit son engagement autour de la défense des salariés, de la dénonciation des rapports de domination économique et de son opposition à un capitalisme ultralibéral dont il considère qu'il constitue la principale source des injustices sociales.
Il serait évidemment injuste de contester la légitimité de ce combat. Défendre les travailleurs, dénoncer les inégalités, combattre la précarité et revendiquer une meilleure répartition des richesses constituent des engagements qui méritent d'être entendus, quelles que soient les divergences idéologiques que l'on peut entretenir avec ceux qui les portent.
Mais, comme pour Nathalie Arthaud et Lutte ouvrière, la question qui se pose est celle de l'adéquation entre cette lecture révolutionnaire de la société et les réalités économiques, sociales et géopolitiques du XXIe siècle.
Car le monde a profondément changé.
En 1989, la chute du mur de Berlin symbolisait l'effondrement des espoirs placés dans le modèle communiste soviétique. Deux ans plus tard, en décembre 1991, l'Union soviétique disparaissait officiellement, entraînant avec elle la désagrégation d'un système politique, économique et idéologique qui avait structuré une grande partie du XXe siècle.
Depuis, les expériences communistes encore existantes ont elles-mêmes profondément évolué.
La Chine, tout en conservant le monopole politique du Parti communiste, a progressivement intégré les mécanismes de l'économie de marché, développé un secteur privé considérable et construit sa puissance industrielle sur une articulation singulière entre intervention de l'État, planification stratégique et capitalisme.
Cuba, autrefois présentée comme l'un des symboles de la résistance révolutionnaire au capitalisme occidental, traverse depuis des années une crise économique et sociale profonde, qui révèle les limites de son modèle de développement.
Quant à la Corée du Nord, elle constitue difficilement une référence susceptible de susciter l'adhésion de populations attachées aux libertés publiques, au pluralisme politique et à la démocratie.
Autrement dit, le modèle communiste tel qu'il fut présenté pendant une grande partie du siècle dernier a largement perdu sa capacité à incarner une alternative crédible et universelle au capitalisme.
Cela ne signifie évidemment pas que le capitalisme aurait triomphé de toutes ses contradictions. Les inégalités de patrimoine, la concentration des richesses, la financiarisation de l'économie et la précarisation de certaines catégories de travailleurs démontrent quotidiennement que les critiques adressées au système économique dominant conservent toute leur pertinence.
Mais dénoncer les défaillances du capitalisme ne suffit pas à démontrer la viabilité du modèle destiné à le remplacer.
C'est précisément dans cette contradiction que me semble se situer Anasse Kazib.
Son discours politique demeure profondément attaché à une lecture révolutionnaire des rapports économiques, dans laquelle l'émancipation des travailleurs passe nécessairement par une rupture radicale avec le système capitaliste.
Or, cette perspective apparaît aujourd'hui décalée par rapport aux transformations considérables des sociétés contemporaines, aux nouvelles aspirations des salariés et à la complexité croissante des économies mondialisées.
À cette difficulté idéologique vient s'ajouter une autre contradiction, cette fois purement politique.
Anasse Kazib a déjà connu une rupture avec le Nouveau Parti anticapitaliste, dont il était issu avant de participer à la constitution de Révolution permanente. Cette séparation illustre les divergences qui traversent depuis longtemps les organisations de l'extrême gauche française, souvent divisées sur leurs stratégies, leurs méthodes d'action et leurs conceptions de la révolution.
En 2022, il avait déjà tenté de participer à l'élection présidentielle, sans parvenir à réunir les 500 signatures nécessaires. Il envisage désormais une nouvelle candidature pour 2027, alors même que sa formation politique demeure extrêmement minoritaire dans le paysage électoral français.
Il faut d'ailleurs rappeler qu'il ne s'agirait pas de sa deuxième participation effective à une présidentielle, puisqu'il n'avait pas pu être candidat officiellement en 2022, mais de sa deuxième tentative de candidature.
La question que je me pose est donc simple : quelle est la finalité politique réelle de cette démarche ?
S'agit-il de défendre un programme révolutionnaire devant les électeurs, de construire une organisation militante plus visible ou de participer véritablement à une recomposition des rapports de force politiques ?
Car, au regard de l'audience électorale des organisations trotskistes et de la faiblesse de l'implantation institutionnelle de Révolution permanente, il me paraît difficile d'imaginer qu'une telle candidature puisse, à elle seule, transformer les équilibres politiques nationaux.
Il serait naturellement hasardeux de lui attribuer à l'avance un résultat électoral précis. Mais les difficultés rencontrées en 2022 pour obtenir les parrainages et l'absence d'une base électorale nationale significative constituent des éléments objectifs qui invitent à interroger cette stratégie.
Et c'est ici que mon désaccord devient fondamental.
Dans une élection présidentielle organisée selon un scrutin majoritaire à deux tours, la multiplication des candidatures appartenant à des familles politiques voisines peut contribuer à disperser les suffrages du premier tour. Cette dispersion n'entraîne pas mécaniquement la défaite d'un camp, car les électeurs ne sont pas interchangeables, mais elle peut compliquer les stratégies de rassemblement.
Anasse Kazib aurait, à mon sens, davantage intérêt à rechercher un accord politique avec des formations disposant d'une implantation électorale plus importante, notamment La France insoumise ou certaines composantes de l'écologie politique.
Je n'ignore évidemment pas les différences doctrinales considérables qui séparent Révolution permanente de ces organisations. Mais la politique suppose également de distinguer les objectifs idéologiques de long terme des rapports de force immédiats.
Or, l'enjeu de l'élection présidentielle de 2027 ne peut être dissocié de la place prise par le Rassemblement national dans la vie politique française.
C'est précisément ce qui devrait conduire les formations de gauche à s'interroger sur les conséquences de leurs divisions.
À quoi sert de multiplier les candidatures révolutionnaires si celles-ci ne permettent ni d'accéder au second tour, ni de construire un rassemblement suffisamment large pour peser sur les orientations politiques du pays ?
Il me revient ici cette expression d'« idiot utile », régulièrement attribuée à Lénine, même si aucune source historique suffisamment solide ne permet d'en confirmer la paternité.
Au-delà de cette attribution incertaine, l'expression désigne une situation politique particulière, celle dans laquelle un acteur peut, sans le vouloir et parfois sans même en mesurer les conséquences, contribuer à renforcer les intérêts de ceux qu'il prétend combattre.
C'est le paradoxe que je vois dans la stratégie d'Anasse Kazib.
En revendiquant une indépendance révolutionnaire absolue, il pourrait contribuer à entretenir la fragmentation d'une gauche qui peine déjà à construire une stratégie commune. Cette fragmentation peut, selon les configurations électorales, bénéficier à ses adversaires politiques.
Je ne prétends pas que les électeurs susceptibles de soutenir Anasse Kazib se reporteraient automatiquement sur Jean-Luc Mélenchon ou sur un candidat écologiste. Mais je considère qu'une démarche de rassemblement, fondée sur un programme commun limité à certaines priorités sociales et démocratiques, mériterait d'être examinée avant de privilégier une nouvelle candidature de témoignage.
L'histoire des mouvements révolutionnaires est traversée par cette contradiction permanente entre la fidélité à une doctrine et la nécessité de construire des alliances.
Et il arrive un moment où la préservation de l'identité politique d'une organisation peut devenir un obstacle à la réalisation des objectifs qu'elle prétend défendre.
Pour ma part, je considère qu'Anasse Kazib devrait renoncer à cette nouvelle tentative présidentielle et engager une réflexion sur les possibilités de convergence avec les autres formations de gauche.
Il ne s'agirait pas de lui demander d'abandonner ses convictions, encore moins de renoncer à son engagement syndical et anticapitaliste, mais de mesurer les conséquences stratégiques de ses choix.
Car le danger politique que je considère aujourd'hui comme prioritaire n'est pas simplement celui d'une nouvelle victoire de la droite traditionnelle.
C'est celui de l'accession de l'extrême droite au pouvoir.
Et face à cette perspective, je crois que les formations qui prétendent défendre les travailleurs, les catégories populaires et les libertés démocratiques devraient s'interroger sur leur capacité à dépasser leurs divisions.
Anasse Kazib a construit sa légitimité militante dans les luttes sociales, dans les mobilisations ouvrières et dans la défense de ceux qui subissent les difficultés économiques. Cet engagement mérite d'être reconnu.
Mais il reste à démontrer que sa stratégie présidentielle constitue le prolongement le plus efficace de ce combat.
Car la fidélité à une révolution que l'on espère ne doit pas empêcher de comprendre les réalités politiques du présent. Et vouloir combattre un système ne suffit pas si les choix stratégiques que l'on adopte contribuent, même involontairement, à préserver les rapports de force que l'on dénonce.
Gamal Abina
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Nom : ARTHAUD
Prénoms : Nathalie Yvonne Thérèse
Date de naissance : 23 février 1970
Lieu de naissance : Peyrins, Drôme, France
Âge : 56 ans
Nationalité : Française
Origines familiales : Nathalie Arthaud grandit dans un milieu familial modeste de la Drôme. Son père exerce la profession de garagiste et sa mère travaille dans la comptabilité. Elle est également petite-fille d'agriculteurs.
Formation scolaire et universitaire : Elle poursuit une partie de ses études secondaires à Lyon, notamment au lycée Lumière, dans une filière sport-études consacrée au volley-ball. Elle fréquente ensuite les classes préparatoires du lycée du Parc à Lyon. Elle réussit le concours du CAPET, certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique, puis celui de l'agrégation d'économie et gestion. Les dates d'obtention de ces concours ne sont pas précisément établies dans les sources publiques consultées.
Expérience professionnelle : Enseignante de l'Éducation nationale, Nathalie Arthaud exerce notamment dans les établissements de Rillieux-la-Pape et de Villeurbanne, dans la région lyonnaise. À partir de 2011, elle enseigne au lycée Le Corbusier d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, dans les disciplines économiques et de gestion. Elle a conservé son activité professionnelle parallèlement à ses responsabilités politiques et à ses campagnes électorales.
Parti politique : Lutte ouvrière, généralement désigné par le sigle LO.
Adhésion : 1988, à l'âge de 18 ans.
Fonction principale : Porte-parole nationale de Lutte ouvrière depuis décembre 2008, succédant à Arlette Laguiller dans cette fonction.
Courant politique : Extrême gauche communiste révolutionnaire, de tradition trotskiste et internationaliste.
Fondements idéologiques : Lutte ouvrière se réclame du marxisme révolutionnaire et de l'héritage politique de Léon Trotski. Le parti considère que les rapports sociaux sont structurés par l'opposition entre les propriétaires des moyens de production et les travailleurs salariés.
Contrairement aux formations politiques qui entendent réformer progressivement le capitalisme, Lutte ouvrière défend son dépassement révolutionnaire. Son objectif déclaré est la transformation des rapports de propriété et l'organisation de la production sous le contrôle collectif des travailleurs.
L'organisation se réfère à la révolution russe de 1917, tout en rejetant le stalinisme et la bureaucratisation de l'Union soviétique. Elle revendique l'internationalisme prolétarien et considère que les intérêts fondamentaux des travailleurs dépassent les frontières nationales.
Sur le plan économique, Lutte ouvrière défend notamment l'expropriation des grandes entreprises capitalistes et des banques, le contrôle des travailleurs sur les comptes des entreprises, l'interdiction des licenciements et l'augmentation générale des salaires.
Sur le plan institutionnel, elle critique le fonctionnement des institutions de la Ve République, qu'elle considère comme des instruments de préservation de l'ordre social capitaliste. Sa participation aux élections est principalement conçue comme un moyen de faire connaître ses idées et de défendre les revendications du monde du travail.
L'engagement politique de Nathalie Arthaud prend forme durant son adolescence, dans les années 1980. Sensibilisée aux inégalités sociales et aux questions internationales, elle connaît une première expérience militante au sein de la Jeunesse communiste, avant de rejoindre Lutte ouvrière en 1988.
Elle s'inscrit alors dans la tradition du militantisme trotskiste français, qui privilégie l'organisation des travailleurs et l'intervention politique dans les entreprises et les milieux populaires.
Pendant près de vingt ans, elle poursuit son engagement au sein de Lutte ouvrière avant d'accéder à une visibilité politique nationale. En 2007, elle participe à la campagne présidentielle d'Arlette Laguiller en qualité de porte-parole. L'année suivante, elle est élue conseillère municipale de Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, sur une liste conduite par le Parti communiste français. Elle exerce ce mandat jusqu'en 2014.
En décembre 2008, elle devient porte-parole nationale de Lutte ouvrière, prenant la succession d'Arlette Laguiller, qui avait incarné le mouvement pendant plusieurs décennies et participé à six élections présidentielles entre 1974 et 2007.
2012 0,56 %
Suffrages exprimés
2017 0,64 %
Suffrages exprimés
2022 0,56 %
Suffrages exprimés
Nathalie Arthaud est candidate à l'élection présidentielle en 2012, 2017 et 2022. Ses trois campagnes sont construites autour de la défense du monde du travail, de la dénonciation de l'exploitation capitaliste et de la nécessité, selon elle, d'une transformation révolutionnaire de la société.
Elle refuse traditionnellement de donner une consigne de soutien aux candidats des partis de gouvernement au second tour et revendique son choix personnel de voter blanc.
Parallèlement, elle conduit plusieurs listes aux élections européennes, régionales et municipales, et participe à des élections législatives. Ces candidatures lui permettent de maintenir une présence régulière dans le débat politique national.
Le 8 décembre 2025, Nathalie Arthaud annonce officiellement sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, à l'issue d'un congrès de Lutte ouvrière.
Il s'agit de sa quatrième candidature présidentielle consécutive. Elle entend défendre une campagne communiste, révolutionnaire et internationaliste, centrée sur les intérêts des travailleurs, la hausse des rémunérations, la lutte contre les licenciements et la contestation du système capitaliste.
Sa candidature est déclarée, mais elle reste soumise à la procédure de validation officielle, notamment au recueil des 500 parrainages.
4. MON REGARD SUR NATHALIE ARTHAUD.
Nathalie Arthaud, une révolutionnaire prisonnière du siècle dernier ?
Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, appartient à cette famille politique de l'extrême gauche française qui revendique sans ambiguïté son anticapitalisme, son engagement révolutionnaire et sa fidélité à la classe ouvrière. Ces formations doivent être considérées pour ce qu'elles sont, des organisations profondément attachées à une lecture marxiste des rapports sociaux, dont les militants défendent avec une constance certaine les intérêts du monde du travail.
Il serait injuste de contester la sincérité de cet engagement. Nathalie Arthaud cultive une proximité réelle avec les catégories populaires, et son parcours professionnel d'enseignante contribue à la distinguer d'une grande partie du personnel politique traditionnel. Elle n'est pas issue de ces cercles de pouvoir où l'on passe des grandes écoles aux cabinets ministériels avant d'entreprendre une carrière électorale. Elle appartient à une tradition militante dans laquelle la politique se présente d'abord comme un combat collectif.
Mais c'est précisément là que commence, selon moi, le problème.
Car cette fidélité idéologique s'accompagne d'une lecture des rapports économiques et sociaux qui semble parfois appartenir à un autre siècle. Lutte ouvrière continue de construire l'essentiel de son discours autour de la lutte des classes, comme si les structures du monde du travail étaient demeurées celles de la grande industrie du XXe siècle.
Or, le XXIe siècle a consacré, particulièrement en Occident, la domination du secteur tertiaire dans l'emploi salarié. Les employés du commerce, les personnels administratifs, les travailleurs de la santé, de l'éducation, des transports, de la logistique ou encore des services numériques constituent désormais une part considérable du monde du travail.
Certes, ces salariés n'échappent ni à l'exploitation économique, ni à la précarité, ni à la pénibilité. Certains subissent même des conditions particulièrement difficiles. Mais leurs réalités professionnelles, leurs aspirations, leurs modes d'organisation et leurs rapports au travail ne se confondent plus nécessairement avec ceux des ouvriers des grandes concentrations industrielles du siècle dernier.
Cette mutation profonde aurait dû conduire les organisations révolutionnaires à repenser leur discours, leurs catégories d'analyse et leurs stratégies politiques. Au lieu de cela, Lutte ouvrière semble parfois enfermée dans une représentation presque immuable de la société, où les antagonismes contemporains sont systématiquement interprétés à travers les grilles de lecture héritées de l'industrialisation.
Nathalie Arthaud cultive également l'image d'une femme du peuple, travailleuse, accessible, dotée d'un franc-parler populaire qui peut susciter une certaine sympathie. Pourtant, cette sympathie ne se traduit pratiquement jamais dans les urnes. Ses résultats aux élections présidentielles demeurent systématiquement inférieurs à 1 % des suffrages exprimés.
Mais le véritable sujet qui mérite, à mes yeux, d'être interrogé ne réside pas uniquement dans cette faiblesse électorale.
Il concerne un phénomène beaucoup plus intéressant, celui de sa capacité répétée à réunir les fameuses 500 signatures indispensables pour participer à l'élection présidentielle.
Comment une formation politique qui dispose d'une audience électorale aussi réduite, d'une représentation institutionnelle extrêmement limitée et de si peu d'élus parvient-elle, à chaque échéance présidentielle, à franchir cet obstacle que d'autres personnalités politiques, parfois beaucoup plus visibles, ne réussissent pas à surmonter ?
La question mérite d'être posée.
Car le parrainage présidentiel n'est pas nécessairement l'expression d'une adhésion politique. Un élu peut parfaitement parrainer un candidat sans partager ses convictions, simplement parce qu'il considère légitime que celui-ci participe au débat démocratique. C'est d'ailleurs l'une des justifications de ce dispositif institutionnel.
Mais il serait également naïf d'ignorer que les stratégies électorales peuvent intégrer la multiplication des candidatures concurrentes.
Je m'interroge donc sur l'origine politique de ces parrainages. Quelle proportion provient d'élus de droite, de gauche ou sans étiquette ? Existe-t-il une logique de pluralisme démocratique ou certaines formations trouvent-elles un intérêt stratégique à favoriser la présence de candidatures susceptibles de disperser les suffrages de leurs adversaires ?
Je n'affirme pas que la droite organise les parrainages de Nathalie Arthaud. Une telle hypothèse demanderait une démonstration fondée sur l'examen précis des signatures publiées par le Conseil constitutionnel. Mais la question des intérêts politiques que peut servir la multiplication des candidatures mérite incontestablement d'être étudiée.
L'histoire politique française a montré à plusieurs reprises que la fragmentation d'un camp pouvait bénéficier à ses adversaires. Les stratégies consistant à exploiter les divisions internes, à encourager certaines rivalités ou à tirer profit de la présence de formations concurrentes ne constituent pas une nouveauté dans la vie politique.
Dès lors, comment ne pas s'interroger sur les conséquences électorales de la présence répétée d'une candidature révolutionnaire qui ne recueille qu'une fraction infime des suffrages ?
L'autre contradiction fondamentale réside dans le projet de société défendu par Nathalie Arthaud.
Lutte ouvrière entend dépasser le capitalisme, transformer les rapports de propriété et substituer à l'organisation économique actuelle un système reposant sur le contrôle collectif des moyens de production. Cette ambition s'inscrit dans une tradition communiste qui a profondément marqué l'histoire politique contemporaine.
Mais cette tradition ne peut être dissociée des expériences historiques qui ont prétendu s'en réclamer.
Le communisme d'État du XXe siècle a connu des échecs économiques, des dérives bureaucratiques et, dans plusieurs pays, des formes particulièrement sévères d'autoritarisme. Il serait certes intellectuellement contestable de confondre mécaniquement le trotskisme revendiqué par Lutte ouvrière avec le stalinisme, auquel cette organisation s'oppose historiquement. Mais cette distinction ne dispense pas Nathalie Arthaud d'expliquer comment le système qu'elle propose éviterait les impasses rencontrées par les expériences communistes passées.
Déconstruire un ordre économique et social est une ambition politique. Démontrer que celui qui doit lui succéder serait plus efficace, plus démocratique et plus respectueux des libertés individuelles en est une autre.
Et c'est précisément sur ce terrain que le discours révolutionnaire de Lutte ouvrière me paraît insuffisamment convaincant.
Reste enfin la question essentielle de sa participation à l'élection présidentielle de 2027.
Si sa candidature est validée, Nathalie Arthaud participera pour la quatrième fois consécutive à cette compétition électorale. Elle défendra une nouvelle fois un programme dont les fondements idéologiques demeurent remarquablement constants, malgré les transformations considérables de la société française.
Mais dans un contexte de fragmentation des forces politiques, cette candidature pose une question stratégique.
À force de vouloir préserver une pureté doctrinale, ne risque-t-on pas de contribuer indirectement au maintien des rapports de force que l'on prétend combattre ?
C'est ici que me vient à l'esprit l'expression de l'« idiot utile », souvent attribuée à Lénine, même si cette attribution historique demeure incertaine. Elle désigne une personne ou une organisation dont l'action finit par servir, parfois malgré elle, les intérêts d'un camp auquel elle entend précisément s'opposer.
Je crains que Nathalie Arthaud, en persistant dans une candidature dont les résultats électoraux demeurent extrêmement faibles, ne contribue à une dispersion supplémentaire des voix de gauche, susceptible de profiter à la droite ou à l'extrême droite.
Cette analyse ne signifie évidemment pas que les électeurs de Lutte ouvrière se reporteraient automatiquement sur une autre candidature de gauche. Les comportements électoraux sont plus complexes et les différences idéologiques entre les formations ne peuvent être ignorées. Mais la question de l'efficacité politique mérite d'être posée à celles et ceux qui prétendent transformer la société.
À quoi sert une candidature révolutionnaire si elle ne parvient ni à construire une force électorale significative, ni à peser véritablement sur les institutions, ni à modifier durablement les rapports de force politiques ?
Pour ma part, je considère que Nathalie Arthaud devrait renoncer à cette nouvelle candidature et envisager un soutien à Jean-Luc Mélenchon, dont La France insoumise représente une force électorale bien plus importante au sein de la gauche radicale.
Je mesure parfaitement la distance idéologique qui sépare les deux formations. Lutte ouvrière ne partage ni la stratégie institutionnelle ni l'ensemble des orientations de La France insoumise. Mais il arrive un moment où la question de l'efficacité politique doit être confrontée à celle de la fidélité doctrinale.
Car la politique ne peut pas se réduire à témoigner indéfiniment de ses convictions. Elle consiste également à construire les conditions permettant de les traduire dans les rapports de force réels.
Et c'est peut-être là que réside, à mes yeux, la principale limite de Nathalie Arthaud et de Lutte ouvrière : vouloir transformer radicalement une société dont elles peinent à intégrer pleinement les mutations, tout en participant à un jeu électoral dont elles contestent les fondements, mais dont elles peuvent paradoxalement contribuer à préserver les équilibres.
Gamal Abina
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Magda Goebbels, du sionisme au fanatisme nazi.
Parmi tout le panthéon nazi, un personnage très singulier se dégage de tous ces hommes. Une femme. Non pas Eva Braun, la compagne d’Adolf Hitler qui ne deviendra officiellement son épouse que le 29 avril 1945, à la veille de leur suicide dans le bunker de Berlin. Eva Braun était demeurée pendant presque toute l’existence du régime une personnalité largement cachée au peuple allemand. Mais une autre femme était devenue, elle, une véritable vedette de la propagande nazie, incarnant presque parfaitement l’image profondément conservatrice et machiste que le régime voulait donner de la femme allemande. Cette femme, c’est Magdalena Goebbels, plus connue sous son diminutif, Magda.
Mère de six enfants de son second mariage avec Joseph Goebbels, et de sept enfants au total si l’on ajoute Harald, né de son premier mariage avec l’industriel Günther Quandt, Magda Goebbels réunit à elle seule certaines des contradictions les plus saisissantes de l’Allemagne des années 1920 et 1930. Elle finira par devenir probablement la figure féminine la plus emblématique de l’entourage immédiat d’Adolf Hitler et du NSDAP, le Parti national socialiste des travailleurs allemands. Son parcours est pourtant tout sauf rectiligne.
Dans une trajectoire que l’on pourrait qualifier de parcours en dents de scie, elle passe une partie de sa jeunesse auprès d’un beau père juif allemand, Richard Friedländer, dont elle portera d’ailleurs le nom. Plus étonnant encore lorsqu’on connaît la suite de son histoire, la jeune Magda fréquente des milieux sionistes et entretient une relation sentimentale avec Viktor Arlosoroff, qui deviendra par la suite l’une des grandes personnalités du mouvement sioniste travailliste en Palestine mandataire. Richard Friedländer, son beau père, sera quant à lui arrêté après l’arrivée des nazis au pouvoir et mourra à Buchenwald en 1939.
Puis Magda épouse en 1921 Günther Quandt, qui n’est pas juif contrairement à ce qui est parfois affirmé, mais l’un des grands industriels allemands de son époque. Elle n’a que 19 ans, lui en a 40. De cette union naît Harald Quandt en novembre 1921. Le couple divorce finalement en 1929. Quelques années plus tard, elle va pourtant épouser l’une des personnalités les plus fanatiquement antisémites du IIIe Reich, Joseph Goebbels. Voilà toute l’énigme Magda. Une radicalité antisémite qui ne correspond absolument pas aux premières années de sa vie.
Ce que beaucoup ignorent en effet, c’est que l’environnement juif n’a jamais constitué initialement un problème pour elle. Bien au contraire. Sa relation avec Viktor Arlosoroff la rapproche du mouvement sioniste. Certaines biographies rapportent qu’elle porte alors une étoile de David autour du cou et envisage même un départ pour la Palestine. Arlosoroff, lui, poursuivra effectivement cette destinée et deviendra une personnalité importante du mouvement sioniste avant d’être assassiné à Tel Aviv en 1933.
Comment cette femme issue d'une culture chrétienne, élevée en partie par un beau père juif, proche pendant sa jeunesse du sionisme, a t elle pu basculer quelques années plus tard dans l’antisémitisme le plus radical ? Pour essayer de répondre à cette question, il faut aussi comprendre les circonstances, les turpitudes de sa vie personnelle et surtout les bouleversements considérables traversés par l’Allemagne de Weimar.
L’Allemagne des années 1920 est un pays traumatisé par la défaite de 1918, secoué par les conséquences du traité de Versailles, l’instabilité politique, l’hyperinflation de 1923, les affrontements entre mouvements révolutionnaires et nationalistes, puis par la catastrophe économique provoquée à partir de 1929 par la Grande Dépression. Chômage massif, déclassement, peur de l’avenir, effondrement de certaines fortunes et radicalisation politique créent un formidable terrain pour tous ceux qui cherchent des responsables. Et lorsque des sociétés entières ne vont plus très bien, elles finissent parfois par chercher quelqu’un qui ira encore plus mal qu’elles. Un bouc émissaire. Dans l’Allemagne nazie, ce bouc émissaire sera d’abord le Juif.
Après son divorce, Magda commence à fréquenter les réunions politiques et les salles où s’expriment les mouvements nationalistes et völkisch. Elle découvre alors le NSDAP et assiste en 1930 à un discours de Joseph Goebbels. Elle est fascinée. Goebbels est un homme de petite taille, handicapé par une déformation du pied droit, mais il possède incontestablement quelque chose de particulier. Une extraordinaire capacité à parler aux foules, à transformer la frustration en colère et la colère en adhésion politique. Il est probablement, après Hitler, l’un des plus redoutables orateurs du mouvement nazi. Magda tombe sous son charme.
Ils se marient le 19 décembre 1931. Adolf Hitler est témoin du mariage. Il est d’ailleurs difficile de ne pas s’interroger sur les sentiments que Magda éprouvait elle même pour Hitler. La proximité entre eux était réelle et Magda développera progressivement une véritable fascination pour le Führer. On peut même se demander si son mariage avec Goebbels ne lui permettait pas également d’occuper cette place symbolique qu’Hitler, célibataire aux yeux de l’opinion allemande, ne pouvait offrir à aucune femme.
Car la chose la plus fascinante dans son histoire reste ce passage d’une proximité avec le judaïsme et le sionisme à l’antisémitisme radical. Des difficultés personnelles, une crise économique gigantesque, la radicalisation nationale, le besoin d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi, puis la fascination pour des personnalités charismatiques peuvent fabriquer des transformations idéologiques que l’on aurait cru impossibles quelques années auparavant. Lorsque l’on ne va pas très bien, on cherche parfois quelqu’un que l’on pourra considérer comme inférieur à soi pour reconstruire artificiellement sa propre estime. C’est précisément ce mécanisme que le nazisme saura exploiter à une échelle industrielle.
Cette soudaine fièvre nationaliste, cette radicalisation raciale et cet amour presque mystique pour Adolf Hitler permettent en partie de comprendre le revirement de Magda Goebbels. Mais il existe un autre aspect essentiel. Magda devait désormais correspondre à l’image de la femme allemande voulue par le régime nazi. Une bonne mère de famille, installée dans son foyer, fidèle à son mari, entièrement consacrée à ses enfants et participant par sa maternité à l’accroissement démographique du Reich.
La politique nazie exalte effectivement la maternité allemande. Le régime créera même la Croix d’honneur de la mère allemande, récompensant les femmes considérées comme racialement conformes ayant donné naissance à de nombreux enfants. Magda Goebbels devient ainsi une extraordinaire vitrine du régime. La famille Goebbels est mise en scène par la propagande comme une sorte de famille allemande idéale. Les enfants apparaissent dans les actualités cinématographiques, les photographies et les séquences familiales. La maison, les enfants, Noël, les jeux, les promenades, le père, la mère. Une sorte de télé réalité avant l’heure. Une image d’Épinal soigneusement fabriquée pour présenter aux Allemands le bonheur supposé d’une famille nationale socialiste exemplaire.
La réalité était évidemment beaucoup moins idyllique. Joseph Goebbels était notoirement volage. Son comportement lui vaudra même le surnom de « bouc de Babelsberg », en référence aux célèbres studios de cinéma situés près de Berlin. Ministre de la Propagande contrôlant également l’industrie cinématographique allemande, il multipliait les liaisons avec des actrices. La plus célèbre fut celle qu’il entretint avec l’actrice tchèque Lída Baarová. La crise devint suffisamment grave pour que Magda envisage le divorce. Et c’est Adolf Hitler lui même qui intervint.
Le Führer refusa de voir éclater publiquement le couple qui incarnait l’une des familles modèles du régime. Il exigea de Goebbels qu’il mette fin à sa liaison. La vie privée devait s’effacer devant la propagande. Magda était devenue trop importante dans l’imagerie du régime pour qu’un divorce vienne détruire cette façade.
Mais la véritable folie de cette femme apparaîtra dans les derniers jours du Reich. En avril 1945, alors que Berlin est encerclée par l’Armée rouge et que l’effondrement du régime ne fait plus aucun doute, Magda et Joseph Goebbels rejoignent Hitler dans le complexe souterrain de la chancellerie. Et ils emmènent avec eux leurs six enfants. Helga, Hilde, Helmut, Holde, Hedda et Heidi. Six enfants âgés de quatre à douze ans.
Harald Quandt, le fils du premier mariage de Magda, échappe à ce destin uniquement parce qu’il est alors prisonnier de guerre des Alliés. Engagé dans la Luftwaffe, il avait été capturé en Italie en 1944. Il sera ainsi le seul enfant de Magda à survivre à la guerre.
Le 30 avril 1945, Adolf Hitler et Eva Braun se suicident. Le lendemain, 1er mai, Magda et Joseph Goebbels font empoisonner leurs six enfants au cyanure, vraisemblablement après les avoir préalablement endormis. Puis Joseph et Magda quittent le bunker et se donnent eux mêmes la mort. Leurs corps sont ensuite partiellement brûlés dans le jardin de la chancellerie et seront découverts par les soldats soviétiques. Les six enfants, eux, sont retrouvés morts dans leurs lits.
La radicalité idéologique atteint alors son stade ultime. Magda considère littéralement qu’un monde sans Hitler et sans national socialisme n’est plus un monde dans lequel ses propres enfants méritent de vivre. C’est peut être là que l’on mesure le mieux ce que peut produire le fanatisme lorsqu’il a entièrement colonisé un individu.
Pour la petite histoire, il existe une photographie célèbre du cadavre carbonisé de Joseph Goebbels dans une posture étonnamment figée. Chaque fois que je regarde cette image, je ne peux m’empêcher de penser à Han Solo, interprété par Harrison Ford, congelé dans la carbonite dans Star Wars, L’Empire contre attaque. La posture est étonnamment similaire. Je ne dispose cependant d’aucun élément historique permettant d’affirmer que George Lucas ou son équipe s’en soient directement inspirés. Je préfère donc laisser cette comparaison au rang de rapprochement visuel personnel.
Mais l’histoire possède une dernière ironie. Harald Quandt, le seul enfant de Magda ayant survécu, sort de captivité en 1947 et devient après guerre un industriel important. Avec son demi frère Herbert Quandt, il participe au développement de l’immense patrimoine industriel familial hérité de leur père Günther Quandt. Cette dynastie sera notamment intimement liée à l'histoire industrielle de BMW.
Contrairement à une histoire parfois racontée, Harald Quandt n’est donc pas le créateur d’Aldi. L’enseigne de discount est l’œuvre des frères Karl et Theo Albrecht. Le nom Aldi vient d’ailleurs de la contraction d’« Albrecht Diskont ». Cela n’enlève rien au caractère extraordinaire de la destinée d’Harald, fils d’une femme devenue l’une des personnalités les plus fanatiques de l’entourage d’Hitler, beau fils de Joseph Goebbels, soldat allemand pendant la guerre, prisonnier des Alliés puis industriel prospère de l’Allemagne de l’Ouest.
Mais c’est évidemment le parcours de sa mère qui continue de m’interroger. Du judaïsme qui accompagne une partie de son enfance au sionisme de sa jeunesse, puis du sionisme au nationalisme allemand et enfin au nazisme le plus fanatique. Un parcours de vie en dents de scie, je le répète, mais surtout une trajectoire qui interroge profondément les fondements de la nature humaine.
Car Magda Goebbels n’est pas née antisémite. Elle n’est pas née nazie. Elle a vécu auprès d’un homme juif dont elle a porté le nom. Elle a aimé un sioniste. Elle a envisagé la Palestine. Puis elle a progressivement adhéré à une idéologie qui désignait précisément ces hommes comme des ennemis à éliminer.
Et vingt ans plus tard, cette femme qui avait traversé tant d’univers différents était devenue incapable d’imaginer que ses propres enfants puissent simplement vivre dans un monde débarrassé d’Adolf Hitler.
C’est peut être cela, finalement, qui rend son histoire aussi terrifiante. Non pas seulement ce qu’elle est devenue. Mais le chemin qu’elle a parcouru pour le devenir.
Gamal Abina.
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Le boycott, une arme de paix au service de l’action politique.
Aujourd’hui, le boycott est redevenu un instrument politique majeur, particulièrement concernant la question palestinienne. Quoi de plus légitime, en effet, que de décider de ne plus acheter des produits lorsque l’on considère que les entreprises qui les commercialisent participent directement ou indirectement à une politique que l’on condamne ?
Les opposants au boycott ont d’ailleurs beaucoup de difficultés à combattre cette pratique sur le terrain juridique, car le boycott repose avant tout sur un principe extrêmement simple, celui du libre choix. Personne n’est obligé d’acheter un produit, de fréquenter une enseigne ou de soutenir financièrement une entreprise. Lorsqu’une campagne de boycott est lancée, personne n’est davantage obligé d’y participer. Ceux qui se reconnaissent dans la cause défendue y adhèrent volontairement. C’est précisément cette addition de décisions individuelles qui peut finir par produire un effet économique et politique considérable.
L’histoire nous montre que le boycott ne date évidemment pas de la mobilisation actuelle en faveur de la Palestine.
Hier, on boycottait l’Afrique du Sud parce que ce pays avait institutionnalisé un système de discrimination raciale, politique et sociale contre sa population noire majoritaire. Une minorité blanche disposait de l’essentiel du pouvoir politique et économique tandis que la majorité noire était privée de droits fondamentaux dans son propre pays.
La mobilisation internationale contre l’apartheid a fini par porter ses fruits. Pendant des décennies, le gouvernement sud africain avait pourtant pratiqué une répression féroce contre ses opposants et s’était engagé dans plusieurs conflits régionaux en Afrique australe. Mais les campagnes militantes, les boycotts économiques, culturels et sportifs, puis progressivement les sanctions adoptées par différents États ont contribué à isoler le régime.
Nelson Mandela fut finalement libéré en 1990, après vingt sept années de détention, avant de devenir en 1994 le premier président noir de l’Afrique du Sud démocratique. Le boycott n’explique évidemment pas à lui seul la disparition de l’apartheid, mais il constitua incontestablement l’une des armes politiques utilisées pour accroître la pression internationale sur Pretoria.
Plus loin encore dans l’histoire, lorsque Adolf Hitler arriva au pouvoir en Allemagne en 1933, des organisations juives aux États Unis et dans plusieurs autres pays appelèrent au boycott des produits allemands afin de protester contre les premières persécutions antisémites du régime nazi. Cette mobilisation internationale eut des conséquences économiques et politiques, mais elle ne parvint malheureusement pas à empêcher la radicalisation du régime, les persécutions, puis la guerre et l’extermination.
Le mot lui même possède d’ailleurs une histoire particulièrement révélatrice. Il vient du nom de Charles Cunningham Boycott, un administrateur britannique travaillant en Irlande au XIXe siècle. En 1880, dans le contexte des luttes agraires irlandaises, la population locale décida de l’isoler socialement et économiquement. Son nom entra alors dans le langage courant pour désigner cette forme particulière de résistance collective.
Mais l’un des exemples les plus puissants de l’utilisation de l’économie comme instrument de résistance politique reste certainement celui de Gandhi en Inde.
En 1930, Gandhi décide de s’attaquer à un symbole apparemment dérisoire de la domination britannique, le sel. L’administration coloniale britannique détenait un monopole sur sa production et sa commercialisation et imposait une taxe qui frappait l’ensemble de la population indienne, y compris les plus pauvres.
Le 12 mars 1930, Gandhi quitte l’ashram de Sabarmati accompagné de 78 disciples. Après environ 385 kilomètres parcourus à pied et plus de trois semaines de marche, il atteint la côte à Dandi. Le 6 avril, il ramasse symboliquement une poignée de sel, violant ainsi délibérément la législation britannique.
Le geste paraît insignifiant. Il est en réalité politiquement redoutable.
Gandhi venait de démontrer qu’un produit aussi banal que le sel pouvait devenir une arme contre l’un des empires les plus puissants du monde. Le mouvement se propage dans toute l’Inde. Des milliers puis des centaines de milliers d’Indiens participent à la désobéissance civile, fabriquent leur propre sel, refusent certaines taxes et boycottent des marchandises britanniques. Des dizaines de milliers de personnes sont arrêtées et Gandhi lui même est emprisonné.
La Marche du sel n’a évidemment pas provoqué à elle seule l’indépendance de l’Inde, qui n’interviendra qu’en 1947. Mais elle démontre magistralement ce que peut produire une mobilisation économique lorsqu’elle devient collective. Le consommateur cesse alors d’être seulement celui qui achète. Il devient un acteur politique. Chaque produit refusé, chaque taxe contestée, chaque achat évité devient une manière de retirer une petite partie de sa puissance économique au système que l’on combat.
C’est précisément là que réside la force du boycott, individuellement presque insignifiant, collectivement redoutable.
L’histoire américaine nous offre également un exemple remarquable. En 1955, Rosa Parks refusa de céder sa place à un passager blanc dans un autobus de Montgomery, en Alabama. Son arrestation déclencha le boycott des bus de Montgomery, auquel participa activement Martin Luther King Jr. Pendant plus d’un an, des milliers d’Afro Américains refusèrent d’utiliser les autobus municipaux afin de combattre la ségrégation raciale.
Une fois encore, il ne s’agissait ni de violence ni de lutte armée. Il s’agissait de refuser de financer un système considéré comme injuste.
C’est exactement dans cette tradition politique que je situe aujourd’hui le boycott d’Israël.
La question du boycott d’Israël est devenue à mes yeux essentielle. Il s’agit d’abord de manifester une réprobation politique face à un gouvernement israélien dominé par une droite et une extrême droite dont plusieurs représentants défendent des positions nationalistes, racistes ou suprémacistes. Il s’agit également de refuser cette logique qui prétend imposer par la force une paix des cimetières.
Surtout, il s’agit de soutenir le peuple palestinien qui subit depuis des décennies une injustice historique dont il n’est pas responsable et sur laquelle il n’a jamais véritablement été consulté. Les destructions et les massacres considérables de ces dernières années à Gaza, les violences et la colonisation en Cisjordanie, ainsi que l’extension des affrontements au Liban et en Syrie ont encore renforcé, à mes yeux, la nécessité d’une mobilisation internationale.
Le boycott d’Israël, mais également celui des entreprises et des enseignes identifiées par les campagnes militantes comme apportant un soutien matériel à sa politique, constitue donc un moyen de manifester concrètement cette solidarité. Car au delà des déclarations et des indignations, le pouvoir économique reste l’un des instruments les plus efficaces dont disposent les citoyens.
Il faut aussi toucher au portefeuille ceux qui financent, accompagnent ou tirent profit de politiques que l’on considère comme injustes. Un consommateur isolé paraît insignifiant. Des millions de consommateurs organisés constituent en revanche une puissance économique.
C’est précisément la logique du mouvement BDS, Boycott, Désinvestissement, Sanctions, campagne internationale lancée en 2005 par des organisations de la société civile palestinienne. Son objectif est d’utiliser des moyens économiques, institutionnels et culturels non violents pour exercer une pression sur Israël.
Les dirigeants israéliens ont eux mêmes compris depuis longtemps la puissance potentielle de cette stratégie. Benyamin Netanyahou a régulièrement présenté le mouvement BDS comme une menace importante pour Israël et son image internationale. Cela démontre précisément qu’un mouvement pacifique peut devenir politiquement redoutable lorsqu’il réussit à s’inscrire dans la durée.
L’Iran représente aujourd’hui une confrontation d’une tout autre nature, celle de la puissance militaire et géopolitique face à Israël et au soutien considérable que lui apportent les États Unis. BDS se situe sur un autre terrain, celui des sociétés civiles, des consommateurs, des universités, des artistes, des entreprises et de l’opinion publique internationale.
Et c’est précisément cette différence qui donne au boycott toute sa force.
J’ai toujours adhéré au principe du boycott d’Israël parce que je considère qu’il représente simultanément l’une des actions les plus utiles et les plus humanistes dont disposent ceux qui veulent agir sans recourir à la violence. Boycotter, ce n’est pas attaquer une population en raison de son identité ou de sa religion. C’est refuser volontairement de participer économiquement à une politique que l’on condamne.
Le mot de la fin sera donc très simple.
Le boycott doit être accentué, élargi et poursuivi aussi longtemps que les raisons politiques qui le justifient demeureront. Il doit exercer une pression économique suffisamment importante pour rendre le statu quo politiquement et financièrement coûteux.
L’histoire de Gandhi, celle du mouvement des droits civiques américains et surtout celle de l’Afrique du Sud nous enseignent finalement la même chose, une puissance politique peut supporter les manifestations, les condamnations et les discours pendant très longtemps. Elle résiste beaucoup plus difficilement lorsque la contestation commence à modifier durablement ses intérêts économiques.
L’histoire de l’Afrique du Sud nous rappelle ainsi qu’un régime peut paraître extrêmement puissant, bénéficier de soutiens internationaux considérables et sembler capable de résister indéfiniment. Pourtant, lorsque l’isolement politique, diplomatique, culturel et économique devient suffisamment important, les rapports de force peuvent changer.
C’est précisément le sens que je donne au boycott d’Israël, non pas une arme de guerre, mais une arme de paix destinée à contraindre la politique à reprendre ses droits là où la force semble avoir décidé de tout.
Gamal Abina.